Chanel et le Défilé Métiers d’Art s’en Vont à Moscou

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Coco Chanel partage plus d’une histoires avec la Russie – une histoire d’amour, de mécénat, d’art et de rencontre. Il faut dire qu’après la révolution de 1917, l’intelligentsia et l’aristocratie Russe trouvent refuge à Paris. C’est là que Gabrielle rencontra et hébergea le célèbre compositeur Igor Stravinsky et sa famille ; coopéra avec Sergueï Diaghilev et Jean Cocteau, avant de soutenir le Sacre du Printemps de Nijinski! A l’époque aussi, Coco succombe pour l’extrême sophistication du grand-duc Dimitri Pavlovitch, cousin du tsar Nicolas II…

« Tout Occidental doit avoir succombé au charme slave pour savoir ce que c’est. Je fus fascinée » racontait la Dame aux Camélias. Et d’art il est surtout question ici – l’esthète qu’elle est met un point d’honneur à défendre le travail et les performances éminemment visionnaires de ses amis Russes ! C’est ainsi que Karl Lagerfeld choisit Moscou afin de présenter une seconde fois les silhouettes Métiers d’Art 2017/18 de la collection Paris Hamburg. Une collection où la ville natale du Kaiser est mise à l’honneur.

Col marins, fantasmes et reflets Hambourgeois sur le tweed iconique – cette fois, les savoir-faire les plus précieux de l’époque furent mis au pli d’une collection hautement symbolique. Une collection où colliers, pendentifs, broches et sacs à main prenaient tour à tour des allures de conteneurs, de bouées ou autres images résultant d’une vision d’Hambourg ! Une collection différente et hautement référencée où travail des brodeurs Maison Lesage et Atelier Montex, le chapelier et le modiste Maison Michel, ou encore le plumassier Lemarié et le bottier Massaro subliment les souvenirs d’antan…

 

La Robe-Manteau Du Défilé Haute Couture Chanel Automne/ Hiver 2017

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 On le sait, depuis que le navire Chanel a remis sur les flots les métiers d’art en voie de disparition, il n’est pareil défilé couture. Avec le rachat du parurier Desrue, qui a précédé celui du plumassier Lemarié, puis du chapelier Michel, du brodeur Lesage, du chausseur Massaro, de l’orfèvre Goossens et du gantier Causse, la maison Chanel peut se targuer de posséder (et protéger) le fleuron de l’artisanat français. Dans les ateliers, les couturières, ainsi, s’affairent, coupent, taillent, brodent et repassent, mettant au monde des pièces aussi ingénieuses que merveilleuses. Dans le plus grand secret, les mal nommées « petites mains » s’investissent et mettent leur talent au service de la créativité Chanel. Mais aujourd’hui, Karl Largerfeld décide enfin de dévoiler l’envers du sublime Chanel.

Tandis que les mannequins défilent sous les yeux de l’assistance installée au centre d’une habile mise en scène, les ateliers, eux, sont répliqués comme à l’identique. Au milieu du podium donc, voici que les couturières s’affairent, coupent, taillent et brodent comme dans la vraie vie. Pour le directeur artistique de la maison, ici l’occasion fut donnée de réhabiliter le sens de la Haute Couture : « Les gens parlent de couture comme ils parlent de luxe. Non, c’est un travail, et beaucoup de personnes travaillent pour cette industrie. Un travail très précieux, dont quelques personnes possèdent le talent. » Voilà qui est dit.

Et c’est fort de ces talents que Chanel propose un look particulièrement désirable : les « petites mains » signent ici une robe-manteau sablier structurée et graphique. Avec ses épaulettes biseautées, la pièce est maintenue en place par un système imperceptible, là pour créer de la rigidité tout en provoquant un volume maîtrisé. Mais c’est l’esprit tie-and-dye, réalisé à travers des broderies bleue et argent, qui clairement rend hommage aux talents des artisans : irisées par les coups d’aiguille des ateliers, la pièce se double d’une aura très couture au contact des piqûres compliquées, des spirales frangées. Teintes douces, volume juste et aspect molletonné, voici comment le look ici porté par Leona « Binx » Walton se mue en une ode aux savoir-faire exceptionnels, signées de la maison Chanel.

Les Chapeaux de la Maison Michel

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Imaginer des modèles qui mettent les femmes en valeur ; telle est la philosophie de celle qui est à la tête de la création des chapeaux Maison Michel depuis 2006. La maison, et peu le savent, existe depuis 1936 – c ‘est à Auguste Michel que l’on doit la fondation de la chapellerie. Depuis, Chanel a repris la manufacture, faisant ainsi entrer son savoir-faire parmi les 11 ateliers des Métiers d’art de la maison de la rue Cambon. Et c’est justement là, depuis son bureau, que Laetitia Crahay use de son univers surréaliste pour imaginer des couvre-chefs faisant sensation, mais tout en discrétion. Tout l’attrait des chapeaux Maison Michel réside dans cette équation : ils allurent d’une l’élégance toute parisienne, donnent du style à la silhouette, ponctuant ainsi la femme d’une virgule toute aristocratique. Le processus de fabrication est quasiment identique à celui employé par Auguste Michel : cela débute par une pièce apprêtée avec une gomme arabique, pour lui donner une meilleure tenue : le feutre est une pâte à modeler. Puis, la modiste la place sous une cloche à vapeur pour l’assouplir et la rendre plus malléable. Très rapidement, et avec une impressionnante dextérité, elle la sculpte sur une forme, faite comme un moule en bois de tilleul ; un second passage sous vapeur, et la chapelière replace le feutre sur la matrice, l’étirant pour préparer les bords et discipliner la calotte. La matière sera ensuite fermement bloquée sur le bois par des ficelles ; maintenue par un jonc en osier, mouillée sur sa partie voutée, le  chapeau est à présent dressé dans sa forme finale.

En huit décennies d’existence, Maison Michel a réuni un répertoire large de 4000 formes. Autant de styles de chapeaux dont Laetitia Crahay se sert pour obtenir la proportion parfaite de ses couvre-chefs. Car, si Laetitia Crahay chérit l’héritage de la maison, elle n’en demeure pas moins détachée pour créer. Preuve en est s’il en faut, le Virginie – parfaite combinaison entre ce savoir-faire et ses aspirations contemporaines – est l’icône de la maison avec sa calotte en forme de virgule initiée en 2007 par la chapelière. La créativité de celle qui aussi dessine les accessoires de Chanel l’amène à composer le Virginie dans un jeu de textures : en feutre de lapin, de castor, enveloppé de cuir ou en paille tissée à la main, le chapeau se pare tantôt de couleurs sages, tantôt de teintes plus éclatantes. Il est à mi-chemin entre le tribly et la capeline  – ses bords larges, légèrement tombants, entourent de mystère la belle qui le pare tant il devient impossible de croiser directement son regard… L’instigatrice de cette aura très énigmatique, finalement un peu surnaturelle, c’est Virginie Viard, le bras droit de Karl Lagerfeld depuis presque 30 ans, une grande amie de Laetitia Crahay. Et ce printemps, Karl Lagerfeld a justement imaginé pour Maison Michel 5 chapeaux exclusifs hérités de ses muses d’aujourd’hui ; ils s’appellent Karlie, Anja, Poppy, Cara, et Kendall…

Le Chapeau Virginie De La Maison Michel

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Imaginer des modèles qui mettent les femmes en valeur ; telle est la philosophie de celle qui est à la tête de la création des chapeaux Maison Michel depuis 2006. La maison, et peu le savent, existe depuis 1936 – c ‘est à Auguste Michel que l’on doit la fondation de la chapellerie. Depuis, Chanel a repris la manufacture, faisant ainsi entrer son savoir-faire parmi les 11 ateliers des Métiers d’art de la maison de la rue Cambon. Et c’est justement là, depuis son bureau, que Laetitia Crahay use de son univers surréaliste pour imaginer des couvre-chefs faisant sensation, mais tout en discrétion. Tout l’attrait des chapeaux Maison Michel réside dans cette équation : ils allurent d’une l’élégance toute parisienne, donnent du style à la silhouette, ponctuant ainsi la femme d’une virgule toute aristocratique. Le processus de fabrication est quasiment identique à celui employé par Auguste Michel : cela débute par une pièce apprêtée avec une gomme arabique, pour lui donner une meilleure tenue : le feutre est une pâte à modeler. Puis, la modiste la place sous une cloche à vapeur pour l’assouplir et la rendre plus malléable. Très rapidement, et avec une impressionnante dextérité, elle la sculpte sur une forme, faite comme un moule en bois de tilleul ; un second passage sous vapeur, et la chapelière replace le feutre sur la matrice, l’étirant pour préparer les bords et discipliner la calotte. La matière sera ensuite fermement bloquée sur le bois par des ficelles ; maintenue par un jonc en osier, mouillée sur sa partie voutée, le  chapeau est à présent dressé dans sa forme finale.

En huit décennies d’existence, Maison Michel a réuni un répertoire large de 4000 formes. Autant de styles de chapeaux dont Laetitia Crahay se sert pour obtenir la proportion parfaite de ses couvre-chefs. Car, si Laetitia Crahay chérit l’héritage de la maison, elle n’en demeure pas moins détachée pour créer. Preuve en est s’il en faut, le Virginie – parfaite combinaison entre ce savoir-faire et ses aspirations contemporaines – est l’icône de la maison avec sa calotte en forme de virgule initiée en 2007 par la chapelière. La créativité de celle qui aussi dessine les accessoires de Chanel l’amène à composer le Virginie dans un jeu de textures : en feutre de lapin, de castor, enveloppé de cuir ou en paille tissée à la main, le chapeau se pare tantôt de couleurs sages, tantôt de teintes plus éclatantes. Il est à mi-chemin entre le tribly et la capeline  – ses bords larges, légèrement tombants, entourent de mystère la belle qui le pare tant il devient impossible de croiser directement son regard… L’instigatrice de cette aura très énigmatique, finalement un peu surnaturelle, c’est Virginie Viard, le bras droit de Karl Lagerfeld depuis 30 ans, une grande amie de Laetitia Crahay.

Le Chapeau de Paille Maison Michel

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Créée en 1936 par Auguste Michel, la maison aux jolis chapeaux prend un véritable essor grâce à ses collaborations avec de grandes maisons comme Dior ou Christian Lacroix. En 1968, elle passe entre les mains de Pierre Debard et de sa femme Claudine. À eux deux, ils dotent les ateliers de la marque des machines Weissmann qui servent à coudre la paille et peuvent produire ainsi de grands chapeaux aux coutures invisibles. Connu depuis l’Antiquité, le chapeau de paille était d’abord destiné aux paysans du Moyen-âge. Il est ensuite devenu également l’apanage des élégantes, de la Renaissance florentine où sa version toscane habillait les têtes couronnées, à la France du XIXème siècle où les dames portaient un chapeau de jardin agrémenté de quelques rubans et de fleurs, afin de se donner une fausse allure de légèreté. En remettant au goût du jour les grandes capelines de paille, Maison Michel séduit de grands couturiers comme Pierre Cardin ou Yves Saint Laurent qui en fera une de ses pièces phares. Dès 1980, la marque chapeaute les collections des plus grandes maisons de couture comme Givenchy, Nina Ricci ou encore Lanvin, et Chanel acquiert la Maison en 1996 pour son groupe Métiers d’Art.

En 2006, la responsable accessoires et bijoux de Chanel, Laetitia Crahay pose ses valises et sa poésie dans les ateliers de Maison Michel, toujours situés au 65 rue Sainte Anne à Paris. La directrice artistique, pleine de vie, réaffirme les classiques de la marque en leur insufflant une touche pop et onirique qui lui est propre, tout en conservant le savoir-faire artisanal de Maison Michel. Au fil des saisons, le chapeau de paille de la marque se décline au gré des tendances et habille les têtes les plus connues. De Rachel Bilson à Mélanie Laurent en passant par  la jolie Arizona Muse que l’on a pu voir parée d’un bibi de paille et dentelle au Royal Ascot près de Windsor, nombreuses sont les personnalités à s’offrir le chapeau de Maison Michel et même à poser pour les campagnes de la marque comme Clémence Poésy. La pièce phare est sans doute le fedora de paille Virginie. Mis en image dans une campagne poétique signée Karl Lagerfeld en 2013, il emmène une collection où la paille se voit bousculée, tantôt voilée d’une dentelle romantique, tantôt couverte de graffiti pour une dégaine plus décalée. Emblème de la marque, le chapeau de paille est ainsi la toile blanche de Maison Michel, interprétable à l’infini.

Le Borsalino

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Alors que la mode française du Second Empire triomphe et que les chapeaux haut-de-forme règnent en maître, un chapelier crée une petite révolution depuis l’Italie. Après avoir travaillé dans la chapellerie Camagna puis fait ses armes à Paris, Giuseppe Borsalino fonde en 1857 son propre atelier à Alessandria, au sud de Turin. Il y conçoit un chapeau dont le feutre est constitué de poils de lapin ou de castor. De par ces nouvelles matières, le couvre-chef gagne en finesse et souplesse et par là même en allure, notamment grâce au creux sur le haut de sa couronne. Ce coup de génie vaudra au Borsalino d’être consacré « Grand Prix » à l’exposition universelle de Paris en 1900, à Bruxelles en 1910, à Turin en 1911 et encore une fois à Paris en 1931. Lorsque son fondateur meurt en 1900, la maison Borsalino produit près 750 000 chapeaux par an.

Borsalino donna son nom à sa création, pourtant l’histoire de son chapeau de feutre est telle qu’il arbore plusieurs noms. À partir de 1882, on l’appelle aussi Fedora d’après une pièce de théâtre dans laquelle joua « La Divine » Sarah Bernhardt. Depuis toujours, le Borsalino a habillé les plus grandes têtes d’Hollywood et de la culture. Indiana Jones, malgré ses aventures rocambolesques, ne le perd jamais et Hemingway en était fan. Alors qu’Al Capone et ses acolytes en font leur signature dans les années 30, Humphrey Bogart ne le quittait jamais, à tel point que le feutre est également surnommé le Bogart. Tombé quelque temps dans l’oubli à partir des années 1960, le Borsalino voit sa notoriété exploser avec le film éponyme de Jacques Deray en 1970 où Alain Delon et Jean-Paul Belmondo se déchirent sous le soleil de Marseille. Le grand public souhaite alors s’identifier aux deux monstres sacrés du cinéma français, tandis que les plus grandes stars continuent de l’affectionner. Qui ne se souvient pas en effet du King of the Pop, Michael Jackson, faire ses premiers pas de Moonwalk sur Billie Jean, coiffé d’un Borsalino en 1983 ?

Âgée de 158 ans, la chapellerie Borsalino poursuit toujours la fabrication de ses chapeaux dont le plus connu reste son fedora, selon les mêmes procédés artisanaux qu’en 1857. Entre soufflage, faufilage, refoulage, mouillage, foulage, un feutre Borsalino passe par près de 70 étapes de fabrication et la plupart des machines datent de la création de la maison. En 2006, le musée Borsalino a ouvert ses portes au sein de l’usine d’Alessandria, dévoilant le savoir-faire et l’histoire de la marque au public. D’autres maisons ont repris à leur compte le borsalino comme Tommy Hilfiger ou Maison Michel dont les fedoras, souvent oniriques, confèrent une certaine fraîcheur à une tenue. Enfin pour ceux qui rechigneraient à porter du lapin ou du castor, le Borsalino se décline en paille, laissant de côté son allure gangster pour un style fleurant bon l’été.