Quand L’Art Concourt à L’Histoire Du Luxe Et De La Mode

Les incursions de l’art dans le story-telling des icônes du luxe et de la mode ont tout de la prophétie d’Andy Warhol… D’Alessandro Michele à David Lynch en passant par Cindy Sherman pour Comme Des Garçons — passage en revue des histoires les plus abouties!

En 1977, dans The Philosophy of Andy Warhol (From A to B  and  Back Again), Warhol prophétisait: « Tous les musées deviendront des grands magasins et tous les grands magasins deviendront des musées. » Si la fusion n’a pas encore tout à fait eu lieu, il n’en reste pas moins que les directeurs artistiques des grandes maisons en appellent de plus en plus à l’art pour conter efficacement l’histoire de leur icône. Et celui qui tient aujourd’hui le haut du panier n’est autre qu’Alessandro Michele, pour la maison Gucci. En poste depuis 2015, l’Italien n’a eu de cesse de pousser la fusion de l’art et de la mode. Il a guccifié l’art tout en faisant de Gucci une maison bien plus arty. Son oeuvre la plus récente? Les Gucci Art Wall. Des fresques à tendance street art réparties dans les plus grandes capitales du monde. L’idée? Faire sortir les campagnes publicitaires des magazines, de la même façon que le street art est parvenu à extraire l’art des seules galleries!

En 2018 toujours, il injecte un nouveau sens à l’imaginaire de la maison Romaine — l’idée? Extraire des plus grands tableaux de l’histoire la composition des campagnes Gucci. En vedette, toujours, les codes et pièces iconiques de la maison. Jérôme Bosch, John Everett Millais ou encore Jan Van Eyck servent désormais la vison loufoque mais géniale de Michele pour Gucci. La web vert-rouge-vert, le sac bambou. Il ne manque rien! Avant lui déjà, en 2013, Dior reprenait le Déjeuner Sur L’Herbe de Manet pour mettre en vedette l’icône Lady Dior dans une veine un brin plus mystique. Ce même Déjeuner Sur L’Herbe qui, en 1998, inspirait le plus artiste des couturiers: Yves Saint Laurent. Une campagne capturée par Mario Sorrenti où Kate Moss, vêtue du mythique smoking, renverse l’équilibre de Manet. Elle est habillée, ses prétendants, eux, complètement dévêtus! Une façon inspirée et subtile d’attester de l’esprit féministe et libérateur de l’icône Yves Saint Laurent!

En 2007, lorsque David Lynch et Christian Louboutin collaborent à une campagne, c’est aussi pour mieux souligner l’aspect reliquaire et fétichiste de la semelle rouge! Une chaussure iconique, certes, mais surtout une chaussure qui déclenche toutes sortes de désirs! Possession ou fantasme, la vison de Lynch et Louboutin se développait ensuite autour d’une exposition. De quoi renforcer l’image sacro-sainte d’une icône bien de notre temps.

Dans une veine un brin plus révolutionnaire, Comme Des Garçons s’associait en 1994 à Cindy Sherman. Combinant, là encore, l’ADN anti-déjà vu de Rei Kawakubo à l’imagerie anti-mass media de Cindy Sherman. Une rencontre au sommet pour une campagne non moins iconique! Autre campagne venue défier les normes de la mode — celle de Kenzo qui, en 2013, invitait Maurizio Cattelan à combiner sa vision espiègle à l’esprit funky et empreint de surréalisme de la maison Kenzo…

Enfin, c’est en 2016 qu’Hermès aboutit à l’une des incursions artistiques les plus explicites. Dans son magasin de Tokyo, la maison conviait l’artiste Tokujin Yoshioka à réaliser une installation des plus poétiques. De chaque côté de l’iconique carré Hermès, la vidéo d’une femme qui, en soufflant, fait s’envoler le carré avec une légèreté ahurissante. Une façon de renforcer l‘image aérienne, légère et multiple du mythique bout de soie! Et puisque le sujet est d’actualité, le Musée des Arts Décoratifs de Paris inaugurera, le 4 Mai 2020, une exposition baptisée: L’Art Dans La Pub. De quoi faire réfléchir!

La Slip Dress Calvin Klein, Epitomé Nineties

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À l’instar de la chemise, la Slip Dress est avant tout un tissu fonctionnel apparu au Moyen Âge pour adoucir le contact entre la peau et le vêtement — en soie ou en satin, toujours lisse, la pièce se glisse ainsi sous n’importe quel costume d’époque. Des siècles plus tard, les Années Folles, libérant tout dans leur sillage, mettent une première fois en vedette les sous-vêtements médiévaux. Les flappers, les premières, adoptent ladite Slip Dress sous de longs manteaux de fourrure. Éminemment chic, la silhouette tape dans l’oeil d’un certain Calvin Klein. À dire vrai, le natif du Bronx est particulièrement inspiré par l’Amérique des années 30 et ses comédies musicales ! 

« Pour moi, Ginger Rogers représente le chic absolu, une sensualité typiquement américaine, issue de l’univers de la lingerie. J’ai toujours taillé mes robes du soir en biais et dans des tissus satinés et miroitants. » Minimaliste, structurée et franchement sensuelle — la grammaire Calvin Klein est sur le point de définir une époque. Jouant à réduire la frontière entre mode publique et mode privée, Calvin Klein produit une pièce au minimalisme sacerdotal — une Slip Dress noire qui cache le corps pour mieux le révéler. Le sous-vêtement ainsi devenu une robe à part entière, le style Slip Dress se répand à vitesse grand V. La tendance prend et, son paroxysme est atteint lorsqu’en 1993, Kate Moss en fait l’apanage d’une rébellion toute nouvelle. 

Lors d’une soirée organisée par l’agence Elite Models, la Brindille arbore une robe chatoyante qui, à peine visible, laisse apparaître ses sous-vêtements autant que leur absence. Si la robe qu’elle porte n’est pas une Calvin Klein, il n’en reste pas moins que l’égérie de la maison vient de faire de la Slip Dress l’identité stylistique d’une époque en pleine rébellion. Ce qui choque ce soir là, n’est pas la vue d’un corps révélé, mais bel et bien toute la nonchalance qui habite Kate Moss à ce moment précis. La jeune femme ne semble en effet gênée — pas le moins du monde ! Une démonstration de rébellion pure et décontractée qui fera école. La Slip Dress devenant instantanément le figure stylistique d’une jeunesse apte à abattre les derniers conservatismes. L’air de rien ! 

 

Le Sac Cannage du Printemps/Eté 2019

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La première collection de Kim Jones pour la maison Dior semble avoir remplie toutes les attentes — du tailoring ultra-précis en passant par les références aux codes clés de la maison, le Britannique a dévoilé au coeur de la cour de la Garde Républicaine à Paris une collection éminemment fraîche, éminemment Dior! Autour d’une sculpture réalisée par l’artiste Kaws faite de 70.000 fleurs (majestueux clin d’oeil à la passion de Monsieur), la collection Homme Printemps/Eté 2019 mettait à l’honneur la vision d’une masculinité franchement plus sensuelle. 

Au bras de ces hommes romantiques, virils car élégants, une pièce inédite captait toute l’attention. Des sacs format weekend réalisés à partir du mythique cannage de la maison. C’est qu’à l’époque même de Monsieur Dior, les invités étaient accueillis dans les salons du 30, avenue Montaigne, installés sur d’élégantes chaises de style Napoléon III. L’assise était réalisée en cannage, couleur claire… Depuis devenu l’une des griffes emblématiques de la couture Dior, le cannage est aujourd’hui le tressage clé d’une pièce ultra-désirable. 

Découpé au laser, le cannage ici passé par le filtre Kim Jones gagne en pertinence. En puisant ainsi dans l’inépuisable grammaire Dior, le nouveau directeur artistique de la maison fait une proposition forte et raffinée, assurément dans l’ère du temps. Un sac en toute transparence qui fait écho à ce puissant savoir-faire haute couture! Kim Jones en est convaincu:  « Pour moi, Dior est le meilleur du meilleur. » Une assertion assurément partagée par le prestigieux par-terre d’invités, de Takashi Murakami et Karl Lagerfeld, Naomi Campbell et Kate Moss, Bella Hadid et A$AP Rocky. 

 

Doria Arkoun

Le Costume Oblique Dior pour le Printemps/Eté 2019

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Samedi 23 juin, pour son premier défilé signé sous la bannière de la maison Dior, Kim Jones embarquait l’assistance au coeur de la cour de la Garde Républicaine à Paris. Autour d’une gigantesque sculpture de fleurs réalisée par l’artiste Kaws, la collection du Printemps/Eté 2019 distillait une nouvelle vision de l’homme Dior — un homme qui, fidèle aux codes de Monsieur, n’en oublie pas moins le côté pop et fun de l’époque. Justement, cette sculpture décalquait avec fraîcheur l’homme Dior mi-humain mi-nounours qui, à son bras, tenait une sculpture de Bobby, le chien de Christian Dior.

« Les archives et le patrimoine Dior sont incroyables, et on ressent un tel respect de ce passé… Ce sont d’inépuisables sources d’inspiration pour mes collections » précisait Kim Jones. Et il est vrai que l’homme du Printemps/Eté 2019 tire son élégance de la ligne oblique imaginée par Monsieur en hiver 1950. Evidemment actualisé au contact d’un tissu fluide et éminemment sensuel, le costume iconique de Dior s’approprie l’asymétrie et l’accentuation des volumes initiés par le fondateur cet hiver 1950. La veste se pense cette fois croisée et, portée ouverte, la voilà savamment retenue par une longue patte. Baptisée Oblique, le costume se teinte en rose gourmand…

« Où que vous alliez dans le monde, il n’y a qu’à regarder la façon dont les jeunes s’habillent, ils font preuve d’une grande ouverture d’esprit. C’est de la mode masculine, mais la mode masculine d’aujourd’hui » — Kim Jones n’a pas son pareil pour revisiter les codes d’une illustre maison. Ici donc, la ligne oblique habille l’homme de son époque! Fraîche et joyeuse, la collection du Britannique semble en effet renouer avec l’essence de Dior; une maison qui perpétue le savoir-faire des grands maîtres tailleurs, sans une once d’affectation. Ici, on remarque surtout la somptuosité d’un tel costume! L’artiste japonais Takashi Murakami, Karl Lagerfeld, Naomi Campbell, Kate Moss ou encore Lenny Kravitz ne pouvaient qu’acquiescer. 

 

Doria Arkoun 

La Toile Monogramme Habille l’Homme Vuitton de l’Automne/Hiver 2018

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Le monogramme Louis Vuitton est sans aucun doute la signature, le logo le plus iconique de tous. Imaginé la fin du XIXe siècle pour contrecarrer les plans des contrefacteurs, le motif est devenu au fil du temps le sceau d’une qualité irréprochable, celui d’un mode de vie dédié au voyage, à l’exploration bref, au rêve et à sa réalisation. Emblème le plus connu de Louis Vuitton, malletier des Empereurs et des Maharadjahs, le monogramme est pensé dans un camaïeu de beige et de marron clair – des motifs semi géométriques et végétaux entourent les initiales du fondateur.

            Une fleur quadrilobée, une étoile à quatre branches, un losange convexe ajouré en négatif… Voici que pour sa collection Automne/Hiver 2018, Kim Jones parvient à mêler le mythique logo à un tailoring puissant qui le fait entrer dans le vestiaire de tous les jours. Avec tout le talent qu’on lui connait, le tout juste ex-directeur artistique de la ligne homme de Louis Vuitton, parvient en effet à éviter l’écueil « du trop » pour définitivement consacrer la silhouette griffée de la prochaine saison.

            Oui, il est incontestable que ce look entrera parmi les must-have, et les icônes du vestiaire masculin. S’agissant en effet de l’ultime collection du britannique pour la maison, on ne peut que sous-estimer aujourd’hui la portée d’une telle silhouette. Un look très actuel qui puise dans le grand héritage de Vuitton tout le panache du style – ou quand les lignes intemporelles rencontrent la frénésie d’aujourd’hui pour les griffes.

 

My Burberry : Le Parfum de Trench

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Mettre un trench en bouteille ? Difficile à imaginer. Mais Burberry l’a fait. Ce jus, Christopher Bailey le voulait iconique ; et, quelle pièce plus iconique pour la maison Londonienne que son intemporel trench ? De cette inspiration, le flacon en déborde. L’habituelle couleur miel du manteau des tranchées se reflète sans jalousie dans celle de My Burberry. Le nœud de gabardine qui ceinture la bouteille rectangulaire n’est pas sans rappeler celui qui souligne la taille de ces femmes prêtes à affronter le climat automnal. En effet, sans lui, la saison serait bien morose ; difficile pour ses belles de passer un jour sans celui qu’elles appellent aussi « my burberry ». Un surnom si bien installé dans les esprits, que l’on finit par ne plus savoir si elles parlent du vêtement ou du parfum qu’elles portent.

Un parfum dont le flacon se referme grâce à la parfaite imitation du bouton brun. Un précieux geste pression qui capture un mouvement qu’elles connaissent bien. Et le check ? C’est caché dans la boite couleur miel qu’on le devine, comme dans le revers d’un trench. La comparaison ne pouvait s’arrêter là puisque selon Bailey : « Une fragrance qui s’inspire de l’iconique trench Burberry se doit être absolument exceptionnelle.» Ainsi donc l’eau s’inspire des senteurs émanant de ces grands jardins londoniens après que la pluie soit tombée. Une de ces pluies dont la parfaite imperméabilité du trench protège. Florale, et aussi facile à porter qu’un Burberry dans les rues de Londres, la senteur se veut tout aussi british !

Iconique, le parfum l’est aussi par sa campagne publicitaire. Comme le trench, il n’a pas d’âge, et ne répond à aucun carcan : comme Cara et Kate. Encore et toujours, la maison Burberry choisit des icônes pour représenter une icône en devenir. On les y découvre ainsi se protégeant d’une pluie de My Burberry, qui glisse sur la gabardine sans jamais y pénétrer. Il ne serait pas étonnant de voir cette saison les cols d’un Burberry soient imprégnés d’un parfum de trench.

Le Conte de Noël des Vitrines du Printemps par Burberry

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C’est devenu une tradition : pour la saison des fêtes et jusqu’au 10 janvier, l’antre de la mode parisienne accueille chaque année le conte de Noël d’une maison de mode. Après Prada en 2013, le Printemps noue un partenariat avec la maison anglaise, Burberry. Pour l’occasion, la maison investit les vitrines, la façade et l’atrium du grand magasin Printemps, situé sur le boulevard Haussmann à Paris. Inauguré cette semaine en présence de l’icône Kate Moss, et du mannequin Cara Delevingne, ce partenariat lance également le coup d’envoi d’une collection de pièces en édition limitée, designée exclusivement pour le Printemps. A l’honneur, trench coats, accessoires, idées cadeaux et des pièces collector, elles-mêmes mises en scène dans les vitrines.

Et à travers les onze vitrines justement, Burberry nous légende son conte de Noël. C’est l’histoire d’un petit garçon et de son nounours se lançant dans une traversée qui prend naissance dans le flagship Burberry au 121 Regent Street à Londres, pour s’achever au grand magasin Printemps à Paris. Et les vitrines mettent en scène un casting de marionnettes faites main – portant toutes différentes versions de la collection exclusivement en vente au Printemps. Parmi les scènes du voyage : « La Traversée de la Manche », mais avec la particularité qu’elle nous est contée par Christopher Bailey, l’as de la fusion des technologies de communication et de la mode. Oui, car à l’aide de leurs smartphones, les visiteurs pourront entrer eux-mêmes dans l’expérience des vitrines, et ainsi intéragir avec chacune des scènes. Ainsi, lorsque le petit garçon traverse la Manche, les spectateurs peuvent contrôler le climat dans la vitrine… recréant les bruits et les éclairs d’un orage au-dessus de la mer, avec en toile de fond les falaises anglaises.