L’Escarpin Pigalle De Louboutin

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C’est en apercevant un panneau devant un musée, indiquant aux touristes de ne pas rayer le plancher fait de bois, avec leurs talons, que le styliste français décide de ne dessiner que des chaussures avec des semelles et des boucles serrées. À ses débuts, ces dernières étaient de couleur noire ou grise. Par la suite, le créateur connu pour son humeur mutine s’est inspiré du vernis rouge carmin de son assistante pour la couleur encensée de ses semelles.

Interrogé pour son livre par Eric Reinhardt, Christian Louboutin confie sa folle obsession pour les talons aiguilles qui a donné naissance au soulier Pigalle – des escarpins hypnotiques. « à l’époque où j’allais au Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, il y avait à l’entrée un dessin d’escarpin barré de rouge. J’ai compris par la suite que ce dessin représentait un escarpin des années cinquante à embout métallique et qu’il était interdit parce qu’il détruisait les parquets. Un jour, alors que j’étais à la Foire du Trône, j’ai vu sur une femme ce soulier que je n’avais jamais vu que dessiné. Alors j’ai suivi ce soulier, je voyais une paire de jambes, les jambes marchaient, et au-dessus des jambes il y avait une jupe noire, un tailleur, un haut chignon… Je suivais, comme hypnotisé, ce dessin qui était là, en trois dimensions ». Ce moment de sa vie, l’envoûtement suscité par cette femme et ses chaussures qu’il a suivie… Christian ne l’oubliera jamais – il en fut bouleversé.

Entre « souliers bijoux » et créations humoristiques, les créations de Christian Louboutin savent séduire. Cambrure de rêve, décolleté plongeant, talon aiguille et vernis vermillon en guise de signature. Le plus sexy des stilettos a été forgé à l’image des danseuses de cabarets parisiens : glamour, sensuel, presque inaccessible. Tandis que Serge Lama chantait les femmes de Pigalle, Christian Louboutin, des années plus tard, leur fait honneur en baptisant d’après le quartier son soulier mythique. Sa luxueuse semelle rouge est à son apogée, cet objet de tous les fantasmes et obsessions. C’est dans le cadre de la collection automne-hiver 2004-2005 qu’apparaît pour la première fois l’escarpin au bout pointu et au talon aiguille. Aujourd’hui, il est l’un des modèles phare de Christian Louboutin et est décliné chaque saison dans de nouveaux styles et coloris. La ligne sculpturale de la Pigalle prend toute sa mesure sur 12 centimètres de talon, mais elle existe dans des hauteurs plus confortables et même en version ballerine. La large collection d’escarpins Pigalle existe en plus de vingt-deux coloris.

Selon son créateur, plus qu’une chaussure, la Pigalle a deux visages, un double jeu qui convient à toutes. « Une femme sexy essaiera un soulier comme la Pigalle et pensera que grâce à lui, elle ajoutera quelque chose d’un peu chic à sa physionomie », explique-t-il, « Une autre femme, cette fois très chic, essaiera le même soulier et se dira que grâce à lui elle ajoutera quelque chose de sexy à son apparence. » La sensualité, promesse tenue donc, avec ces escarpins à nos pieds.

Le Rouge Valentino

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Ce fut un flash, une illumination, une révélation – bref, une inspiration. Valentino Garavani fut littéralement ébloui : « J’ai eu un des plus grands chocs de ma vie à Barcelone: alors étudiant, invité au théâtre de l’Opéra, émerveillé, je vis dans une loge une femme aux cheveux gris, très belle, habillée de velours rouge. Parmi toutes les couleurs portées par les autres femmes, elle m’apparut unique, isolée dans sa splendeur. Je ne l’ai jamais oubliée. Elle est devenue la déesse rouge. Fabuleuse. Je crois qu’une femme habillée de rouge est toujours magnifique, elle est au milieu de la foule l’image parfaite de l’héroïne. »

Il faut dire que le jeune Valentino est depuis longtemps fasciné par l’univers du cinéma, qu’il s’agisse d’Hollywood, du glamour pailleté de la Dolce Vita, ou de la grâce exquise des actrices : « C’est ainsi qu’est née en moi une admiration sans bornes pour les femmes symboles comme Lana Turner, Rita Hayworth, Ava Gardner, Marlène Dietrich. Surtout Marlène dans La Taverne des sept pêchés, Greta Garbo dans la Reine Christine. » Ainsi, l’héroïne Valentino se pare-t-elle de rouge, mais pas n’importe quel rouge – un rouge propre à la patte d’un couturier qui s’éprend à dessiner et à créer pour les seules personnes romantiques. Ainsi aussi se construit l’essence du style Valentino : une passion pour le rouge, symbole fascinant de la vie, de la mort, de l’amour, une force contre toute morosité ; et un design, le rococo –  ornements exquis développés à partir d’une base sculptée, rien de plus, rien de moins.

Son Rouge, Valentino le compose comme un entêtant mix de magenta, de jaune et de noir – une couleur flashy, mais également très seyante. A l’instar de ses robes, dont la première apparue en 1959, dès sa première collection : une robe de cocktail bâtie autour d’une jupe de tulle rose baptisée Fiesta. Depuis, il y a systématiquement une robe rouge dans les collections Valentino : « Une robe rouge est d’avantage qu’une façon de raconter : elle est synonyme de style » confie le couturier. Servi par une palette aux nuances voluptueuses : rouge écarlate, rouge feu… Depuis 1959, la maison italienne rend hommage à la couleur de la vie , elle en a même fait le thème d’une collection « Shangai » inédite dédiée à la Chine. Valentino use aussi d’aplats de couleurs vives pour transfigurer les formes de la robe. Courtes ou longues à diaphane , Le choix d’une robe Valentino est donc le choix de la distinction : le Rouge Valentino fait le bonheur des dames car il « les rend sensationnelles. Quand une femme habillée de rouge Valentino arrive dans une soirée, tout le monde la regarde. » C’est cela, la magie du Rouge Valentino – faire de la femme l’héroïne romantique de sa propre vie…

 

Le Rouge Valentino En Quelques Dates…

2018 : Pour la collection Prêt-à-Porter Automne/Hiver 2018/19, Pierpaolo Piccioli actualise une fois de plus le rouge coquelicot sur une robe-pantalon.

2018 : Pour la collection Haute Couture Printemps-Eté 2018, le rouge Valentino renoue avec son essence.

2017 : Pierpaolo Piccioli a donné le ton de la saison à venir : déesses et mythologie grecque et une version tellement plus couture de l’iconique rouge Valentino.

2016 : Lily Collins est vêtue d’une robe rouge Valentino lors du gala du MET Costume Institute. 

2014 : Valentino lance une collection capsule d’accessoires Rouge Absolute Signature pour la saison Printemps/Eté 2014.

2014 : La bougie « Rouge Absolute » créée en collaboration avec Cire Trudon est présentée en édition limitée pour Noël.

2013 : Dans la collection Shanghai, tous les nuances de rouge sont associées.

2012 Stacy Keibler vêtue d’une robe rouge Valentino lors du Golden Globe.

2008 : Lors du final du défilé Printemps-Eté, toutes les mannequins sont vêtues de la même robe rouge. 

2007 : Claudia Schiffer est vêtue d’une robe rouge Valentino lors du gala à l’occasion des 45 ans de la maison de couture Valentino.

2004 : Jennifer Aniston revêt la robe rouge mythique « Fiesta » Valentino. 

2000 : Parution de « Il Libro Rosso di Valentino » présentant 40 femmes vêtues de ces robes rouges.

1981 : Brooke Shields vêtue d’une robe rouge Valentino fait la une de Time Magazine.

1970 Jackie Kennedy vêtue d’une robe rouge Valentino fait la une de Life.

1959 : Fiesta  est la robe rouge Valentino présentée lors de la première collection.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

P/E 2018 : Marc Jacobs et son Iconique Pardessus XXL

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A 54 ans Marc Jacobs entre dans sa 25e année d’activité modesque, et, ce n’est pas pour rien qu’il célèbre l’évènement à travers une collection medley. Pour le Printemps/Eté 2018, le designer propose une rêverie, une envolée loin de New-York et sa région. Quelque Part, ou Somewhere, c’est ainsi qu’il baptise cette collection annoncée comme « une réimagination des saisons passées. » Mais il ne faut guère s’y méprendre : Marc Jacobs signe là une pléthore de silhouettes fantasmées, comme extraites d’un été passé dans un monde rêvé situé dans des tropiques paradisiaques. Dans ce contexte mirifique, les archives, ou plutôt les codes de Marc Jacobs épousent donc la légèreté, les imprimés et finalement l’audace des antipodes. Et d’antipodes, il en a toujours été question dans la création de l’Américain.

La collection Printemps/Eté 2018 de Marc Jacobs ne se contente pas de citer ses icônes ; plutôt de les distordre, les exagérées au prisme d’un exotisme décadent. Dans l’enceinte gargantuesque du Park Avenue Armory, ses mannequins avancent pourtant dans le silence le plus total. Aucune musique n’habille leurs pas, et dans cette atmosphère quasi religieuse, les regards se centrent sur l’essentiel : le vêtement. Justement, lorsque le glamour des sequins épouse admirablement l’adoration et les pièces streetwear du designer, il n’y a plus aucun doute : Marc Jacobs renoue avec ses premiers hautfaits. Le défilé trouve son point d’orgue dans ce pardessus XXL à carreaux savamment rattaché et ajusté par un système de cordes. Le turban orange, porté ici par Gigi Hadid, est un clin d’oeil au fameux turban argenté porté par Kate Moss lors du Bal du Met  – une édition co-organisée par le duo en 2009.

En total contraste avec la mise en scène, le défilé est une explosion de couleurs et de coupes ; oversized exagéré, estampes florales hallucinantes, couleurs vives, nombre de références se dessinent ici. On reconnaît les filles du Studio 54 introduites pour la collection Printemps 2012, les filles Jamiroquai de l’Automne 2012, les anges hivernaux de l’Automne 2014 ! Tant d’élément iconiques du vestiaire Marc Jacobs retravaillés dans une exagération de circonstance.

Ambre Sultan par Serge Lutens

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Son Ambre sultan, «arabe et non pas oriental» pour reprendre les termes de son créateur, marque ce baptême. Iconoclaste et rêveur, c’est en marge de tout et à travers son parfum que Lutens se positionne : «Vous sentiez un parfum, c’était une soupe. On sentait la femme sexy ou bien la femme qui tient des dossiers. Pour l’homme, c’était la panoplie de Zorro. Avec Ambre sultan, je voulais sortir des Adam et Ève du marketing». Une nouvelle genèse de l’humanité, incarnée par un sillage envoûtant, où l’antiquité et la sensualité s’entremêlent, exacerbées. 

L’ambre classique s’enrichit des notes poudrées et vanillées du benjoin des petits arbres de Siam. Le ciste apporte une chaleur sensuelle. La coriandre, l’origan et la myrte s’arrondissent autour d’une note de patchouli et de bois de santal. Autant d’ingrédients qui s’accordent parfaitement, telle une symphonie odoriférante et maîtrisée. Mais la sophistication n’est qu’une évidence, une simple immanence pour Serge Lutens. Il ne cherche rien, si ce n’est qu’à s’exprimer. Selon lui, Ambre sultan unit «le goudron épais, austère, mystérieux du ciste qui colle les doigts, et le goudron accueillant, réconfortant de la vanille, elle aussi adhérente et que sa mémoire retenait». Le parfum reflète une certaine dichotomie, une sensible ambivalence humaine et personnelle, perçue avec justesse par cet homme d’une extrême finesse. Une émotion saisissante nous frappe alors, issue de la force d’un récit et d’un mythe personnel. Le voyage est fantasmé, la spontanéité sublimée et le sentiment témoigné par cette fragrance princière.

C’est ainsi que, luxueux et intime à la fois, Ambre sultan règne sur le Palais-Royal, à Paris. La boutique est singulière et préservée de tout, un bel escalier forgé s’érige au centre de la pièce mystérieuse. Au somptueux décor XIXe, celle-ci est habillée de marbre et de marqueterie. Les joyaux fugaces et éphémères, parfums de l’instant, sont exposés sobrement et sans caprice. Ils sont contenus dans des flacons aux lignes claires et cristallines. S’opère alors une magie des sens chez Serge Lutens, cet alchimiste baudelairien qui transforme les sentiments et les souvenirs en sensations olfactives, et inversement. 

L’Omega Seamaster, Généalogie d’Une Montre Star

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C’est en 1948, commémorant la naissance de la marque, qu’Omega commercialisa la première Seamaster dont on ne compte plus aujourd’hui les nouveaux modèles. Fondée en 1848 par le biennois Louis Brandt, la marque s’impose comme partenaire des grands événements dès 1909 en parrainant la Gordon Bennett Cup en 1909 ou par sa présence à l’édition parisienne de l’exposition des Arts Décoratifs en 1925. Date majeure, c’est en l’année 1932, à Londres, qu’Omega devient le chronomètre officiel des jeux olympiques, et il n’en sera pas autrement pour les jeux de 2016. On pourrait également citer la confiance portée à Omega par une institution aussi exigeante que la NASA en matière de précision. En effet, elle choisit l’horloger suisse pour accompagner ses astronautes dans le cadre de son programme spatial américain Apollo ; les montres Omega furent donc les témoins des premiers pas de l’homme sur la Lune. Si nous ne saurions résumer en peu de mots l’incroyable histoire de la marque, la Seamaster d’Omega y parvient cependant.

En 1932 voit le jour la Marine, première montre-poignet conçue pour les plongeurs, préfigurant ainsi la Seamaster. En effet, cette montre fût-elle aussi d’abord destinée aux aventuriers des profondeurs marines, les aiguilles et repères phosphorescents garantissant une bonne visibilité sous l’eau sont là pour nous le rappeler. Des différentes collections Omega, la Seamaster est aujourd’hui la plus ancienne, mais elle n’en bénéficie pas moins avec chaque nouveau modèle des dernières avancées technologiques. Ainsi, la Seamaster Planet Ocean fut la première montre à associer la céramique à la technologie Liquidmetal, un alliage à base de zirconium. Le résultat est la traduction matérielle de l’ambition Omega : d’une durabilité accrue, mais également esthétiquement sublime. Car si la résistance est de rigueur, la marque n’entend pas pour autant sacrifier le design de ses montres. Testée dans des conditions extrêmes dans un souci d’amélioration continuelle, chaque Seamaster prétend à l’excellence, conjuguant durabilité, précision et esthétique.

Fait méconnu, la Seamaster fut initialement pensée comme une montre aussi adaptée à la ville qu’à la campagne et inspirée des montres que portaient les soldats anglais durant la seconde guerre mondiale. Elle devint rapidement la montre de référence des grands explorateurs marins avec pour figure de proue Jacques-Yves Cousteau, pour ensuite séduire une gamme d’utilisateurs plus larges, les hommes d’action. Clin d’œil de l’histoire, Elvis Presley se fit photographier durant sa brève carrière militaire, une Omega au poignet. L’homme le plus désirable de son époque, en tenue de soldat, annonçait la starification de la montre tout en entérinant sa désirabilité (« In all the world, the most wanted watch ») sans pour autant trahir la mission de celle-ci : accompagner sans faillir l’homme d’action. Précision, durabilité, mais toujours élégance, comme Georges Clooney ne manqua pas de le rappeler dans les campagnes publicitaires de la marque, jusqu’à ce que celle-ci consacre son image de montre d’excellence ne sacrifiant en rien l’élégance à sa sportivité par le biais de la franchise James Bond. Ainsi, depuis Pierce Brosnan dans Goldeneye, l’agent 007 arbore une Seamaster, et son successeur Daniel Craig dans ce rôle n’aura pas dérogé à la règle dans le 24è opus de la série, avec la Seamaster 300.

Le Léo de Robin Day

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Robin Day, designer britannique très réputé, s’est imposé dans le monde de la création par sa célèbre Polyprop : première chaise réalisée en polypropylène moulé par injection, elle est fonctionnelle et empilable. Quelques années plus tard, il imagine un fauteuil anguleux, aux lignes pointues et viriles. Fait de cuir et non de plastique pour une version haut de gamme, le Léo voit alors le jour, en 1965. Aussi bien destiné aux professionnels qu’aux particuliers, il offre un confort et une assise exceptionnels. Son slogan le confirme : «Léo fonctionne très bien au bureau et se sent chez lui chez vous».

Une petite perle du mobilier moderne qui n’échappe pas à l’oeil affûté de Ken Adam, décorateur officiel de la série des James Bond. C’est ainsi que l’on retrouve à l’écran, en 1967, Sean Connery s’y reposer entre deux courses-poursuites dans On ne vit que deux fois. De par sa naturelle distinction et son élégance charmante, l’acteur écossais assied la réputation du fauteuil Léo, qui incarne désormais la classe et l’intemporalité au masculin. 

Cette année, Loft décide de rééditer cette version à piétement fixe, ainsi que de nombreux autres classiques de Robin Day. Entreprise en collaboration avec le designer britannique depuis 2000, Loft présente alors le fameux Léo, aux pieds en acier chromé et déclinable en cuir beige ou noir. S’il s’inspire de son prédécesseur, il s’inscrit néanmoins dans une modernité contemporaine, ce que nous explique Andrew Donoghue, directeur de Loft : «il est moins volumineux, plus fonctionnel et d’un confort inégalé une fois équipé de son ottomane». Une expérience délicieuse et relaxante, digne des plus grands maîtres en espionnage.

L’Escarpin Cachet par Sergio Rossi

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Si luxe et haut artisanat riment aujourd’hui avec tradition et authenticité, c’est une poésie qui se retrouve également dans l’histoire de la maison Rossi. Seulement âgé de quatorze ans, le jeune Sergio fait l’école buissonnière pour s’atteler à l’art familial : confectionner des souliers de qualité. En 1950, le nouveau créateur prend les rênes de cette petite entreprise parentale, et entame un travail passionné d’expansion. Inspiré de l’oeuvre d’Helmut Newton, où courbures de jambes élancées et cambrure sont mises à l’honneur, Sergio Rossi designe des escarpins féminins à talons hauts. Le succès ne se fait pas attendre : en 1959, la signature du créateur chausse les pieds de la belle Anita Ekberg dans la Dolce Vita de Fellini. En chemin vers une reconnaissance européenne, le maître chausseur arpente les sentiers italiens, de Milan à Bologne, où il ouvre sa première boutique en 1966. Ses premiers hivers, minutieux et inventifs, donnent naissance à des sandales qui se vendent rapidement sur les plages de Rimini et dans ses boutiques bolognaises. Les décades 1970 et 1980 marquent enfin l’aboutissement de son travail : mis à contribution par des grands noms de la haute couture tels que Versace, Azzédine Alaïa, Dolce & Gabbana et Yves Saint-Laurent, Sergio Rossi chausse désormais toute la crème des tapis rouges. En effet, Sharon Stone, Teri Hatcher et Denise Richards sont encore imitées aujourd’hui par d’autres actrices et célébrités telles qu’Eva Longoria ou encore Zooey Deschanel.

Fort de cette croissance fracassante, l’esthétique et le confort des escarpins Rossi sont rachetés par le groupe Gucci en 1999. Jouissant d’une expansion globale grâce à soixante-dix-neuf points de vente différents dans le monde, la maison Rossi ne cesse de croître. Le succès atteint des sommets paroxysmiques en 2008, lorsque l’enseigne italienne reçoit comme nouveau directeur artistique le designer Francesco Russo. Ayant fait ses lettres de noblesse auprès de Miu Miu ou encore Costume National, on lui doit entre autres les fameuses sandales Tributes de Saint-Laurent. Affirmant vouloir faire « partie du corps de la femme sans jamais le recouvrir », le designer lance à l’occasion du mariage de Salma Hayek et François-Henri Pinault, directeur de Kering (ex Pinault-Printemps-Redoute), un soulier qui deviendra emblématique de la marque. Il décide ainsi commercialiser ce modèle particulier de chaussure open-toe extrêmement désirable. Maîtrisant le français seulement oral, le créateur souhaite nommer son œuvre « Caché », en hommage à la petite fente en amande qui laisse entrevoir le bout du pied. Toutefois, ce n’est pas de cette façon que l’ont interprété les équipes marketing de la maison, aboutissant à l’appellation « Cachet » qui nous est parvenue. « C’est la vie ! » plaisante F. Russo de cette surprise inattendue, qui ne dénature par néanmoins le côté sexy de sa création.

Cachet, du haut de son talon de 13,5 cm nous emporte dans un vide vertigineux élançant la silhouette féminine vers des sommets incroyables. Soulier « galbé et pointu » comme le voulait son designer, il se décline en plusieurs modèles, variant de couleur et système d’attache. Chaussures dont la plateforme massive de 3,5 centimètres est allégée par un talon tout en finesse et en courbure, Cachet est, indéniablement « un produit qui fut très bien reçu » et continue de l’être. Différent des autres modèles de peep toe, Cachet surprend par sa fente en amande, laissant entrevoir avec délicatesse la pointe du pied de sa détentrice. S’il semble difficile aux moins expérimentées de flâner chaussées de ces bijoux de cordonnerie, Francesco Russo maintient un seul mot d’ordre pour pouvoir fouler le pavé avec le maintien d’une reine : « Just practice. Practice, practice, practice ». Confort, un autre fétiche de la maison Rossi, toujours suivi de Qualité ; en effet, pas moins de cent-vingts manipulations sont réalisées sur les produits avant que ceux-ci ne rejoignent leurs points de vente situés désormais entre New-York, Wakiki, Costa Mesa, Beverly Hills, Paris et Dubai. En 2011, Cachet fait peau neuve à l’occasion d’une collection capsule iconique. Véritable œuvre d’orfèvrerie, le soulier cousu dans un cuir de crocodile exotique se pare de feuilles d’or vingt-deux carats et d’argent antique. Frottés minutieusement avec un savoir-faire dignes de la sculpture et de l’encadrement de tableaux, ces merveilles de luxe n’étaient disponibles qu’uniquement sur commande, poussant encore le rêve un peu plus loin.

 

Le Trench-Coat Burberry Printemps-Été 2016

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L’héritage de Burberry est vieux de plus d’un siècle, et pourtant, la maison de Thomas Burberry est sans doute celle la plus à même de dialoguer avec les nouvelles générations. Le directeur artistique de la maison, Christopher Bailey, cherche sans relâche à se frotter à l’avant-garde. Pour la saison prochaine, il n’hésite pas à multiplier les références aux attributs de la monarchie britannique, mais dans une veine sombre et très rock. C’est ainsi une atmosphère tout en romantisme noir qui s’échappe de ce défilé ; une atmosphère générée là au travers d’une inspiration délicatement vintage.

Le trench-coat, pièce iconique de la maison, après moult évolution romanesque et poétique, s’incarne cette année dans une veine d’inspiration militaire. Noire ébène, contourée de fils d’or, la pièce a été fabriquée par une manufacture spécialisée dans la confection d’uniformes de l’armée depuis le XVIIIe siècle… Réalisée par les mêmes brodeuses que celles de la Garde de la Reine. Raffiné, travaillé minutieusement et de plus en plus envoutantes, le trench Burberry se réinvente au contact d’une inspiration très Sgt. Pepper–style. De quoi ravir les nouvelles générations en quête d’une nonchalance stylisée !