Sarah Bernhardt, Actrice, Cocotte et Icône De Mode


On cantonne, à tort, les actrices de la Belle Epoque au statut de filles de joie. Elles sont, avant tout, celles qui, par leur extravagance, ont permis l’envolée du luxe et de la mode. Et Sarah Bernhardt tient lieu d’icône absolue !

A 15 ans, le Duc de Morny l’introduit au monde du théâtre. L’homme derrière la fondation de Deauville met le pied à l’étrier à Sarah Bernhardt — première grande actrice internationale. A son compte? Plus de 120 rôles. On dit d’elle qu’elle inventa le star système; qu’elle initia nombre d’extravagances vestimentaires, entrées, aujourd’hui, dans les habitudes des femmes. Elle fut une véritable icône de mode. De celles qui inspirent autre chose aux femmes; de son époque, et celle d’après.

Il faut dire qu’à la Belle Epoque, l’actrice, tantôt cocotte, tantôt grande horizontale, figure tout ce qui est impossible aux femmes de la bonne société. Si bien que les représentation de théâtre ou d’opéra donnent à lieu à la distribution de feuillets décrivant avec une précision folle les tenues arboraient par les artistes stars. Parmi elles, Sarah Bernhardt tient lieu d’icône absolue!

Cocteau dirait « un monstre sacré ! » C’est pour elle que le plus mondain des académiciens pensa le terme… Que trouve-t-on dans ces feuillets? La description exacte des pionniers de la couture qui, par amour de l’art et du beau, confectionnaient aussi les costumes de théâtre. C’est, avant Chanel et Nijinsky, Dior et Grace Kelly, Deneuve et Yves Saint Laurent… C’est Sarah Bernhardt et Charles Worth et Jacques Doucet. Robes, chapeaux, parfums, maquillage — tout y est décrit de façon à ce que la bourgeoisie copie et achète un bout de la vie libre et bohème de Sarah Bernhardt.

Elle contribua a lancé la mode de la ligne S, en 1898. Bientôt, la robe Delphos de Fortuny devient un it. Mieux, célébrée dans le monde entier pour la façon si splendide qu’elle a de mourir sur scène, dans un déshabillé — elle fait de cette tenue un basique de la vie domestique. Et ce, chez les femmes du monde entier!

Ayant fait dix fois le tour du monde; s’étant rendue jusque dans les tribus amérindiennes; se produisant dans toute l’Amérique… Sarah Bernhardt a largement contribué à la réputation de ces couturiers, et joailliers exerçant à Paris. La rue de la Paix et la Place Vendôme lui doivent beaucoup ! Boucheron, notamment. Avec elle, et pour elle, il réalise des bijoux à couper le souffle… Quand il ne conçoit pas, en 1882, la pièce la plus iconique des tenues de Sarah Bernhardt: un plastron comme une guirlande de fleurs, serti de 317 diamants.

René Lalique fut aussi un grand collaborateur. Il peaufine, avec le goût et l’audace de Sarah Bernhardt, un style qui, bientôt, le place au panthéon des artistes Art Deco. A l’exposition universelle de 1905, il est celui qui attire louanges et exaltation. C’est que Sarah Bernhardt avait l’oeil, et le bon, pour remarquer les talents qui aujourd’hui encore provoquent une émotion sans pareille. Alphonse Mucha, par exemple. C’est elle qui le repère et lui offre de réaliser les réclames de ses spectacles. Etalées sur les colonnes Morris, les affiches inaugurent la publicité, et le style Art Nouveau!

De la poudre de riz en passant par les apéritifs, Sarah Bernhardt incarne l’aspiration des femmes de son temps. Et c’est Marcel Proust qui capture à merveille le personnage dans son chef d’oeuvre A La Recherche Du Temps Perdu. Elle est ‘La Berma’… Celle qui, d’ailleurs, lance en 1905 la vogue pour le cinéma. Elle qui achève sa carrière en tournant dans l’un des premiers films de l’histoire. Mais ça, justement, en est une autre!

Le 30 Montaigne, Nouvel Icône Dior

C’est l’histoire d’une adresse devenue du jour au lendemain l’épicentre mondial de la Haute Couture — aujourd’hui, le 30 Montaigne devient un sac.

Le 16 décembre 1946, quelques mois avant la révolution du New Look, le superstitieux qu’est Christian Dior choisit le 30 de l’avenue Montaigne pour installer ses ateliers. Il confie alors la décoration du lieu à Victor Grandpierre — les mots d’ordre: sobriété et élégance. L’idée: permettre aux seuls dessins et silhouettes de Christian Dior d’enthousiasmer l’oeil et les dames.  « Un bureau de rêve et un refuge pour des choses merveilleuses. » C’est ainsi que le fondateur de l’une des maisons ayant fait la renommée de la Haute Couture Parisienne après la Seconde Guerre Mondiale, aimait à définir ses ateliers du 30 Avenue Montaigne.

Et l’on connait la fascination de Maria Grazia Chuiri pour les codes et l’histoire de la maison Dior. Ainsi en Février dernier, en même temps qu’elle introduisait au monde la collection Automne/hiver 2020, l’actuelle directrice artistique a saisi l’occasion pour en célébrer l’antre même. L’hôtel particulier du 30 Avenue Montaigne avait en effet inspiré à Monsieur plus d’une signatures — des chaises à dossier médaillon aux cannages en passant par le gris Trianon et la toile de Jouy. Voici que le sac 30 Montaigne honore l’âme de la maison Dior. Floqué des initiales CD, le sac repend l’allure sobre mais graphique de la couture Dior. Un sac idéal tantôt habillé de la mythique toile Dior Oblique, ou de bleu et de bordeaux — tout fait du luxe discret si cher à la maison léguée par Monsieur!

La Pré-collection Chanel de l’Automne/Hiver 2018 en Boutique!

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C’est dans une modernité chaque saison un peu plus renouvelée que Karl Lagerfeld ancre le propos de la pré-collection Automne/Hiver 2018-2019. En vedette: une version écrue du mythique tailleur de Mademoiselle, arborée par le nouveau visage de la saison, Adut Akech. La mariée Chanel Haute Couture 2018-2019 a ainsi prêté ses traits au couturier qui, sur un simple cyclo monochrome, met en vedette la gracieuse mannequin Soudanaise. Une campagne qui sublime les pièces clés d’une pré-collection très attendue! 

Piqué d’éclats de fuchsia, le raffinement noir et blanc Chanel se déploie ici sur une longue robe ajustée en laine… Illuminé d’éclats de bleu et de rouge, c’est un manteau droit à double col en tweed de laine qui vient là encore capter toute l’attention. Mais cette saison, on ne peut que brûler de désir face à au tweed iconique de Chanel — réchauffé d’une longue veste écrue à galons, associé à une jupe en maille ponctuée d’un large bord-côtes… L’allure sporty chic initiée par Mademoiselle au tournant des années 1910 trouve ici un écho dans un tweed irisé sur un blouson à col évasé, un bermuda et un bustier porté en trompe l’oeil sur une robe en jersey! Une cascade de pièces étourdissantes de beauté, à découvrir dès à présent en boutique. 

Eva Minge Haute Couture Hiver 2018-2019

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Des danseuses de ballet accompagnaient de leur mouvement éminemment gracieux des mannequins glissés dans des toilettes hautement couture — la maison Polonaise Eva Minge présentait à Paris une vision littérale de l’exercice. Dans l’atmosphère majestueuse de l’un des salons du Shangri-La Hôtel, les silhouettes évoquaient d’incroyables sculptures toutes faites de tulle, de broderie et de dramaturgie! Une collection ensorcelante éveillée par la musique de Czajkowski. 

Parsemées de teintes pastel, les robes spectaculaires et essentiellement théâtrales faisaient aussi la part belle aux fleurs et plumes d’oiseaux — mais ici, des corsets venaient enserrés la taille de façon à faire entrer le baroque du propos dans une forme de modernité. Des pièces monumentales qui content la réunion de deux mondes; l’un romantique, l’autre électrique. Deux mondes à l’image de la maison d’Eva Minge.  

Le Rouge Valentino Magistral Sur une Cape d’Opéra Haute Couture 2018-2019

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« J’ai eu un des plus grands chocs de ma vie à Barcelone: alors étudiant, invité au théâtre de l’Opéra, émerveillé, je vis dans une loge une femme aux cheveux gris, très belle, habillée de velours rouge. Parmi toutes les couleurs portées par les autres femmes, elle m’apparut unique, isolée dans sa splendeur. Je ne l’ai jamais oublié. Elle est devenue la déesse rouge. Fabuleuse. Je crois qu’une femme habillée de rouge est toujours magnifique, elle est au milieu de la foule l’image parfaite de l’héroïne.  » L’anecdote du fondateur Valentino Garavani a sans doute inspiré à Pierpaolo Piccioli cette collection éminemment Haute Couture. 

Sous la véranda de l’hôtel Salomon de Rothschild, l’actuel directeur artistique de la maison semblait en effet vouloir renouer avec cette grande tradition. Un hommage, loin de l’écueil nostalgique, qui forge ici l’une des plus belles collections de la saison. Rythmées par la voix de Maria Callas, les belles Haute Couture 2018-2019 Valentino défilaient dans mouvement lent, glissées dans une cape d’opéra au tombé parfait, à la couleur radieuse! Ce rouge iconique épouse ainsi un jeu sur les volumes bien rare en ce moment — un carmin flamboyant qui s’éprend d’une pièce follement couture. 

Une pièce qui, comme flottant dans les airs, habille l’élégante d’une grâce sans pareille. Fruit d’un savoir-faire nécessitant plus de 1800 heures de création… Les grandes divas de l’opéra Valentino distillent ici une vision paroxysmique. Celle d’une Haute Couture 2018 -2019 qui lie opulence magistrale et travail merveilleusement bien exécuté. Une vision qui vaut à Pierpaolo Piccioli une standing ovation — Valentino Garavani lui-même s’est levé pour applaudir. 

Doria Arkoun 

Le Tailleur Arty Fendi Haute Couture 2018-2019

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C’est au coeur de la Bourse de Paris que Silvia Fendi et Karl Lagerfeld ont fait défiler leur collection Haute Couture 2018-2019 — une collection qui, pour la première fois, faisait la part belle aux illusions de matières. Les ateliers Romains sont parvenus à filer toutes sortes de matières de façon à les faire apparaître, à l’oeil nu, pour être de la fourrure. Mousseline imprimée et effilochée; paillettes thermorétractées et organza plissés — Fendi, maison haute fourrure, illustrait ainsi un pied de nez magistral aux idées préconçues quant à une matière désormais controversée! 

Et c’est dans l’univers de l’Orphisme — mouvement artistique du XXe siècle centré sur la couleur et le mouvement, ainsi nommé par Guillaume Apollinaire — que la maison Fendi a pioché les gimmicks de sa collection Haute Couture. A l’instar de ce tailleur arty, composé comme une mosaïque de teintes et de nuances… Une coupe somme toute classique, étayée par l’audace de la composition — de quelle matière s’agit-il? Peut être de la fourrure, des effilochés de mousseline, ou encore des combinaisons de paillette engendrant un mouvement liquide… La maison Fendi a pris soin de brouiller les pistes! 

Suivant néanmoins une composition pop et colorée, la pièce phare de la collection Haute Couture 2018-2019 s’inspire ici des oeuvres du peintre František Kupka. Un tailleur étonnant, véritable chef d’œuvre d’artisanat — une pièce illustrant la pure démonstration d’art que fut ce défilé Fendi. Un défilé poétique et inestimable, applaudi par une pluie d’invités prestigieux. 

 Doria Arkoun 

Le Smoking Façon Jean Paul Gaultier Haute Couture 2018-2019

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‘Smoking or not smoking’ — ainsi intitulée, la collection Haute Couture de Jean Paul Gaultier Hiver 2018-2019 flirte avec les notions de genre et de tailoring. Déjà, lorsqu’il débarque sur la scène mode au tournant des années 80, Jean Paul Gaultier insuffle un vent nouveau sur la planète — les hommes sont habillés en femmes, et les femmes en hommes. Etayant un propos depuis devenu légion, cette collection Haute Couture puisait dans le répertoire même de sa maison les éléments d’un Smoking réinventé pour la femme d’aujourd’hui. Jamais à court d’humour, Jean Paul Gaultier coupe ici le smoking dans une approche mêlant tuxedo, drapé d’opéra et fez perlé! 

L’introduction des fez dans l’univers Gaultier remonte à l’un de ses premiers défilés… Après avoir vu Stephen Jones vêtu d’un superbe fez dans l’émission Culture Club, Gaultier voulu l’inviter à défiler. Mais, Stephen Jones refusa — à la place, le chapelier lui propose de réaliser des fez pour sa collection. La semaine passée à Paris, les fez ont une nouvelle fois accompagné des silhouettes audacieuses et éminemment pertinentes! En vedette, le look N°50 met à l’honneur le maître tailleur qu’est devenu Jean Paul Gaultier. Une silhouette où le smoking, déconstruit, s’accapare volumes et drapés coutures pour le plus grand plaisir des femmes en quête d’un raffinement détaché. 

Sur ce smoking, un effet drapé des plus pompeux est adoucis, voire subvertit, au contact d’une approche stricte du tailoring — mais l’effet vaporeux, lui, égaie le propos autour d’une texture noble. Une collection hautement réussie; chaudement applaudie par un par-terre de personnalités incluant Nil Rogers, Naomi Campbell, et Rossy de Palma pour qui « Jean Paul est un garçon curieux, un être magique, quelqu’un de tendre, magnifique, rêveur et toujours innocent, un plaisir, c’est l’amour! » Des qualités qui imprègnent des pièces à la désidérabilité folle. 

Doria Arkoun

Le Rose Eminemment Shocking de Schiaparelli Haute Couture 2018-2019

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L’actuel directeur artistique de la maison Schiaparelli faisait défiler la semaine passée à Paris sa collection Haute Couture 2018-2019 au coeur du Palais Garnier. Un lieu à la magnificence avérée qui venait jouer l’écrin parfait de cette collection — une collection baptisée ‘Animala Fantasia’ où le bestiaire Schiaparelli épousait des lignes folles et hautement bien exécutées! « Cela fait du bien de se lâcher et d’aller vers quelque chose de plus théâtral […] J’ai eu envie de parler d’elle en tant que femme. Elsa Schiaparelli était un personnage fantasque, ce que m’a confirmé sa petite fille, Marisa Berenson » confiait Bertrand Guyon. 

Et au passage N°8, on se dit que l’exercice couture est incroyable bien réussi. Mêlant savoir-faire éponyme et subversion caractéristique de cette maison, la collection Schiaparelli mettait en vedette l’iconique Rose Schoking inventé en 1937 — une teinte qui vient cette fois éveiller d’un culot-couture une pièce bouffante et bohème, théâtrale et sensuelle. Sur le visage du mannequin Tricia Akello, un masque non moins fantasque signé du plus grand chapelier de notre temps, Stephen Jones.  

Ce masque n’est pas sans évoquer un autre des codes de la maison de la place Vendôme — un symbole appartenant au répertoire surréaliste qui veut que le papillon incarne le changement. Et c’est bien cela que Bertrand Guyon parvient à faire avec cette maison iconique; faire entrer Schiaparelli dans le coeur et l’esprit des nouvelles générations. Une façon de démontrer, sinon d’affirmer, que la Haute Couture porte avant tout l’audace de la création. Et cette silhouette est incontestablement l’exemple d’une couture qui fait de l’art quelque chose de portable!   

Doria Arkoun 

La Tabi Shoe Margiela sur Plateforme pour la Haute Couture 2018-2019

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Maison Margiela présentait à Paris sa collection Haute Couture, plus connue sous le nom de ligne ‘Artisanal’. Et cette année, l’actuel directeur artistique, John Galiano, a mêlé à ses propres questionnements de décortiqué et glamour-à-la-hâte les codes initiés par Martin Margiela. Ainsi la collection Haute Couture Hiver 2018 pensait la notion d’humanité nomade — une humanité qui, sur le catwalk, défile téléphones et tablettes chevillés au corps. Oui, la réflexion ici portée par John Galiano interroge une humanité qui se contente de voyager et d’approcher la réalité au prisme de lentilles virtuelles. 

Intitulée ‘En mémoire de’, la collection ‘Artisanal’ mettait aussi en vedette une pièce devenue la signature Margiela — un soulier qui, dès 1988, fait partie intégrante de la grammaire Margielesque! Les Tabi Shoes, empreinte reconnaissable entre mille, furent introduite dès la première collection de Martin Margiela. L’inspiration, on la connait: les Tabi Japonaises à bout fendu. Ce que l’on sait moins, c’est l’intention de Margiela. « Je voulais créer une chaussure invisible, l’illusion d’un pied nu marchant sur un talon haut et costaud » déclarait à l’époque Margiela à Brulot, son premier revendeur. Lors de ce premier défilé, Margiela avait ainsi pris soin de tremper ses Tabi dans la peinture rouge, de sorte à ce que les mannequins distillent sur le podium ces drôles d’empreintes de pas. 

Aujourd’hui, John Galiano les perche sur des plateformes. « Les volumes, c’est ça qui fait avancer la mode. C’est de ça qu’il s’agit toujours. Je suis couturier, c’est pour ça que je travaille. Et j’ai donc enquêté, exploré et je nous ai fait faire pas mal d’exercice à l’atelier » soulignait-il dans un podcast transmis à la presse. Et il est vrai que cette collection Couture repousse un peu plus les limites de l’exercice — vêtements décortiqués et superposés, les voici mêlant avec une adresse folle tissus délicats et restes de la vie moderne. Oui, les codes initiés par Margiela font plus que jamais écho à notre époque. Une époque où les vêtements naissent de formes brutes et poétiques! 

 

Doria Arkoun

Le Tricoté Envers de Sonia Rykiel Façon Haute Couture pour l’Hiver 2018 – 2019

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Baptisée ‘L’Atelier Sonia Rykiel’, la toute première collection haute couture pilotée par Julie De Libran faisait l’inventaire des icônes Rykiel. Du béret en passant par le caban et la jupe culotte, c’est l’appropriation couture du tricoté envers qui retient toute l’attention. La ‘Reine du tricot’ n’avait en effet pas son pareil pour sublimer le non-fini. Petite déjà, Sonia Rykiel rechignait à porter des vêtements neufs – ceux qui l’attiraient été vieux, usés. Plus tard, la maison qu’elle fonda gagna ses lettres de noblesse autour d’une nouvelle virtuosité du vêtement. Dans les années 60, Sonia Rykiel file la laine, évince les ourlets, recoud à l’envers de manière à faire apparaître toutes les preuves de coutures… Rykiel s’est entendue : elle fait de la rayure sa signature ; de la maille son support.

La semaine passée à Paris, Julie De Libran reprenait ainsi toute la grammaire Rykiel autour d’une composition Haute Couture – « un reflet de l’essence pure Rykiel et une vision personnelle de l’univers de la marque adaptée au lifestyle des femmes d’aujourd’hui » précisait-elle. Une proposition couture donc qui distille l’élégance Rive Gauche autour d’une allure tout sauf affectée. Ce look met en vedette l’iconique tricoté envers dans des teintes somme toute très Rykiel. Version couture du mythique pull rayé de la maison, la pièce habille d’une nonchalance raffinée la femme de l’Hiver 2018.

« Faire remarquer la tête sans se faire remarquer. C’est ce que je veux pour moi et pour les autres… » Le mantra de la fondatrice se conçoit ici dans une silhouette couture qui se porte, s’apprécie, mais surtout se vit ! Une sensualité teintée de liberté, une pièce savamment informelle – Julie De Libran joue des codes Rykiel avec une fraîcheur délicieuse. Une désinvolture chic qui rappelle l’icône Sonia elle-même. « Elle était une icône Parisienne, et une femme que les autres femmes aspiraient à être, pour sa liberté, son allure et la façon dont elle jouait des vêtements » explique l’actuelle directrice artistique de la maison. Et il est vrai qu’il y a quelque chose d’éminemment coquin, pour ne pas dire malin, dans ce tricot à la désirabilité exponentielle.

 

Doria Arkoun