Le Jackie O. De Gucci, Le Sac De L’Eternelle Elegance

Il s’appelait Constance, jusqu’à l’intervention divinement mode de Jackie O.

1958. La maison Gucci édite un sac fait pour s’encastrer avec grâce sous l’épaule. Unisexe et coupé dans un cuir malléable — il s’appelle le Constance — il est clairement trempé de la grammaire Gucci: bande vert-rouge-vert, le double G de Guccio Gucci, et la toile Diamantissima. A la fois glamour et pratique, nomade et élégant, la pièce plait mais ne parvient à provoquer ce fameux désir souverain. Enfin, jusqu’à ce jour de 1964 où une certaine Jackie O. pousse la porte d’une boutique Gucci. La première dame la plus mode de la galaxie tombe sous son charme — elle fait l’acquisition non pas de deux ou trois modèles. Jackie O. ressort de la boutique avec six sacs Constance!

Très vite, il est de toutes ses sorties. Des rues de New York en passant par ses idylles à Capri, le sac Gucci complète son allure déjà fortement marquée par ce chic quasi désinvolte. L’air de rien, Jackie O. vient en fait de faire entrer un sac dans la légende. Cette même année, Gucci lui rend hommage et renomme le sac Jackie. Dès lors, nombre de personnalités emboîtent le pas de la first lady. Hommes ou femmes, Britt Ekland ou Peter Sellers, Samuel Beckett ou Barbra Streisand. Tous sont photographiés le sac Jackie à l’épaule!

Et l’arrivée d’un Tom Ford à la tête de la création Gucci en 1998 ne change rien à l’aura de l’icône — le texan le revampe, les ventes explosent! Des matières et couleurs explosives embrasent fougueusement les clés de la grammaire Gucci. En 2009, c’est au tour de Frida Giannini de le réinventer. Elle l’agrandit, y ajoute des pompoms et, jouant avec la matière fétiche de Guccio, aka le bambou, scelle sa fermeture d’un locket bambou. Terriblement chic!

Le tourbillon Alessandro Michele ne fait qu’ajouter à l’attrait du Jackie. Jouant avec un charme fou de la grammaire Gucci, le génie Michele y ajoute des têtes de tigres, des papillons, joue de la paille et d’ornements miroirs… Jusqu’à confondre le Jackie avec les traits propres au sac Dionysus. Oui, c’est dans ces fulgurances d’extrême créativité que l’on reconnait les vraies icônes de la mode — celles capables d’épouser leur époque avec chic et détachement. Très Jackie finalement.

Le Web Vert-Rouge-Vert, Le Sceau Gucci

Reconnaissable en un clin d’oeil, la signature Gucci raconte l’histoire du fondateur, et l’inspiration au coeur de sa maison.

1921. Lorsque Guccio Gucci fonde sa maison à Florence, l’homme a déjà derrière lui une expérience, une inspiration et une vision claire de la mode. Ancien employé de l’hôtel Savoy de Londres, Guccio Gucci y a côtoyé l’aristocratie Britannique. Il en retient une allure et surtout, une série d’éléments hippiques qui vont nourrir sa création. Parmi eux, le web — ceinture enserrant le ventre du cheval de façon à maintenir la selle bien en place. C’est ce web qui, des années plus tard, vient former la bande vert-rouge-vert. Les teintes? Le rouge fait écho à la veste des chasseurs de renards Britanniques. Le vert aux riches propriétaires de la campagne.

Dans les années 50, la Riviera Italienne figure l’épitomé du glamour et de la sophistication — Gucci en devient la maison phare! Et lorsqu’en 1964, Gucci introduit une version de son sac Jackie estampillée du web vert-rouge-vert, la signature est faite. On la retrouve sur nombre de collaborations comme pour dénoter d’un luxe inouï. En 1979, Gucci x Cadillac. En 2010, sur l’iconique Aqua Riva. Elle estampille même la première montre Gucci, en 1989. De simple motif, le web Gucci est devenu un code très efficace.

Tom Ford la change alors en pièce à part entière — devenue ceinture à l’Automne 2000. Frida Giannini explore sa pertinence autour de matières inédites. Quant à la tornade créative qu’est Alessandro Michele, c’est dans une veine freak and chic qu’il déploie tout son potentiel. Là encore associé au reste de la grammaire Gucci, le web ponctue nombre de pièces dans une veine tantôt streetwear tantôt graphique, mais toujours très, très flamboyante! Et c’est bien la force de la bande vert-rouge-vert; sorte de fil d’Arianne de la maison Gucci, scellant de glamour tous ce qui en sort.

Le Mors Gucci Imprime la Jupe Vedette du Printemps/Eté 2019

061.jpg

« Je ne voulais pas aller au Louvre. J’ai choisi un petit théâtre qui était le symbole d’une autre scène qui ne représente pas la grandeur de la France. J’ai choisi un endroit où des choses plus ordinaires se sont produites. Où vous pouviez rencontrer de nouveaux amants et passer des nuits interminables. » Alessandro Michele faisait ainsi défiler sa collection Printemps/Eté 2019 au coeur du mythique Palace — club de tous les possibles. Prince y donna son premier concert Parisien ; Roland Barthes y analysait l’époque ; Yves Saint Laurent y habillait Grace Jones… Cette fois, c’est l’univers Gucci qui prenait d’assaut le club depuis devenu un théâtre — et la collection était à la hauteur de la légende. 

 

Inspirée par l’oeuvre de deux figures phares du théâtre expérimental italien des 70’s, Leo de Berardinis et Perla Peragallo, la collection distillait ainsi l’obsession de Michele pour l’exagération, pour le détournement. Exit les conventions, le directeur artistique de la création Gucci faisait la part belle à une néo-bourgeoise aussi géniale que savante ! Et pour l’habiller, le designer pense une refonte des codes bourgeois. Dans un rouge explosif, la jupe vedette du Printemps/Eté 2019 habille la femme Gucci dans une longueur somme toute très convenue. Mais c’est du mythique mors qu’est recouverte la dite-pièce ! 

 

Le mors incarne la passion pour l’univers équestre d’un certain Guccio, mais aussi et surtout son ambition de recomposer le style à l’italienne. En référençant ici la signature phare du Gucci époque-fondateur, Michele se place dans la droite ligne de son ambition. Le designer aussi recompose la définition de l’élégance, l’essence même du style italien — un style libéré de l’académisme, où les imprimés s’octroient le droit d’adopter le graphisme d’un élément tel que le mors. Et une fois apposé sur une jupe onctueuse, il n’est rien qui peut faire douter de l’élégance d’un imprimé éminemment singulier !  

La Robe Flora Gucci Se Joue du Genre pour le Printemps/Eté 2019

052.jpg

Depuis novembre 2014 qu’il est à la tête de la création de la maison Gucci, Alessandro Michele n’a cessé de repositionner la maison à l’avant-garde d‘une époque empreinte de pragmatisme. Loin des poncifs d’un Gucci sexy et sulfureux, Michele a su développer une ligne comme une mode toute en exubérance, luxe et résonance avec son époque ! De cette rencontre entre l’ancien et le futur de Gucci, l’actuel directeur artistique présentait cette semaine à Paris une collection Printemps/Eté 2019 chargée d’une vision survoltée de l’héritage florentin. En vedette : la Robe Flora Gucci se joue du genre ! 

 

Oui, peu de designers peuvent se targuer d’initier les questions de société avec autant d’adresse et de talents qu’Alessandro Michele. Ainsi, l’imprimé mythique de la maison Gucci — imprimé imaginé au siècle dernier comme un hymne à la nature féminine de la Princesse Grace Kelly — se retrouve cette fois sur une robe saillante toute en fluidité. Le Flora, motif pareil à une floraison éternelle composé dans un kaléidoscope de couleurs éblouissantes, ne perd rien de sa superbe. Mieux, la nature dans toute son élégance habille cette fois non pas la femme mais l’homme Gucci du Printemps/Eté 2019. 

 

Embrassant ainsi avec un enthousiasme certain la difficulté d’aborder le genre, le designer parvient à éviter l’écueil du grotesque et, avec la maîtrise de son sujet, glisse un homme dans une pièce éminemment désirable. La palette florale multicolore et envoûtante du Flora vient ainsi habiller la silhouette entre tradition et modernité — un geste remarquable qui n’échappa aux stars présentes pour l’occasion. Agnès Varda, Salma Hayek, Jared Leto, Lou Doillon, Clara Luciani, Maurizio Cattelan, Demna Gvasalia et les autres n’ont pas hésité à capturer cet instant tant le geste était fort et réussi. Une féerie certes prosaïque, mais une féérie tout de même ! 

Le Sac Bourse Gucci du Printemps/Eté 2019, Monogramme et Bande Vert-Rouge-Vert

081.jpg

Si Gucci a longtemps été une histoire de sacs à mains, la nouvelle vision comme développée par Alessandro Michele joue des codes pour aboutir à nombre d’objets du désir. Au sein de la collection Printemps/Eté 2019 qui défilait cette semaine à Paris, c’est bien toute l’iconographie Gucci qui prenait vie sur des silhouettes aussi exquises qu’alambiquées. Et devant le par-terre de stars et de VIP qui occupait les sièges du Palace, un sac boule retenait une attention toute particulière. 

Agnès Varda, Jared Leto, Lou Doillon, Jorja Smith, Maurizio Cattelan ou encore Demna Gvasalia… Le public présent au défilé Gucci portait avec lui beaucoup d’avant-garde. Ainsi la silhouette 81 présentait un sac à la hauteur de cette prétention — une pièce aux lignes souples et aux finis froncés mettant en vedette les codes iconiques de la maison Gucci. Un monogramme recouvert de la mythique bande vert-rouge-vert ; de quoi en faire la bourse idéale de la saison à venir ! 

Le monogramme Gucci Habille un Sequin Suit pour le Printemps/Eté 2019

026.jpg

Après avoir dédié la campagne Pre-Fall aux évènements de Mai 68 ; après avoir littéralement enflammé la ville d’Arles, Alessandro Michele importe cette fois l’univers Gucci au coeur du Palace. Le théâtre, ancien club figurant comme le haut lieu des nuits parisiennes, fut un temps l’endroit où designers, couturiers, artistes, mannequins, chanteurs et autres aficionados de l’hédonisme se retrouvaient, se côtoyaient, collaboraient et parfois même s’aimaient… Cette fois, Alessandro Michele l’a choisi pour clore sa ‘French Trilogy’ — la présentation de la collection Printemps/Eté 2019 fut l’occasion d’une ode à ces nuits où l’impossible devint la norme ! 

 

Sur un suit des plus classiques, l’actuel directeur artistique de Gucci rebrodait ainsi une ribambelle de sequins comme autant d’éléments composant cette tenue très grand soir ! Une allure de fantasque-nanti où le beige et le vert emblématiques de Gucci venaient servir une pièce recouverte du mythique monogramme — ce double G aux initiales du fondateur Guccio Gucci… Un costume hautement désirable que l’on imagine si facilement porté par l’une des stars de plus en plus affiliée à l’univers Gucci, l’acteur Jared Leto ! 

Les Post-Humains Gucci Arborent la Blouse Fluide Motif Flora pour l’Automne/Hiver 2018

gucci-fw2018-2019_icon_icon-sebastien_girard.jpeg

À Milan cette semaine, le défilé Gucci a une nouvelle fois fait sensation. Et c’est peu dire aux vues des répercussions médiatiques engendrées par une telle collection. Au sein du Gucci Hub, locaux de la maison, Alessandro Michele avait fait installer un podium autour d’un bloc opératoire – lumière blafarde, murs recouverts de PVC vert, et au centre une table d’opération… Le parallèle avec le métier de designer est dès lors posé : « Notre métier est chirurgical : couper, assembler et expérimenter sur une table d’opération » a déclaré le directeur artistique de la maison. Côté podium, les néo-femmes et hommes de Gucci défilaient dans des silhouettes toujours aussi savamment extravagantes – mais pour l’Automne/Hiver 2018, certains mannequins portaient en accessoire une réplique fidèle de leur propre tête. Pour « surveiller sa propre tête et ses pensées » explique Michele.

            Dans ce futur déroutant, Alessandro Michele n’oublie cependant pas d’habiller ces femmes et hommes de tenues oniriques, faisant la part belle à l’héritage de la maison Gucci. En vedette dès l’ouverture du défilé, on retrouve ainsi une blouse délicate et fluide reprenant le mythique motif Flora. Dans ce monde de cyborgs post-humains, où la science domine le présent, les hybrides Gucci piochent toujours dans la gamme iconique de la maison les éléments d’un vestiaire qui repense un peu plus les normes du beau et du laid. Le Flora des années 70 incarne en effet la nature dans toute sa beauté, pour reprendre l’expression de Charlotte Casiraghi.

            Ainsi superposées, les pièces témoignent d’époques passées ici enchevêtrées dans une harmonie follement convaincante. Inspirations médiévales, motifs clés des années 70, lignes de la décennie 80 et gimmick d’un futur science-fictionnel… Un savant mélange de cultures et de symboles. Cagoule, robe de velours bordeaux et veste en lurex or… La Blouse Fluide motif Flora, épouse ainsi naturellement les carreaux marronés dans une équation très Michele. Mais, comme le dit l’actrice Chiara Mastroianni en coulisse : « Sa collection est si riche qu’il faudra du temps pour tout comprendre. » Les autres invités que sont Donatella Versace, Giorgio Armani, Pierpaolo Piccioli et Silvia Venturini Fendi ne pouvaient qu’être scotchés.

La Fourrure Double G de Gucci

defile-gucci-croisiere-2018-17_5888803.jpg

C’est en hommage à cet homme aussi classieux qu’audacieux, que l’un des fils du Guccio Gucci décide de forger ses initiales dans le cœur même de la griffe. Le double G est ainsi né – et le fait que ces lettres soit entrelacées ne doit rien au hasard… La paraphe symbolise en effet la volonté première chère au fondateur de la maison, celle d’unifier l’artisanat Toscan à l’élégance de la noblesse Anglaise. Référence directe au monde de l’équitation donc, le double G génère la légende Gucci, en même temps qu’un code visuel au chic intemporel.

Dans les années 70, les héritiers de la maison s’ouvrent vers l’international : les G imbriqués exportent alors l’idée d’un luxe éclectique et flamboyant. Composé dans la forge originelle de la maison, située à Via delle Caldaie à Florence, il fut d’abord utilisé comme fermoir pour des sacs (futur) classiques avant de se transformer à travers différentes formes. Tantôt moulées dans l’or, tantôt dans l’argent, il embrasse toujours l’audace de Gucci. Aujourd’hui, Alessandro Michele le remet au goût du jour mais avec l’exacte exubérance qu’on lui connait. Pour la collection Cruise 2018, c’est sur une fourrure de vison que l’on retrouve la griffe iconique. En réintroduisant ainsi le double G, Michele dénote de l’intemporalité de ses lignes en même temps qu’il signe une pièce au procédé sophistiqué. Il s’agit en fait d’insérer des pièces individuelles de vison afin de composer le motif…

Le résultat, c’est ce manteau à la désirabilité folle qui reflète l’élégance du Made in Italy. Il faut dire que le double G jouit aussi d’une réputation hautement distinguée puisqu’on l’a toujours retrouvé sur les épaules d’une clientèle aussi aristocratique que populaire. Des stars aux noms évocateurs de grandeurs comme ceux de Jackie Kennedy, Liz Taylor ou Samuel Beckett… La signature des deux G est ainsi très souvent considérée comme le plus populaire, le plus reconnu des logos ! Et aujourd’hui, voici qu’il signe l’une des pièces les plus demandées de la saison – une pièce qui, finalement, renoue avec la grandeur Seventies du Gucci tant révéré.

Le Sweat Couture

dg_sweatshirt_printemps-ete_2017.jpg

Il se donne des allures haute-couture : le sweat accède au rang des pièces les plus convoitées de l’Hiver.

Pourtant, à l’origine, le sweat constitue l’incontournable base de la garde-robe streetwear : athlétique sur de sportives épaules, il absorbe sans faillir la sueur ; mais très vite, il sort des sentiers battus : les graffeurs en font le fer de lance du milieu underground. Souvent démesurément large, il sert à leurs nocturnes échappées artistiques.

 Le luxe se l’approprie : Balenciaga, Kenzo et son sweat en néoprène déjà adopté par Rihanna et les modeuses. Facile à fabriquer, moins facile à porter. Les finitions se condensent, les coupes se gonflent, la forme s’arrondit : pour la saison, il s’agit de marier deux univers : un héritage dur, souterrain et, masculin à la préciosité féminine léguée par la galaxie couture.

Sans trahir sa première ossature, le sweat endosse multiples facettes : rétrofuriste sous le crayon Balenciaga, à l’effigie de John Galliano chez Galliano, à imprimé hibou chez Burberry. Le plus bucolique est néanmoins le romantique habit de Dries Van Noten qui, comme pour harmoniser les deux dimensions de cette pièce, le fait broder de fleurs.

Le sweat est incontestablement la pièce du dressing à, sans faute, conjuguer à la mini.

Le Mocassin A Mors De Gucci

gucci-fall.jpg

1953 est une année truffée d’événements pour la très célèbre maison Gucci. Peu de temps avant le décès de son fondateur, Gucci décide d’introduire le mors comme motif sur les modèles masculins de mocassins.

Mais pourquoi donc le mors ? Cet attribut équestre, aidant à guider un cheval, rejoint les trois autres symboles de la griffe (le logo GG, la rayure Gucci et le bambou). Depuis cette date, la marque en a fait une icône incontestable, présente dans les collections joaillerie, bagagerie, maroquinerie… Et plébiscités par le 7e art de l’époque, véritable fer de lance de Gucci. Manifestement et durant cet ère, la marque Italienne tient à sa botte des acteurs du grand Hollywood et de sa Cinecittà natale, telles que John Wayne, Clark Gable ou Fred Astaire.

Jalouses, les femmes durent attendre 18 ans avant de pouvoir s’en procurer. En effet, en 1968, Gucci créée un premier modèle féminin. Scandé pour des silhouettes à la Lauren Bacall, cette pièce sera un véritable succès et ces «talons plats» feront le confort de ces dames. A l’heure où la femme revendique ses droits et emprunte au vestiaire masculin (rappelons nous du smoking féminin d’Yves Saint Laurent en 1966), Gucci matérialise une assimilation parfaite de l’apparence physique masculine.

Aujourd’hui, son tour-de-force est sans conteste. En 1962, l’un des plus grands musées réclame son entrée dans la collection permanente. Le Metropolitan Museum of Art abrite toujours 4 paires masculines et 3 paires féminines. Plus que jamais, le mocassin à mors est d’actualité.