2012 Fashback : L’Escarpin Dolly Art Basel par Charlotte Olympia

charlotte-olympia-dolly-art-basel.jpg

Du 6 au 9 Décembre, l’endroit où il faut être est Art Basel, la foire d’art des XX° et XXI°s, qui se tient à Miami Beach. La créatrice Charlotte Olympia l’a bien compris et édite à cette occasion une collection capsule autour de son escarpin phare : le Dolly. 

En effet, elle pare ici le soulier aux 15cm de talons et reconnaissable par sa plateforme dorée d’une toile de peintre et s’entoure de la body-painter Boyarde pour nous livrer une édition limitée célébrant sa passion pour l’art moderne, vendue exclusivement chez Neiman Marcus durant le Salon.

De Van Gogh à Mondrian, six artistes passent sous le pinceau de l’artiste mettant chacun à l’honneur un mouvement artistique majeur du XX°s, comme un écho aux œuvres présentées dans les galeries de Miami Beach cette semaine.

Sous la houlette de Charlotte Olympia, les « high heels » se muent en « high arts » et la bulle sur le soulier en l’honneur de Roy Lichtenstein nous dit « just one more pair » comme verbalisant nos désirs les plus chers. 

L’Immortel Blouson Biker de Rick Owens

immortal-biker-jacket-rick-owens.jpg

On dit des hommes fanatiques de surréalisme et d’étrange, vivant au rythme de leur flou artistique souvent très arrangeant, qu’ils sont des ovnis. Tout ça, à cause d’un célèbre blouson biker ou du blouson en cuir bouilli de Rick Owens. Peut-on réellement croire en ce créateur de mode américain avide de matières travaillées et d’ambiances dignes de scénarios cinématographiques extravagants, lorsqu’il nous définit ses inspirations comme étant un subtil mariage entre le glamour et le rock ?

Si du point de vue d’un humain tout-à-fait normal (en apparence), sont cités des termes tels « gothique », « grung », « punk » ou encore « trash », il convient désormais de se laisser porter par l’imagination « vraie », la seule difficile à décrire et d’oublier les redites. Ce n’est tout de même pas un coup de ciseaux décalé ou des coutures de travers qui font du style de Rick Owens un style juste « dark ». 

Penchons-nous de plus près sur son incontournable création, ce blouson biker en cuir, porté des plus grands ou plutôt des plus grandes, comme Kate Moss qui fut l’une des premières à trôner, encore et toujours, sur d’éternels clichés de papier glacé soigneusement sélectionnés pour Vogue Paris en 2001. Manches froncées à l’air figé dans le temps et l’espace, fermeture éclair asymétrique rendant un « habit » quasiment hermétique au monde réel, col replié sur les épaules mais ayant bien évidemment la capacité de se fermer à la vitesse d’une plante carnivore, souplesse d’un cuir de grande qualité oblige. De matières brutes naissent de véritables pièces futuristes : la plus réputée, répandue, reconnue, c’est ce blouson phare, qui, encore et toujours rayonne sous les projecteurs des plus grands podiums. Clin d’oeil charbonné de coal au défilé automne hiver 2012-2013. Se glisser dans ces assemblages de matières, de conceptions, de tissus intelligents, fait des Ovnis cités précédemment, célèbres ou non, des « hommes » prêts à affronter le quotidien disons physique. 

Rick Owens serait-il devenu le gourou de la mode, prêchant un langage stylistique trop avancé pour le commun des mortels ? Et quand ces silhouettes insolites, pouvant être perçues comme de véritables envahisseurs venus d’ailleurs, s’emparent de la scène, on se demande encore si on a marché sur la lune ou si l’on se trouve en face d’intelligence artificielle. On dit, enfin Brian Aldiss affirme que les Supertoys durent tout l’été. Le blouson biker, lui, dure toute l’année. Indépendante de tous les grands groupes du luxe, la Maison Rick Owens est l’incarnation d’un monde futuriste, si bien qu’en 2007, son créateur reçoit un prix américain prestigieux dans le domaine de la mode l’honorant d’un excellent travail de stylisme : le Cooper Hewitt Design Award. Ainsi, cette même année un livre retraçant sa rétrospective « L’ai-je bien descendu ? » paraît. Une signature tant rock’n’roll que révolutionnaire, consciente d’être hors du temps et marquant le monde de la mode d’une éternelle empreinte cosmique.

Chanel Dévoile l’Affaire Marylin et le n°5.

« What do you wear to bed ? » Coco et Norma Jeane ont à elles deux cristallisé les passions, les forces et l’air de leur temps. Celle-ci marque son siècle d’une odeur ; celle-là d’une flamboyante candeur. 

Une phrase-légende dont, jusqu’alors, on ignorait tout du lit qui amena Marylin Monroe à prononcer ces quelques mots. Il a fallu attendre le deuxième épisode de la chronique Chanel Inside, consacrée à l’histoire du fameux parfum de la maison Cambon, pour lever le mystère. Une vidéo troublante de 2 minutes trente nous immerge dans l’univers d’une affaire encore méconnue. L’enregistrement de l’interview accordée à Georges Belmont pour Marie Claire en 1960 est enfin légué au public. Un extrait d’où perle la sincérité, la sensualité mais aussi la pudeur d’une femme. Une relation qui, comme celle qu’elle entretenait secrètement avec le Lion Kennedy, a failli être raturée. 

Ne voulant expliciter ses moeurs et, ainsi avouer qu’elle se confiait au gardien de la nuit nue, Marylin décline une réponse en cinq notes: « Chanel Number 5 ». Voilà que soudain un mythe donne naissance à un autre. Le Terre entière s’émeut d’une étoile qui se drape dans les bras oniriques et odorant d’une effluve qui ne tarde pas à en faire le tour. Deux mythes s’imbriquent et, « parce que c’est la vérité ! », une histoire de question indiscrète se transforme en un secret qui se chuchote de femme en femme, laissant les hommes en émoi.  

En inscrivant dans le récit du conte du N°5 des images et des sons d’archives, Chanel est là pour ramener au présent les saints qui ont fait son hagiographie. La marque aux deux C s’insère dans l’histoire universelle de l’humanité, sans écorner. 

La Robe Baby-Doll de Balenciaga

balenciaga-s-baby-doll-dress.jpeg

La robe baby-doll, caractérisée par sa silhouette en forme de trapèze sans taille marquée, doit son nom à la robe courte portée en 1956 par Carroll Baker dans le film homonyme du cinéaste Elia Kazan. Elle n’a donc pas été une invention du grand maître espagnol Cristóbal Balenciaga, mais c’est avec lui qu’elle voit ses contours définis et qu’elle connaît un succès sans précédent.

Cette pièce qui, par son apparence ample et décontractée, rappelle la mode enfantine, représente l’aboutissement d’une ligne, fruit des recherches infatigables du couturier centrées sur le contour de la ceinture pour créer une nouvelle silhouette. Elle est le résultat d’un long chemin d’expérimentation initié en 1947.

Chronologie : le parcours d’un chef-d’œuvre

En 1947, onze ans après son installation à Paris, Balenciaga présente les premiers manteaux de ligne tonneau, avec une courbure très accentuée dans le dos, qui évoquent l’interprétation que quelques peintres orientalistes avaient faite du kimono au XIXe siècle. En 1951, suivant le même principe, il introduit le tailleur semi-ajusté, caractérisé par son devant cintré et son volume vague dans le dos. Quatre ans après, c’est le tour de la tunique, une robe en deux pièces de lignes droites et épurées qui enveloppe le corps sans pour autant l’opprimer. En 1957, la robe « sac » fait son apparition. Elle est accueillie avec un enthousiasme inégal par les clientes du couturier, qui ne voyaient en quoi ces pièces « destructurées » pouvaient flatter les formes de leurs corps. C’est cette même année que s’amorce conceptuellement la robe baby-doll, présentée en tant que telle en 1958. Sa silhouette trapézoïdale dominera la décennie suivante, et Balenciaga lui-même déclinera la pièce de multiples façons jusqu’à la fin de sa carrière.

Structure et matériaux

La baby-doll exagère l’aspect fluide et vague de la robe « sac ». Toutefois, le modèle originel de Balenciaga constituait l’harmonie d’un paradoxe, celui de gommer la taille et, en même temps, de l’affirmer. Aussi, sous la robe trapézoïdale sans manches en dentelle transparente, la femme en portait-elle une deuxième, ajustée, qui mettait en valeur les contours de son corps. La transparence en dentelle de soie – réalisée par la prestigieuse firme Marescot – était terminée par un double volant, et garnie de rubans en tulle de nylon.

Par la suite, le modèle est décliné sous plusieurs formes et matières. Ainsi, nous trouvons des manteaux qui répondent structurellement à la ligne baby-doll ; un seul et large volant, au lieu de plusieurs, bordant la jupe, ou de manches montées, parfois elles-mêmes garnies de volants. Satin, crêpe de chine et taffetas sont aussi utilisés pour réaliser ces pièces, qui gardent toujours, comme trait commun, leur ampleur et leur longueur – juste au-dessus du genou.

Conclusion

Cette robe ample répondait à une conception clef dans l’art de Balenciaga, le corps abstrait, sans doute inspiré par sa profonde connaissance de la structure du kimono. En effet, sur les estampes japonaises ukiyo-e, le corps des femmes habillées en kimono semble manquer de toute proportion humaine, de structure, et le vêtement est une entité artistique qui existe par elle-même. La création du maître, culmination de ses ambitions structurelles, a su assortir cette sensibilité orientalisante à la mode naïve des années 60, tout en brandissant sa légendaire rigueur architecturale.

 

Bibliographie

ARIZZOLI Pierre, ARZALLUZ Miriam, CERRILLO RUBIO Lourdes, JOUVE Marie-Andrée, Balenciaga : Cristóbal Balenciaga museoa, Paris, Éditions du Regard, 2011

ARZALLUZ Miriam, Cristóbal Balenciaga: la forja del maestro (1895-1936), Donostia-San Sebastián, Nerea, 2012

MILLER Lesley, Cristóbal Balenciaga, London, Batsford, 1993

Chanel Met à Nu l’Imaginaire de Mademoiselle Privée.

chanel-s-watchmakers-strip-down-_mademoiselle-privee.jpg

« Mademoiselle Privé ». Deux mots figurant autrefois sur la porte d’entrée du studio de création de la rue Cambon. Derrière, l’intimité d’un univers : le lion, l’étoile filante, le camélia, tout est là, entourant Gabrielle. Ses emblèmes.

Chanel n’en finit pas d’inspirer CHANEL ; les traces poétiques de sa vie s’ancrent aujourd’hui dans une collection de garde-temps, baptisée Mademoiselle privée. Ralliant la Haute Joaillerie aux métiers d’art de l’Horlogerie, la collection est un écrin, un joyau qui met en lumière le diamant impénétrable qu’était Coco.

Sous le doigté des plus grands artisans sertisseurs, graveurs, ciseleurs, cette collection conquiert le territoire de l’expression des savoir-faire. Le camélia prend ainsi de subtils reflets lorsque, paré d’une précieuse marqueterie de nacre blanche, il tournoie en petite seconde. Les constellations, le majestueux lion resplendissent en émail Grand Feu bleu diaphane. La plume, ornée d’un dégradé de saphirs roses et de diamants, jaillit sur l’oeil comme virevoltante. Comble de volupté, les scènes des paravents chinois de Coromandel qui aujourd’hui encore tapissent les murs de l’appartement trois-pièces de Gabrielle Chanel, sont sublimées sur des miniatures en émail Grand feu par la technique de Genève. Une minutie qui comble la jouissance de l’esthétique par des sertis de neige en diamants parsemés sur les coffrets.

Une collection « Mademoiselle Privé », indéfiniment Chanel.