La Nouvelle Collection d’Intérieure signée Hermès

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Au sein des collections du sellier Parisiens, les papiers peints et tissus d’ameublement tiennent une place particulière – un univers rythmé de couleur, d’éclat et de gourmandise qui laisse l’oeil se balader le long d’un raffinement certain. Parce qu’elle ouvre sur des horizons surprenant, doux et rayonnant, la nouvelle collection d’intérieure de la maison Hermès signe un nouveau langage graphique. Supports privilégiés de la narration, le sellier a confié à l’illustrateur Italien Gianpaolo Pagni la création de cet univers aussi enchanteur qu’élégant. Le tissage est ainsi une alchimie sans cesse réinventée ; fait de coton, laine ou faille de soie, les tissus apportent une touche de légèreté et de liberté. Architecturant l’espace qu’ils investissent, les tissus et papiers invitent ici à jouer de différentes échelles, pour (re)constituer des perspectives singulières.

Côté papiers peints donc, Gianpaolo Pagni a imaginé quatre lignes inédites. ‘Les Carreaux’ reprennent le célèbre dessin de l’univers de enfantin afin d’honorer les jeux de construction. La ligne ‘Milleraies’ est, elle, réalisée à partir d’un unique tampon appliqué en continu, évoquant non sans poésie la patine d’une étoffe côtelée. ‘Mille Jeux Jetons’ reprend les dés, cubes et petits chevaux, sans oublier les boîtes destinées à les ranger… Un papier peint qui se métamorphose alors

en une véritable table de jeu. Mieux, ses couleurs couleurs vives souligne un désordre joyeux. ‘Briques’ signe l’utilisation excessive mais mesurée d’un tampon dessinant un H. Un outil graphique qui se répète là à l’infini pour bâtir comme un mur de briques. Enfin, la composition ‘Les Cabanes Dans’ est l’oeuvre de l’illustrateur Nigel Peake, qui imagine une ribambelle de cabanes colorées…

Les tissus d’ameublement respirent la fantaisie et la magie distillée par la maison Hermès. Pour réaliser ‘Rubans broderie’, Gianpaolo Pagni reprend le mythique point sellier en construisant des rubans à l’aide de deux tampons qu’il associe et applique de façon à former un labyrinthe de lettres… Et comme par magie, toutes ensembles elles donnent à lire le mot ‘Hermès’, en lettres capitales. ‘Clic clac quadrillé’ laisse, elle, deviner la rencontre de deux dessins. Clic clac, de Julie Abadie – un carré de 1979 réduit à son essence – et un quadrillage aux effets tamponnés, de Gianpaolo Pagni. Reproduit ici en bicolore, la finesse de l’écriture du tissu se révèle sur faille de soie… Une collection hautement désirable à découvrir sans plus attendre.

Le Fauteuil Barcelona De Ludwig Mies Van Der Rohe

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« Dieu est dans les détails » disait Mies. Derrière son apparente simplicité, le Barcelona révèle un travail géométrique qui tient presque que du casse-tête. Son armature d’acier, gracile, aux extrémités en ciseaux parallèles, épouse doucement la forme du sol sous ses deux coussins de cuir perpendiculaires. En peau de porc surpiqué à la main, il demande plusieurs heures de travail à une très grande main-d’œuvre. « Une chaise est un objet très difficile à faire. Tous ceux qui ont déjà essayé d’en faire le savent. Il y a une infinité de possibilités et beaucoup de problèmes – la chaise doit être légère, elle doit être solide, elle doit être confortable. C’est pratiquement plus facile de construire un gratte-ciel qu’une chaise. ». déclara Mies. Le Barcelona est-il au final vraiment confortable ? Là n’est pas la question, tant son esthétisme et l’aura dont il bénéficie, font son succès depuis 1929.

Cette année là, le gouvernement allemand mandate l’architecte de représenter l’Allemagne lors de l’exposition universelle de Barcelone. Mies n’est pas encore connu pour l’adage « Less is more » mais déjà son sens de l’esthétisme épuré au profit du fonctionnalisme se ressent dans le pavillon qu’il érige à la gloire du savoir-faire allemand. L’écrin de verre et de marbre redéfinit la circulation dans l’espace où intérieur et extérieur s’interpénètrent presque grâce à un agencement ingénieux des murs. Mies voulut à la suite concevoir le mobilier qui habillerait le pavillon.Membre de l’école du Bauhaus, il considérait comme d’autres modernistes que le mobilier moderne devait être pratique et accessible aux masses tant financièrement qu’esthétiquement. « Je ne m’oppose pas à la forme, mais seulement à la forme comme but  » dit-t-il en 1927. Sans doute, le Barcelona est l’exception qui confirme la règle. Car Mies, fonctionnaliste devant l’Éternel, rompt ici avec ses principes de praticité accessible à tous pour ne privilégier que l’esthétisme. Le pavillon lui-même n’a pas de fonction. Sa seule tâche étant de représenter la vivacité des écoles d’architecture en Allemagne, il ne sert ainsi qu’à montrer, à la manière d’un show-room. Avec le Barcelona, Mies pousse le vice un peu plus loin.

Ses matériaux onéreux et sa fabrication complexe le rendent inaccessible et onéreux. Destiné à servir de trône pour le roi d’Espagne Alfonso XIII et son épouse Victoria Eugénie de Battenberg, il s’inspire de la chaise pliante des pharaons et du tabouret en forme de croix des romains. Mies expliqua un an après l’exposition « Ça devait être une chaise importante, une chaise élégante et onéreuse. Ça devait être monumental. On ne pouvait tout simplement pas se servir d’une chaise de cuisine ». Peine perdue, le couple royal s’assoit à peine sur ce trône de cuir. Malgré tout, Mies a vu juste et le succès de son fauteuil fût immédiat et est toujours d’actualité. Dans les années 1970, le designer austro-américain, Victor Papanek, montra que de nombreux jeunes architectes épargnaient afin de pouvoir s’offrir le luxe d’un Barcelona. Posséder un des fauteuils de Mies revêt ainsi plus du trésor personnel que d’une fin fonctionnelle.

En 1950, Mies redessina son modèle avec de l’acier inoxydable. L’ensemble conserve son élégante silhouette mais tandis que les morceaux de l’original étaient boulonnés ensemble, l’acier permet d’avoir un cadre en une seule pièce de métal fluide. Trois ans plus tard, l’architecte cède ses droits exclusifs à la compagnie allemande Knoll Studio. Mais le fauteuil ayant été créé en 1929, sa fabrication n’est plus protégée par un brevet. Conçu à des fins royales, réservé à une classe aisée, c’est pourtant grâce ses imitations industrielles que le Barcelona est enfin devenu accessible au plus grand nombre comme le désirait Mies.