Le Noir Balenciaga, le Secret du Chic

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Un champ chromatique secret du chic – dès ses premières collections introduites à Paris, les créations de Cristóbal Balenciaga détonnent par le noir intense qui sied aux lignes inédites qu’il compose. « Au début à Paris ce n’est pas la coupe de ses vêtements que l’on remarquait le plus mais leur couleur, le noir (…) » « Un noir profond et espagnol, comme un velours, comme une nuit sans étoile » peut-on alors lire dans les pages de Vogue et celles d’Harper’s Bazaar. Il faut dire que l’oeuvre Balenciaga résulte d’une forte imprégnation hispanique. L’artiste ayant fuit la guerre civile d’Espagne, il prend soin d’injecter ou plutôt de distiller son héritage culturel autour de compositions riches à la simplicité étonnante. Tout chez Cristóbal Balenciaga témoigne d’une volonté d’éliminer le superflu, de construire puis de déconstruire chaque modèle, chacune des manches et ce pour ensuite tout reprendre à zéro. La simplicité étant pour lui la quintessence du chic, le couturier a trouvé dans le noir l’expression chromatique de son art. Cette couleur, Balenciaga l’extrait directement de l’Espagne de son enfance, folklorique et traditionnelle.

Mais entre ses mains, le noir devient matière : l’épure, ce technicien hors normes la travaille autour de lignes inédites et architecturées… Au début des années 50, il imagine les lignes tonneau, ballon et semi-ajustée avant d’émerveiller ses clientes avec les lignes tunique et sa mythique robe-sac composée en 1957. Tour à tour opaque ou transparent, mate ou brillant, le noir élève l’apparence des matières jusqu’à sublimer l’apparente simplicité des coupes ! Avec le noir, le ‘couturier des couturiers’ semble cultiver « les infinies possibilités et métamorphoses » du vêtement allant ainsi jusqu’à éveiller des aspects insoupçonnés de la matière. A l’instar du Gazar, matière spécialement produite pour la maison, ou encore la dentelle, étoffe de prédilection de Balenciaga, inspirée des portraits de la reine Maria Luisa du peintre Goya, le noir est partout, fort et manifique. Mais si le noir possède une place particulière dans l’oeuvre de Balenciaga, c’est aussi pour laisser place au blanc et au rouge, deux autres codes phares de la griffe. Ses inspirations monacales ont ainsi fait dire à Christian Dior que “le vêtement était sa religion“.

Cristóbal Balenciaga a cherché à moderniser le vestiaire de ces dames sans ne jamais abandonner le glamour et la bienséance – avec différentes textures, l’architecte du vêtement a ainsi accentuer les formes pour composer des vêtements uniques. « Le noir est la couleur du style, de la modernité, de la sobriété, de l’intellectualisme, du deuil, du sensualisme » souligne Karen Van Godtsenhoven, conservatrice au MoMu, le musée de la Mode d’Anvers. C’est ainsi que les différents directeurs artistiques lui ayant succédés ont cherché à travail la couleur dans son intensité. Ce fut par exemple Alexander Wang, et sa lecture architecturée de cet héritage. Dernier en date, Demna Gvasalia. Le dress-maker compose pour l’Automne/Hiver 2017 une collection où le noir embrasse ou plutôt embrase les formes et la matière. Clin d’oeil certains au fondateur à l’occasion des 100 ans de la maison, le look 45 du défilé démontre toute l’évidence d’une couture imaginée pour une autre modernité. C’est aussi la pièce portée ici par le mannequin non moins mythique Alek Wek. Bref, une collection où le noir se référence pour mieux sublimer la puissance des volumes comme initiés par le fondateur de la maison Balenciaga.

 

L’Orange Hermès

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Au départ était le marron. Oui, Emile-Maurice Hermès avait fait de cette teinte le vocable visuel de la griffe – en colorant notamment les boîtes qui renferment les pièces nouvellement acquises. Mais voilà que la Seconde Guerre Mondiale tonne l’Occupation de Paris. Comme beaucoup de secteurs, la mode se trouve freinée, parfois censurée ; nombreux sont les biens devenus difficile à se procurer. La pénurie est telle que la manufacture se voit dans l’impossibilité de commander la teinte marron ; à vrai dire, aucun colorant n’est disponible, si ce n’est la couleur orange.

Le marron initial délaissé, la période de restriction terminée, Hermès confirme alors son image de marque en utilisant pour la première fois des signes distinctifs : boîtes orange, bolduc, et Le Duc Attelé… Ce sont donc les circonstances qui ont fait évoluer l’image Hermès. Devenue partie intégrante de l’identité de la maison, la couleur orange a fait école – on parle aujourd’hui de l’Orange Hermès. Symbole de sérénité, de sagesse et de joie de vivre, la teinte se trouve aussi sur les pièces les plus iconiques de la griffe – le Kelly Orange datant de 1935 est d’ailleurs le modèle mis aux enchères ayant réalisé le record mondial pour le prix de sa vente. 

Il faut dire que les boîtes orange elles-mêmes font l’objet de fantasme. L’orange Hermès est une couleur chaude, dynamique, et joyeuse – symbole de luxe et de bon goût. Si dans les années 90 le orange se fait has been, qu’à cela ne tienne, Hermès s’ancre dans l’atemporalité en ne cassant pas son histoire et en conservant la couleur orange de sa griffe. Les notions d’héritage et de valeurs sont en effet très chères à la maison. Tout en restant fidèle aux fondamentaux, en acceptant le cours du destin, la manufacture s’est sans conteste imposée, prônant comme un standard une teinte symbolisant l’ultime raffinement. Hermès est une des maisons qui s’adapte et créée sans cesse – une façon de vivre finalement immortalisée dans cette teinte qui n’appartient qu’à elle. 

 

Le Carré Hermès par Rei Kawakubo

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Rei Kawakubo, fondatrice adorée de Comme des Garçons, inaugure une nouvelle collaboration : appelée par la maison Hermès, la styliste réinterprète le carré, y apposant sa patte garçonne. « Au lieu d’être guidée par l’idée du foulard porté, je me suis plutôt intéressée aux beaux « tableaux » que représentent les dessins des carrés Hermès »1.

Et, deux collections de foulard, « Noir et blanc » et « Couleur« , y ont éclos. Tandis que la première comprend cinq carrés, exclusivement vendus à New-York, Tokyo et Paris ; la seconde existe à travers six foulards colorés, disponible uniquement à Londres et à Tokyo.

 1- Rei Kawakubo, propriétaire et styliste de Comme des Garçons depuis 1969.