Emilienne d’Alençon, La Cocotte Est Une Icône De Mode

On cantonne, à tort, les cocottes de la Belle Epoque au statut de filles de joie. Emilienne d’Alençon tient pourtant lieu de figure de mode, à une époque où les femmes se cantonnent à la rigueur du ‘bon ton’.

Elle prend goût aux fanfreluches dans la blanchisserie de sa tante, à Montmartre. Comme nombre des grandes horizontales de la Belle Epoque, Emilienne d’Alençon grandit dans un milieu défavorisé. Quelles perspectives existent pour les femmes comme elles? Peu. Très peu. Elle fait ainsi son entrée dans le demi-monde à 15 ans — d’où lui vient ce nom? De Laure de Chiffreville. Un soir qu’elle fréquenta la table d’un chroniqueur du Gil Blas, Émilienne Marie André arbore un corsage en dentelle, déniché dans la blanchisserie de sa tante. La dentelle faite à Alençon, la prostitué qu’est déjà Laure de Chiffreville la baptise de ce nom… En même temps qu’elle lui promet un avenir brillant.

Elle ne s’était pas trompée! Poussée sur la scène par ce même chroniqueur mondain, Charles Desteuque, Emilienne se produit une première fois au Cirque d’Eté. Là, elle attire l’oeil de l’héritier des champagnes Veuve Clicquot. Un certain Jacques d’Uzès. Il est prêt à tout pour l’épouser. A commencer par faire son éducation — et ce n’était vraiment pas gagné. On raconte qu’un jour, assistant à une représentation de Racine, la belle s’est endormie; se réveillant en sursaut, elle annonça à l’assemblée :  « Ne dites rien à l’auteur, il pourrait être vexé. »

Soit. Jacques d’Uzès l’installe dans un hôtel particulier sur les Champs-Elysées. Il meubla le palace des grandes stars de l’époque. Qui? Gaudi et Majorelle. Mais sa famille ne voulant rien entendre, elle envoie Jacques d’Uzès au Congo. L’idylle s’arrête ici. La vie de courtisane d’Emilienne d’Alençon ne fait, elle, que commencer.

Parmi ses conquêtes?  Edouard VII, le Kaiser Guillaume, Jacques Hennessy… Elle compris son époque comme personne ; elle qui aimait à déclarer:  « Quand tu couches avec un bourgeois, tu es une putain. Quand tu couches avec un prince, tu es une favorite. » Emilienne, elle, ne jura que par des hommes à la hauteur de Leopold II. D’ailleurs, l’ancien Roi des Belges quitta la Belle Otero, pour elle. Elle qui, bien plus tard, écrivit dans ses mémoires : « Il n’avait qu’un désir, passer inaperçu. Cuire lui-même un oeuf sur le plat lui paraissait le comble du bonheur. » Emilienne avait une vision bien plus clinquante, du bonheur!

Les diamants de la Rue de La Paix. Boucheron, Cartier… Les toilettes les plus rares confectionnées spécialement pour elle par Jacques Doucet… En 1897, le magazine La Mode relève: « Nous avons rencontré Emilienne d’Alençon, colombe roucouleuse avec pour plumage une robe gris tourterelle garnie de chinchilla tout à fait exquise. » C’en était fait, Emilienne comptait parmi les muses de son temps.

On la retrouve en effet dans les toiles de Toulouse Lautrec! Mieux, la ville de Cabourg fait la promotion des bains de mer avec une réclame montrant Emilienne d’Alençon poursuivie par une horde de courtisans. Nadar la photographie. Plus qu’une célébrité, elle est même caricaturée par le mythique Sem, à Trouville; preuve de sa position très particulière dans la société Parisienne d’alors. Au Casino de Monte-Carlo, sa personne trône sur la salle des jeux au milieu d’une murale représentant les Trois Grâces de la Belle Epoque : elle, Liane de Pougy et la Belle Otero!

En 1919, sa position dans la vie mondaine et dans la mode lui permet d’écrire ce qu’on dit avoir été un bestseller: son livre, Secrets De Beauté Pour Etre Belle…Elle fut en effet une véritable icône de mode. Elle qui devança les interdits de son temps pour se baigner en tenue de bain. Une sorte de blasphème au ‘bon ton’ que son amie, une certaine Coco Chanel, trouva absolument admirable. D’ailleurs, elle fut l’une des premières à porter fièrement les créations de Chanel. Contribuant largement à faire de ce style simplifié, dépouillé; ce style de femmes actives et libres, un summum du chic! Le lien est tel qu’en 2017 la maison qui survit à Coco édita une merveille de joaillerie. Une montre-bijoux baptisée ‘Emilienne’: sertie de 80 diamants, pour un total de 9,31 carats. Une pièces mêlant splendeur et simplicité — une pièce très Emilienne d’Alençon, c’est vrai!

Cléo De Mérode, Danseuse De Ballet, Cocotte Et Figure De Mode

On cantonne, à tort, les cocottes au statut de filles de joie. Elle sont, avant tout, celles qui, par leur extravagance, ont permis l’envolée du luxe et de la mode. Cléo De Mérode est de celles-ci.

Ne jamais dire de Cléo de Mérode (1875-1966) qu’elle fut une cocotte. Lorsque Simone de Beauvoir la qualifie comme telle dans son célèbre manifeste Le Deuxième Sexe, l’intéressée surgit de l’ombre pour dénoncer un propos diffamatoire. Traînée en justice, le juge reconnait l’erreur de De Beauvoir — la condamnant ainsi à lui reverser 1 euro symbolique. Mais qui fut alors Cléo de Mérode? Elle fit, très jeune, son entrée à l’opéra, devient professionnelle à 11 ans. Attire l’oeil des peintres, de Degas à Toulouse-Lautrec, avant de se produire dans les salons les plus mondains de la Belle Epoque. Voilà pour le cv. Dans les faits? Elle fut celle qui fit tourner la tête des aristocrates les plus fortunés de l’époque — un temps où entretenir une dame compte pour un signe extérieur de richesse.

C’est que sa beauté détonne des canons de la Belle Epoque: visage angélique, taille fine, allure sculpturale de vestale, et coiffure iconique. Si iconique que les femmes de son temps voient en elle un idéal de beauté. Il faut dire que dès 1895, son double de cire fait son entrée au Musée Grévin. Mais c’est en 1896 que tout se joue pour Mademoiselle Cléo. D’abord à travers le geste artistique d’Alexandre Falguière. 1896 donc, il expose au Salon Des Artistes Français une oeuvre, ‘La Danse’ — statue d’un réalisme si cru que l’on reconnait là le visage, les courbes et jusqu’au nombril de Cléo de Mérode. Complètement nue. Visible aujourd’hui au Musée d’Orsay, l’oeuvre provoque alors un véritable tollé! Cléo de Mérode, après avoir nié toute implication, accuse l’artiste d’avoir détourné sa pose. Mais cela n’entache en rien sa réputation, bien au contraire!

La même année, Cléo de Mérode est élue reine de beauté par les lecteurs de l’Illustration, magazine de mode de l’époque. Déjà habillée par le célèbre couturier Jacques Doucet, Cléo est à l’avant-garde d’une féminité qui trouve son apogée dans les années folles. Une femme libre et attachée à rien sinon ses toilettes et ses diamants. Oui car, même si Cléo de Mérode réfute être une cocotte, elle n’en reste pas moins une femme usant de ses charmes et ses talents pour des diamants, toilettes et hôtel particulier.

On lui prête ainsi une liaison avec le roi des Belges, Léopold II. Les caricaturistes, de Sem à André Gill, s’en donnent à coeur joie! Elle nie le fait, jusque dans ses mémoires publiées en 1955, et intitulées ‘Le Ballet de Ma Vie’. Pourtant, sa valeur s’envole. Vue au Bois de Boulogne, lieu d’excellence pour toutes cocottes qui paradent. Vue chez Maxim’s, haut lieu de rencontre, s’enivrant de champagne. Vue au restaurant Prunier, où elle fait des orgies d’huîtres. Vue aussi faire la Tournée des Grands Ducs, tour des tables les plus prisées de Paris. Et c’est souvent le mercredi, qu’elle décrète le ‘jour chic’ par excellence!

Cléo de Mérode initie aussi les promenades en bicyclette — photographiée portant un bloomer, dessinée par Jacques Doucet. Pour elle? Sans doute. Cléo est alors une muse, mais aussi une publicité vivante. Capable de tout vendre. La biscuiterie Lefèvre-Utile, alias LU, fait appel à son image. Jean Cocteau l’adoube; elle est la ‘belle des belles’ — la première célébrité marketing, c’est elle! Il suffit de feuilleter l’album de l’un des premiers photographes, Reutlinger, pour s’en assurer. Ses poses, son allure, son image semblent si familiers qu’ils ne peuvent être qu’à la base la culture visuelle de la mode actuelle. Ça et son goût pour une mode épurée…

La Belle Otero, Cocotte, Croqueuse de Diamants et Icône De Mode

On cantonne, à tort, les cocottes au statut de filles de joie. Elle sont, avant tout, celles qui, par leur extravagance, ont permis l’envolée du luxe et de la mode. La Belle Otero en était la figure de proue!

Qui est Otero lorsqu’elle arrive à Paris en 1889? Personne. Que représente-t-elle lorsqu’elle se retire en 1914? La plus somptueuse vision de la Belle Epoque. Danseuse, actrice, reine du tout Paris… Elle fut l’une des plus flamboyantes courtisanes — accumulant les amants autant que les diamants. Le prix minimum pour une cocotte de ce rang? Un hôtel particulier, une rente, une calèche, des fourrures, perles et diamants, et, bien entendu, la liberté absolue! Mais ce qui est plus qu’intéressant avec ce personnage haut en couleurs ne tient pas tant aux coeurs qu’elle a conquis. Il est plus intéressant encore de concevoir son influence sur la mode et le luxe.

Car à l’heure où fleurissent les Grands Magasins, la Belle Otéro refuse de s’y habiller. Elle ne jure que par la haute couture. Et les couturiers adorent. Les cocottes étant en constante représentation, ce sont leur toilette, leur bijou et autres attirails beauté qui démontrent de leur valeur. Mieux, étant là pour attirer l’attention des hommes les plus fortunés, les couturiers de l’époque trouvent un plaisir sans pareil à les habiller. Il faut dire que la sobriété est l’apanage des femmes de la haute société. La Belle Otéro, elle, fait dans le clinquant. Mais pas n’importe lequel.

William Vanderbilt lui acheta le collier de l’Impératrice Eugénie. Le Tsar Nicolas II lui offrit un bijou de la couronne Russe. Le prince Pirievski lui fit cadeau d’un bracelet en diamants, simplement pour la rencontrer. Mais la Belle Otero était aussi capable de faire ses propres commandes. Le boléro iconique qui fit sa réputation, et fit enrager Cléo de Mérode, doit sa superbe composition de diamants à l’un des bijoutiers les plus fameux de la Place Vendôme. Son nom reste secret. Frédéric Boucheron, lui, doit sans doute beaucoup à la Belle Otéro. Fascinée qu’elle était par la nature, son goût inspira les fabuleuses créations de Boucheron!

On sait aussi qu’elle demanda à Cartier de réinterpréter le collier de Marie-Antoinette — et le « joaillier des rois, roi des joailliers » s’exécuta avec plaisir! Le scandale fut évidemment total; les dames du monde voyant là une vulgaire courtisane s’élever au rang royal. Qu’importe, les bijoutiers de la Place Vendôme avaient tous le même subterfuge: une porte dérobée permettant aux clientes et leur amants discrets s’y glisser sans attirer le courroux lorsque leur ‘officielle’ se trouvait là par hasard.

En écho au mantra de Charles Worth, « non plus se vêtir mais se parer » les cocottes et la Belle Otero en tête furent la locomotive de la haute couture naissante. Elle puisa dans le style orientaliste de Paul Poiret le vestiaire idéal à ses apparitions. Porta les couleurs flamboyantes de Jeanne Paquin — toutes à la fois! La féminité d’Otero avait une telle influence sur les femmes de son époque que le célèbre constructeur des premiers véhicules, Dion-Bouton, lui fit parvenir un exemplaire. Quelle audace pour l’époque… une femme qui pose au volant d’une voiture pour en faire la promotion. Oui, car la Belle Otero s’était mue en outil marketing idéal.

En idéal tout court d’ailleurs. Reutlinger la figea sous toutes les coutures, avant que ses portraits sous format carte postale ne furent envoyés aux quatre coins du monde. Littéralement. De New York à Saint-Pétersbourg en passant par Monaco, le Belle Otero était à la fois la femme idéale, et un idéal de beauté.

Monaco justement fut le théâtre de la plus puissante des passion d’Otero. Joueuse invétérée, la foule se pressait pour voir la Belle Otero au Casino de Monte Carlo. Blackjack, roulette… Ses apparitions font sensation tant elle scintille de la tête aux pieds. Mais Otero paria des sommes astronomiques. Gagna beaucoup, mais perdit encore plus. Entre 1900 et 1914, on parle d’une perte conséquente de 30 millions de Francs, approximativement 100 millions d’euros. Et c’est bien la première guerre mondiale qui mis un terme définitif à la Belle Epoque. Laissant la Belle Otero vivoter jusqu’en 1965 où, ruinée et seule, la belle s’est éteinte à Nice. Non loin de là, symbole éternel d’une grandeur fanée, l’un des dômes de l’hôtel Carlton à Cannes, fut pourtant moulé sur son sein…

Inside Chanel N°22 : Coco à Deauville

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La vie, l’art et la création de Gabrielle Chanel sont intrinsèquement liés – son enfance, ses rencontres et ses voyages concourent à lui inspirer les grandes lignes de sa mode. L’épisode 22 d’Inside Chanel revient ainsi sur l’une des premières villes à avoir inspiré à Coco le style Chanel – l’une des premières villes à y succomber aussi. Deauville, au tournant du siècle, est alors une station balnéaire où la Belle Époque célèbre le bonheur retrouvé au lendemain de la guerre franco-prussienne. En 1912, âgée de 29 ans, Gabrielle y entre par la grande porte au bras de Boy Capel.

Tout ici l’inspire ! Du haut de sa suite de l’hôtel Normandie, Coco observe et pressent les bouleversements à venir – bouleversements des corps, des loisirs et des styles de vie ! C’est ici à Deauville que Chanel inaugure, en 1913, sa seconde boutique ; là même où la couturière se met à briser les carcans des élégantes, corsetées, entravées par des robes étroites, empêchées par des coiffes compliquées. Et alors même qu’elle forge à partir du vestiaire de Capel, qu’elle pioche sur le dos des garçons d’écurie et des joueurs de polos, les lignes et le jersey de sa mode, Coco Chanel s’approprie la teinte beige du sable mouillé par la mer.

Premier épisode d’une nouvelle série Inside Chanel dédiée aux villes clés de l’univers Chanel, l’épisode N°22 distille, en couleur, images d’époque et haut-faits de la couturière la plus célèbre au monde. Car c’est bel et bien à Deauville que Gabrielle, insoumise et anticonformiste, laisse sa peau se hâler en même temps qu’elle s’amuse aux spectacles de la danseuse Loie Fuller et des Ballets Russes… Un chic désinvolte conté avec poésie dans une vidéo de 2minutes 30 !

 

 

L’Hôtel Hermitage Monte-Carlo

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Construit au tournant du siècle, c’est à l’architecte Nicolas Marquet, aidé par Gustave Eiffel, que l’on doit la magnificence de l’Hôtel Hermitage. Depuis classé monument historique, l’Hermitage distille tout le charme et le raffinement d’une époque ô combien salutaire – sa façade à encorbellements, ses fresques, ses colonnes de marbre rose et son jardin d’hiver coiffé d’une éclatante coupole de verre et d’acier… Tout ici n’est que luxe et volupté ! Et à l’heure du Grand Prix de Monaco, l’Hôtel Hermitage fait figure de retraite où apprécier le plus fin des arts de vivre.

Tourné à la fois sur le port de Monaco, le palais princier et la cathédrale de la Principauté, le palace capture une vue époustouflante sur la richesse du Rocher. Une richesse qui s’apprécie notamment dans l’assiette – son restaurant gastronomique, une étoile au Guide Michelin, Le Vistamarn fut ainsi longtemps chapeauté par le Chef Joël Garault. « Cette étoile salue le travail acharné de toute une équipe. Nous avons su nous remettre en question et l’arrivée de recrues provenant d’établissements étoilés nous a permis […] d’améliorer encore nos plats dans les cuissons, les assaisonnements mais aussi l’esthétique. Nous avons réagi avec promptitude et le résultat est là ! Mais au-delà de cette étoile, la fidélité de notre clientèle demeure la gratification la plus importante. »

Il est vrai que la clientèle vient des quatre coins du monde pour apprécier, la parenthèse de l’instant, tout le faste et la noblesse du savoir recevoir de l’hôtel Hermitage. Si le palace est tenu au secret, on raconte que les têtes couronnées du monde entier et les plus grandes stars concourent à la sublime réputation du lieu. Un lieu qui offre aussi un Spa des Thermes Marins Monte-Carlo sur plus de 7000m2. Le luxe absolu se niche dans le détail de ces thermes somptueux. De véritables joyaux…

Le Manteau Confucius de Paul Poiret

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Enfant doué, gâté par une mère et trois sœurs attentives, le jeune Paul témoigne tôt d’une irréductible fantaisie. Baccalauréat en poche, et après une courte expérience comme livreur chez un fabricant de parapluies – idée de son père pour casser son orgueil -, il est engagé comme assistant par Doucet, séduit par ses croquis. Débauché pour remplir ses obligations militaires, à son retour il entre comme modéliste chez Worth. De 1901 à 1903, il y parfait sa connaissance de la haute élégance mais ses créations en marge de l’époque provoquent son départ précipité. Heureusement, madame Poiret, consciente du talent de son unique fils, lui avance cinquante mille francs pour qu’il s’établisse à son compte. Rue Auber, Paul Poiret laisse libre court à son génie protéiforme faisant de lui un véritable éclaireur de son temps.

L’Asie, avec le Japon et la Chine mais également la Perse, fournissent à Poiret quantité d’inspirations qui se mêlent et s’interpénètrent si bien qu’il est parfois impossible de les préciser. Son surnom de « Poiret le Magnifique » en référence à Soliman le Magnifique, sultan du 16ème siècle, convient parfaitement à cet homme pour qui l’Orient – compris dans une vision exotique – fut une source d’inspiration inaltérable. Dans ses mémoires, il se souvient de l’époque où il travaillait chez Worth et relate le mauvais accueil qui fut réservé au manteau « Révérend », d’inspiration chinoise, par la princesse Bariatinsky. « C’était un grand kimono carré en drap noir, bordé d’un biais de satin noir ; les manches étaient larges, jusqu’en bas et finissaient par des parements de broderie comme les manches des manteaux chinois. » Choquée par la simplicité de la coupe, qui se résume à un grand rectangle de drap plié en deux, la princesse aurait qualifié ce manteau de « pomme frite ». La simplicité et les lignes fluides contrastent avec les robes encore très ajustée de début des années 1900. Sous le titre « Confucius », il fut repris avec succès peu après l’installation de Paul Poiret, 5, rue Auber, en septembre 1903. Une photographie publiée dans le Figaro Modes du 15 février 1905 montre l’actrice Lillie Langtry le portant.

Les Artisans d’Art et de la Création au Salon Révélations

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La biennale internationale des métiers d’art et de la création, titrée « Révélations » , écrit une première page de son histoire sous la grande verrière du Grand Palais. A l’abri de cette toile de métal tissée sous les fils du goût de la Belle Epoque, 260 exposants venus des quatre coins du globe divulguent aux chalands et aux curieux la création contemporaine des métiers d’art. A l’honneur de ce premier rendez-vous : la Norvège, fief d’une scène créative, résolument innovante et avant-gardiste. Au travers de pièces d’exception qui ont marqué l’Histoire, c’est tout l’univers de ces artistes de la matière qui se dévoile sous l’aura d’une immense voûte arachnéenne. Là, se dressent à la manière d’un banquet, sur de longues tables que l’on espère interminables, des objets d’art au milieu des passants. A la différence des conventions d’exposition, ce Banquet est une manière d’inviter tous spectateurs à un nouveau niveau de considération : ni au-dessus, ni en dessous, ni avant, ni après, les œuvres d’art sont toutes sur un même piédestal qui abolit, de cette façon, toutes les barrières entre les genres tandis que les hommes sont, eux, invités à s’affranchir, comme le souligne l’artiste Antoine Leperlier : « des préjugés relatifs aux catégories préétablies », afin d’enfin « juger sur pièce […]. »

Au cœur du Grand Palais, l’objet reprend donc toute sa place de lien entre le créateur et le visiteur. Une présentation d’oeuvres qui s’associe à un cycle de conférences proposées par des spécialistes en la matière. Tout au long de ces cinq jours, il sera aussi offert au public des expositions et des projections de films sur les métiers d’art. Parmi les 107 œuvres de ces artistes de la matière, on trouvera notamment exposées celles d’Antoine Leperlier, qui aime à se définir comme un « bricoleur » de l’ancestral savoir-faire verrier. Au travers de procédures techniques inédites, le bricoleur fait de son matériau la résonance du temps, autant que le bronze et le marbre peuvent l’être pour de l’espace. A découvrir aussi une nouvelle figure de bronze du britannique Paul Day. Celui dont la sculpture des Amoureux trône gare Saint-Pancras, présente là une raillerie sentimentale du rapport à l’autre et des comportements sociaux actuels à l’heure où c’est l’oreille vissée au téléphone que la femme écoute le monde qui l’entoure. Enfin, le « couturier technicien » Franck Sorbier enchante nos désirs d’outfit romantiques en présentant l’une de ses métamorphoses de chutes de tulle, de crin, de dentelles et de soie : une mini-robe blanche bouffante au col ras du cou dont la poésie dévoile un pur moment de grâce. Le tout se passe au Grand Palais, Avenue Winston Churchill.

La Collection Treillage de Fabergé

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Chez Fabergé, la fine joaillerie flirte avec l’originalité : suivant la collection Matelassée qui déjà avait séduit, voilà que l’atour se présente sous forme de Treillage

L’émerveillement que procure l’oeuf Fabergé ne cesse de se restituer – époque après époque, les courbes et les pleins sont empruntés aux esquisses de la tsarine russe du XIXe, Maria Feodorovna, quand ce n’est pas la dynastie russe qui inspire la maison : le salon mauve du Palais des Romanov de Pouchkine, appartenant à l’impératrice Alexandra, se transposait déjà en Matelassé. 

Et, voilà que cette collection s’agrandit pour changer de nom : la silhouette, devenue Treillage, se mêle sur bagues, boucles d’oreille ou sur colliers lavallière. Sous ces formes, le plaisir optique procuré est le même que celui émanant de la poule Fabergé. Pendant le long d’une chaîne de la même teinte, gravé sur de l’or blanc ou rose-beige, poli ou brillant, l’oeuf est là, immuable, toujours paré de cristaux mais scindé en bague. Au doigt, se glisse comme un coussin glacé, mais celui-ci est travaillé avec la minutie transmise par le génie des premiers Fabergé. Les couleurs rayonnent de clarté. Diamants blancs ou précieuses pierres colorées s’ornent d’une technique sans égale. Assagi, l’oeuf n’en garde pas moins cette gracile note sonnant comme la première cadence d’un opéra russe.  

Comme l’incarnation de la quintessence d’une complexion culturelle : Paris, Saint-Pétersbourg, l’oeuf Fabergé se fait faste mais, tellement authentique. 

Impressions Dior : Robes et Sources d’inspiration

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Une maison de style Belle Époque aux murs roses, une crête de falaise sculptée par la mer, un jardin à l’anglaise qui avait peut-être l’air d’un labyrinthe de couleurs et de fleurs à travers ses yeux d’enfant. Voici le décor qui vit grandir et inspira celui qu’onne présente plus, Christian Dior. Du 04 mai au 22 septembre 2013, la Villa les Rhumbs, maison d’enfance du créateur devenue le Musée Christian Dior, présente l’exposition « Impressions Dior » dans le cadre du festival « Normandie Impressionnisme ».

Imaginée par Florence Müller, historienne de la Mode et commissaire-priseur, l’exposition s’ouvre comme un dialogue entre les modèles de la Maison Dior et les œuvres Impressionnistes, originales ou reproduites. Soixante-dix robes de la première collection de Dior en 1947 jusqu’aux dernières créations de Raf Simons sont ainsi mises en regard avec douze tableaux de grands maîtres tels que Degas, Renoir ou Monet. 

 «Raconter l’histoire de ces robes et les sources d’inspiration de leur concepteur, voilà le but de cette exposition, explique Florence Müller. Comme ces artistes qui ont inventé la peinture de plein air, Christian Dior portait un amour profond à la nature. Avant d’être couturier, il aimait les fleurs et les jardins, dont celui des Rhumbs à Granville où il passa son enfance. Il le transposa dans ses robes tout au long de sa carrière. » .  De même que les Impressionnistes bousculèrent l’art pictural dès la fin du XIXème siècle en représentant une impression fugace de la nature, Dior s’attache à imaginer la silhouette d’une femme-fleur fantasmée. 

D’un tempérament rêveur, celui qui se rêvait architecte a su cueillir dans sa jeunesse les éléments qui l’amenèrent à imaginer la ligne toute en courbes de l’acte créatif fondateur de sa Maison, le New Look.  Loin d’être une simple jeune fille en fleurs, la Femme Dior voit sa taille marquée par une jupe tantôt semblable à la corolle des fleurs tantôt étroite comme leur tige. Inspirés par les robes à crinolines des femmes du Déjeuner sur l’Herbe, Dior et ses successeurs n’ont cessé de réinventer les lignes de cette femme-fleur. De fleurs il est toujours question dans la grammaire stylistique de Raf Simons, nouvel héritier de la maison Dior. Soucieux de respecter l’histoire de la marque, celui-ci revisite la mythique garde-robe de la Femme Dior tout en l’embaumant d’une modernité qui ne perd en rien la poésie de son illustre prédécesseur. En témoigne ainsi la robe toute de fleurs cousue qu’arbora récemment Nicole Kidman au festival de Cannes.

À la villa les Rhumbs, la visite se poursuit logiquement dans le jardin par un parcours olfactif « Impression des parfumeurs ». Créé spécialement pour l’exposition afin de comprendre les interprétations sensible des chefs impressionnistes, on se prend à rêver que c’est peut-être ici qu’est né le parfum mythique Miss Dior Chérie, ode olfactive à la jeunesse qui fait voir la vie en roses à Natalie Portman. Finalement, bien que la mode soit aussi éphémère que les coquelicots de Monet, Christian Dior aura réussi à faire entrer dans l’éternité ses créations au même titres que les œuvres des Maîtres Impressionnistes.

La Robe Miss Dior 1949 du Défilé Automne 2013

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Le défilé « des Passions Communes ». C’est ainsi que Raf Simons désigne sa dernière collection pour Dior.

Les deux couturiers partagent la fascination pour les réminiscences des périodes de l’Histoire. Alors, si Christian se rêve à la Belle Époque, Raf Simons est au Modernisme. Et le syncrétisme aboutit à la réinterprétation de la robe bustier « Miss Dior 1949 ».

En tulle noir, brodée de cuir, elle convoque à elle seule le présent tournant de la maison : beaucoup des codes Dior ; substances et coupes nouvelles. La version moderne de la mythique robe conserve la longueur, et assure l’allure. Chic achevé, où Marie-José Croze se voit déjà. Comme sur un nuage !