Schiele et Basquiat se Côtoient à la Fondation Louis Vuitton

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L’un est fauché par la grippe espagnole en 1918 ; l’autre par une overdose au plus haut de l’épidémie d’héroïne sévissant dans les années 80 — pour la première fois, l’oeuvre d’Egon Schiele dialogue avec celle de Jean-Michel Basquiat. Si ce rapprochement semble au premier coup d’oeil quelque peu exagéré, c’est que leur oeuvre doit être avant tout comprise pour ce qu’elle est : un art tout en choc ; en rupture d’une époque. D’un côté, le Viennois Schiele et son trait tenant de l’expressionnisme clame avec rage sa volonté de s’extraire d’une société austro-hongroise verrouillée d’interdits et d’hypocrisie. En ce début du XXe siècle, le contemporain de Freud hystérise les gestes de sa peinture pour admettre les corps et les désirs qui l’animent ! 

De l’autre, l’Américain Basquiat place l’homme noir au delà de l’image projetée par une Amérique raciste —  le trait vif et radical là encore, le silence en porte-à-faux du minimalisme en vogue à l’époque. L’un dans l’autre, ces deux artistes projettent de nouveaux espaces de réflexion et, habilement, mettent en branle le statut-quo de sociétés toutes deux plus malades que ces artistes à qui l’on prête encore de drôles de qualificatifs. À voir jusqu’au 14 Janvier 2019, l’exposition à la Fondation Louis Vuitton déploie sur huit niveaux un ensemble d’oeuvres pertinentes, dont certaines ne furent jamais exposées en Europe… C’est dire à quel point cette exposition tient de l’évènement !

L’Oeuvre Grillo de Basquiat à la Fondation Louis Vuitton

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Grillo… Le Grillo. Elle est une œuvre particulière dans la création de Jean-Michel Basquiat. En fait, le Grillo est une toile jouant le rôle de passerelle culturelle et spirituelle entre l’Afrique et l’Amérique, entre les origines du peintre et son identité actuelle… C’est ainsi une toile faite de contrastes et de superpositions : signes et pictogrammes issus de la tradition africaine, entièrement conçus dans le sens d’une continuité culturelle, révélant par-là même d’une identité afro-américaine… Le mot Grillo, ou griot, désigne le conteur contemporain, le porteur d’une mémoire – et c’est exactement le rôle que Basquiat veut faire jouer à sa peinture. La mémoire africaine se projette fréquemment dans l’œuvre de Basquiat ; une œuvre aimant mettre en exergue la culture noire à travers des tableaux où il est question de ségrégation et d’esclavage… La toile Grillo rappelle ainsi l’oralité africaine et l’art griotique comme fondement de l’émergence de la parole débridée en Haïti, d’où est origniaire le père de Jean Michel Basquiat.

En 1984, l’artiste met ainsi au monde une œuvre qui convoque la figure d’Ogun, autre dieu du vaudou, dont les attributs, le fer et la lame, sont clairement visibles dans l’œuvre du jeune peintre. Basquiat a aussi agrémenté le tissu « occidental » de son œuvre au fil d’allusions plus subtiles à l’histoire afro-américaine. Ainsi dans Grillo, Basquiat se prend-il à accumuler des signes de la civilisation occidentale provenant du Symbol Sourcebook, de Dreyfuss pour les superposer à des pictogrammes issus de la tradition africaine. Jusqu’au 4 janvier 2016, l’œuvre peut s’apprécier sur les murs de la Fondation Louis Vuitton lors d’une exposition réunies autour de deux axes, « popiste » et « musique et son ». A ne manquer sous aucun prétexte !