La Neo Robe Cône Balenciaga du Printemps/Eté 2019

_mon1831_20180930163527-2.jpg

« Ma définition de la signature Balenciaga : faire évoluer des idées permanentes de son vestiaire. Singulariser la confection et inclure l’idée de confort, c’est le secret pour habiller les nouvelles générations » détaillait le directeur artistique de la maison. Sur le podium imaginé comme une expérience immersive, le Géorgien lançait des silhouettes comme autant de propositions inédites aux proportions excessives. 

 

Pièce phare de cette collection Printemps/Eté 2019, la mythique robe quatre cônes imaginée par le roi de la « robe sculpture » est littéralement réinventée. Dépouillée, la coupe toujours aussi angulaire, voici que la néo robe cône trouve dans une construction binaire car simplifiée toute la pertinence de l’époque. Un glamour moderne ici porté par la silhouette chère à Cristóbal Balenciaga qui n’aura aucun mal à trouver les épaules sur lesquelles briller !

 La Robe aux Coutures Architecturales se Teinte du Rouge Cardinal chez Balenciaga pour le PE19

l_easy_to_wear_couture_balenciaga_printemps_ete_2019_7587.jpeg_north_499x_white.jpg

C’est à Saint-Denis, dans l’un des entrepôts de la Cité du Cinéma que le directeur artistique de Balenciaga amena son public — et quel décor ! Le podium prenait vie dans un tunnel composé de LED où, avec l’aide de l’artiste Jon Rafman rencontré plus tôt à Art Basel, une vidéo intitulée The Ride Never Ends mettait en scène les traumas, les affres et la dimension intimiste d’un cerveau à l’ère digitale… « Je voulais que le public vive l’expérience d’être dans la pensée digitale de quelqu’un. J’ai rencontré Jon cette année, et nous avons décidé de ce projet fou et inédit. Désormais, je connais tout sur les courbes et les LED (rires). Si on ne touche pas les gens, je ne vois pas l’intérêt de faire un défilé. La technologie est tellement présente aujourd’hui, que j’avais envie de transporter le spectateur dans une autre réalité et que ce voyage demeure imprégné dans sa pensée. »

 

Marquant tout autant le souvenir, les pièces de la saison Printemps/Eté 2019 exploraient elles aussi une notion qui semble de plus en plus étrangère. Le ‘glamour moderne’ était ainsi au coeur de cette collection — une réflexion tout en coupe et en proportion qui faisait un écho tout particulier aux codes phares de Cristóbal Balenciaga. D’autant lorsque Demna Gvasalia cherche à couper et draper cette robe rouge cardinal à partir d’un seul et unique morceau de soie de quatre mètres de long… « C’est vraiment la question de savoir comment réaliser une belle forme avec un minimum d’effort. C’est une grande partie de l’héritage de Cristóbal Balenciaga. Une grande partie de la saison est à ce sujet, mais je ne suis pas allé dans les archives pour cela. Je suis intéressé à faire des vêtements pour aujourd’hui que les gens voudront porter. »

 

Mais ce rouge, c’est aussi le style Infante qu’imposait le fondateur dès 1937 ! Ce rouge, puissant et symbole de la flamboyante couture Balenciaga… Du flamenco, aux toiles de Goya époque 1800 dépeignant le Cardinal Luis Maria De Borbon Y Vallabriga, il a dans la robe vedette du défilé Printemps/Eté 2019 quelque chose du passé qui finalement offre une matière très intéressante pour explorer le vestiaire du futur ! 

La Robe Architecturée Rouge Cardinal de Balenciaga de l’Automne/Hiver 2018

balenciaga_cardinal_automne_hiver_2018_icon_icon_sebastien_girard.jpg

C’est au cœur du studio 27 de la Plaine Saint-Denis que la maison Balenciaga a introduit sa collection Automne/Hiver 2018/19. Une collection très référencée où l’on lit la volonté de l’actuel directeur artistique Demna Gvasalia d’explorer ou plutôt, de confronter les lignes, volumes et pièces iconiques de la maison à son réalisme très underground. Dans une collection qui semble être une démonstration prodigieuse de maîtrise et d’intelligence commerciale, le designer géorgien signe là une flopée de silhouettes aussi désirables que praticables – des silhouettes qui, à l’instar de la N°53, puisent dans les archives nombre de leurs qualificatifs.

            Il y a là beaucoup de l’essence même du style de Cristóbal Balenciaga.  Dès sa première collection présentée à Paris en 1937, le « couturier des couturiers » impose son style « Infante ». Il est alors convaincu de l’élégance incontestable du blanc et du noir, mais voit dans le rouge la puissance et l’évocation indispensable à la flamboyance de sa couture. Cristóbal Balenciaga a fait du rouge sa couleur emblématique – une teinte directement inspirée de ses origines hispaniques. Du flamenco à la toile de Goya datant de 1800 qui dépeint le Cardinal Luis María de Borbón y Vallabriga. Mieux, il aime à superposer les volumes et les lignes pour offrir une silhouette fatale, excessive et toujours altière.

            Et c’est bien tout cela qui signe la robe architecturée rouge Cardinal de Balenciaga pour l’Automne/Hiver 2018/19. « Après deux ans à Balenciaga, j’ai voulu prendre tous les codes de la maison et les filtrer de façon à faire une esthétique et une éthique » précisait Demna Gvasalia. Les tissus traditionnels de la couture – tweeds, laine, velours – rencontrent ici les lignes d’une jeunesse underground en même temps que les volumes et les envolées Infante du fondateur… La robe architecturée rouge Cardinal est ainsi une pièce-icône bien de son temps.

Le Néo-Manteau du Soir de Balenciaga de l’Automne/Hiver 2018

balenciaga_automne_hiver_2018_2019_icon_icon_sebastien_girard.jpg

« Un bon couturier doit être architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure. » Les mots de Cristobal Balenciaga ont aujourd’hui une résonance toute particulière. Il faut dire que Demna Gvasalia aime confronter l’héritage très couture du fondateur à une esthétique sportswear quasi-underground. Cette saison, nombre de références évidentes au travail de “l’évêque de la modernité” prenaient ainsi une forme toute nouvelle.  Pour l’Automne/Hiver 2018/19, l’actuel directeur artistique s’est attaqué à l’une des pièces maîtresses du couturier : le manteau Cardinal, rouge flamme !

            Le rouge vif et les lignes de cette pièce mythique, Balenciaga en puisa l’inspiration dans une toile de Goya. Elle y dépeint le Cardinal Luis Maria de Borbón y Vallabriga en 1800. Dans les années 60, entre les mains du « couturiers des couturiers », ce rouge hypnotisant vient habiller un manteau du soir, féminin et étonnant – les lignes sont sculpturales, le volume généreux et l’allure mystérieuse… Pour l’Automne/Hiver 2018/19, le néo-manteau du soir de Demna Gvasalia pour la maison parisienne distille le même étonnement. Car ici aussi, la femme Balenciaga est digne, fatale et sainte – tout n’est qu’une question de tombé et de posture.

            En retravaillant cette pièce, essence même du style Balenciaga, Gvasalia a su néanmoins développer une approche très contemporaine, voire avant-gardiste. Fort d’une technique de couture parvenant à mettre au point des pièces ostensiblement inspirées, le designer géorgien mue ici le manteau Cardinal en une superposition de manteaux – superpositions d’époques, de références et de styles… « Tous ces manteaux ne forment qu’une seule pièce. Et pour moi c’était intéressant de voir jusqu’où on peut aller au niveau du volume. Quelque chose de très très beau, de très serré jusqu’au volume maximum, à la Cristobal » précise Demna Gvasalia. Assurément, le néo-manteau du soir Automne/Hiver 2018/19 est la pièce-icône de notre époque.

Le Manteau Pied-de-Poule Balenciaga printemps-été 2018

balenciage.jpg

Il est difficile de lier le travail du Géorgien Demna Gvasalia à celui du grand Balenciaga lorsque l’on regarde le défilé de la saison Printemps/Eté 2018. C’est que l’actuel directeur artistique de la maison assure avoir voulu s’éloigner de l’oeuvre du fondateur pour mieux la percer à jour – et c’est ainsi que la semaine passée, c’est une collection très Gvasalia qui servait de support au nouveau logo Balenciaga. A Saint Denis, dans un hangar obscurci pour l’occasion, la collection Printemps/Eté 2018 de la griffe défilait donc dans une atmosphère plutôt dérangeante. « Cela représente l’époque où nous vivons. Pour moi, c’est sombre; c’est très mystique; c’est dangereux. Je voulais que la musique soit dangereuse, pour évoquer le sentiment de quelque chose sur le point de se produire. Parce que la mode est le reflet de l’époque que nous vivons » précise le directeur artistique.

Dans ce mix and match stylistique, le mythique manteau pied-de-poule, icône du style Balenciaga des années 50, se réinvente donc dans des proportions alléchantes. Un esprit couture en rupture avec le reste de la collection qui tend plutôt à détourner l’idée, le style et l’attitude d’une bourgeoise toute Parisienne. Un esprit décalé qui trouve écho dans l’attitude développée par le Géorgien : confrontation des couleurs, des matières et des styles, la silhouette Balenciaga de Gvasalia confronte en fait différentes visions de la bourgeoisie. « Je voulais que ça parle des choses que j’aime, des choses auxquelles je donne de la valeur. C’est une juxtaposition parce que nous avons regardé beaucoup d’images illustrant comment la bourgeoise s’habille dans différents endroits. »

Si sa bourgeoise semble soudain s’éprendre du streetwear, du laid et de mix and match incertains, il n’en reste pas moins que ce manteau incarne l’aura éternelle de Cristobal Balenciaga. Et tandis que plusieurs rétrospectives lui sont consacrées, à Paris notamment, cette pièce du Printemps/Eté 2018 démontre que les valeurs sûres de la mode demeurent fidèles au chic d’un tweed ou d’un imprimé pied-de-poule.

Le Rouge Balenciaga, La Flamboyance Emblématique

rouge_1.jpg

Cristóbal Balenciaga a puisé plus d’une inspiration de sa couture dans le folklore, dans la tradition, l’art et la liturgie de l’Espagne, son pays d’origine. Dès sa première collection introduite à Paris en 1937, Balenciaga impose son style ‘Infante’. Le couturier est alors convaincu de l’élégance incontestable du blanc et du noir, mais voit dans le rouge la puissance et l’évocation indispensable à la flamboyance de sa couture. Ce rouge, Cristóbal Balenciaga le pioche d’abord dans le flamenco – une teinte dramatique, tragique mais ô combien sublime. Aussi et surtout, c’est dans le costume des religieux espagnols que Balenciaga emprunte les lignes, le volume et le caractère d’une de ses créations les plus iconiques… « Plusieurs des ensembles du soir qu’il présenta dans les années 60 sont des réminiscences de quelques uns des habits les plus solennels du corps ecclésiastique, à peu près identiques à ceux représentés par Zuloaga dans ses peintures castillanes » peut-on lire dans l’ouvrage de référence Cristóbal Balenciaga : La forge du Maître, écrit par Miren Arzallus.

L’ancrage des compositions Balenciaga dans la culture, dans l’art de l’Espagne semble évident. Au coeur des toiles d’Ignacio Zuloaga, l’un des peintres espagnols les plus important de la fin du XIXᵉ siècle, le couturier trouve l’inspiration et puise là des pièces passées qu’il s’attache à sublimer dans cette modernité. Les vestes Matador, les manteaux courts, les flounes et les châles Manila sont dès lors introduits dans la haute couture Parisienne. « Les courtes vestes boléro que Balenciaga créa pour sa collection Hiver 1946-47 sont de strictes interprétations des vêtements flamboyants représentés dans les portraits de toreros de Zuloaga » précise Miren Arzallus. Et si le boléro en velours rouge constitue aujourd’hui une pièce maîtresse des archives de la Fondation Balenciaga , une autre composition iconique est à référencer dans ce passé hiératique: une cape longue et spectaculaire coupée dans un rouge hypnotisant. « Inspiré du costume ecclésiastique, le manteaux rouge flamme est l’essence même du style Balenciaga. » Ces quelques lignes publiées dans Vogue précisent ainsi l’évidence : Cristóbal Balenciaga a adapté la tenue des cardinaux espagnols pour en faire des manteaux ultra-féminins ! Et la pièce est là encore une réminiscence de la soutane portée par le Cardinal dans le portrait de Zuloaga datant de 1912…

Il faut dire que le ‘couturier des couturiers’ aimait à collectionner les habits religieux et les costumes espagnols du XIXe siècle – peu étonnant alors de le savoir surnommé “l’évêque de la modernité”. Balenciaga a ainsi beaucoup travaillé pour des femmes de rang royal. C’est par exemple « La robe Infanta en velours rouge conçue avec un collier d’organdi blanc, peut-être encore plus fidèle à sa source historique, supposément portée par Madame Bemberg lors d’une fête costumée Louis XIV organisée par le Comte et la Comtesse de Beaumont dans leur hôtel particulier de la Rue Masseran » relate Miren Arzallus dans son ouvrage. Ainsi, bien qu’il semble à l’oeil néophyte en totale dissonance avec le travail et l’art de Balenciaga, l’actuel directeur artistique de la maison, Demna Gvasalia compose en réalité avec sa modernité pour encenser tout l’héritage du fondateur. La saison Automne/Hiver 2016 a ainsi mis en lumière une doudoune hyper architecturée pensée dans un rouge très Balenciaga – un basique à très haute valeur ajoutée qui constitue l’une des pièces les plus recherchées, et les plus iconiques de ce début de l’ère Gvasalia !

Les Manches Kimono, L’Obsession Emblématique De Balenciaga

balenciagaspring20068rrodw0g62rl.jpg

Cristóbal Balenciaga a aimé plus que tout travailler la dentelle, le noir, le rouge et le blanc comme autant de références à l’art et la culture de son pays d’origine, l’Espagne. Bercé par les toiles de Goya et Zuloaga, fasciné par les atours des religieux castillans, Balenciaga s’est aussi tourné vers l’Asie pour habiller les femmes iconiques de son temps. Justement, Miren Arzallus dans son ouvrage de référence Cristóbal Balenciaga : La forge du Maître écrit : « Balenciaga avait connaissance de la progression du Japonisme durant son séjour à Saint Sebastien et de l’impact qu’il eut sur les premières décennies du XXe siècle. Cette influence aura une influence spectaculaire sur ses propres créations. » Mais le styliste est avant tout un couturier autodidacte, ambidextre et attaché à la composition du vêtement, et à la précision de la coupe. Ses compétences de tailleur bientôt se lient à sa capacité à démonter et remonter une manche jusqu’en saisir les moindres nuances. C’est ainsi que Cristóbal Balenciaga est devenu ce couturier à même d’appréhender la liberté dans la construction d’une pièce. Ainsi, son expérimentation des manches s’est-elle indubitablement ancrée autour des manches les plus ancestrales de l’humanité, celles du Kimono.

« Balenciaga a commencé ses recherches sur le volume et les proportions avec la “manche Kimono“ qu’il a utilisé pour la première fois en 1939. L’influence du Japon fut dès lors à la fois subtile et constante » précise-t-on dans le livre Balenciaga Vu Par Vogue. A l’Asie, Cristóbal Balenciaga emprunte aussi l’originalité de ses lignes – très vite, les manches Kimono accompagnent des silhouettes à l’apparence si simple qu’on les croit déliées de la gravité terrestre. Comme une sorte de mise en bouche du minimalisme, la couture de Balenciaga aime à dégager le cou et les poignets pour mettre en valeur les bijoux et le mouvement des mains. On raconte alors qu’il a hérité ce goût pour les vêtements Japonais aux côtés de Madeleine Vionnet ; elle qui s’intéressait beaucoup aux Kimono. Entre les années 1950 et 60, Cristóbal Balenciaga a ainsi posé les bases de certains de ses designs les plus innovants. En 1962, il a déjà introduit les plis dans le tissu et réinventé la silhouette féminine – exit la taille étroite, le couturier des couturiers étend le centre du vêtement au niveau des épaules. L’inspiration direct est le Manteau Kabuki…

Pour lui, la manche doit adhérer au corps – elle doit être son prolongement naturel, et retomber dans un silence quasi-monacal. Ses manches Kimono, Balenciaga les comprend autour d’une telle flexibilité qu’elles doivent permettre un mouvement libre qui ne modifie nullement le reste de la silhouette. Et Nicolas Ghesquière a justement su reprendre avec brio les préceptes du fondateur de la maison qu’il reprend en 1997. Chaque année, il tient d’ailleurs à rééditer l’un des codes phares de la griffe. Les manches Kimono reviennent ainsi sur le podium en 2006, lors de sa non-moins célèbre collection du Printemps/Eté. Travaillées dans un combo avec la dentelle, autre signature Balenciaga, voilà que les manches Kimono atteignent une propension de désirabilité folle quand le designer Français exécute une maîtrise absolue de son sujet. Les manches épousent la dentelle qui, dans un tourbillon de matière, souligne pour suivre la moindre courbe du corps… En 2007, c’est dans le jeu de transparence, là encore cher au fondateur, que Ghesquière fait défiler Irina Lazareanu dans ce qui ressemble à un boléro à la légèreté céleste, et aux manches à la sensualité folle…

 

La Religion, Balenciaga Et Ses Créations Emblématiques

post3_imgs2.jpg

De son vivant, Cristóbal Balenciaga fut plus d’une fois compris comme un couturier ayant fait du vêtement sa religion – s’il a en effet passé sa jeunesse à décortiquer la composition et la construction des pièces de Vionnet, Chanel ou Schiaparelli, Balenciaga fut aussi et surtout largement inspiré par la culture de son pays d’origine. Dans cette Espagne du début du XXe siècle, il n’est pas difficile de l’imaginer adolescent admiratif devant les sculptures du Christ sur la croix, entourés de saints et d’anges ; là où les cardinaux sont dépeints dans ces immenses toiles de son ami et contemporain Zuloaga. Catholique dévoué, il allait souvent à l’Eglise alors, les couleurs, le drapé et le tombé de ces vêtements religieux n’ont pu qu’avoir un impact spectaculaire sur la conscience du jeune Cristóbal Balenciaga. Son héritage et l’art religieux de son pays ont ainsi mené le couturier à emprunter les lignes, la silhouette, les matières et l’allure des personnages et des vêtements représentés sur les œuvres des grands maîtres de l’âge d’or Espagnol. Francisco de Zurbaran, Francisco Goya et Diego Velazquez peuvent être référencés dans son utilisation de la dentelle et des broderies. « Un bon couturier doit être architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure » il aurait pu ajouter un historien fasciné pour son inspiration dans sa définition.

Au cours des décennies 1950 et 1960, les plus abouties de son art, ses robes du soir sont un écho aux robes des Espagnoles peintes par ces peintres. Mais on peut largement y voir le miroir des pièces des Saintes de Zurbaran. Les femmes Balenciaga sont alors dignes, fatales et saintes – tout n’est qu’une question de tombé et de posture. Il aimait d’ailleurs à répéter qu’il proposait des signes moins « institutionnels de féminité ». Tout est dit, ou presque. Le fervent catholique est aussi un ardent collectionneur de costumes Ibériques du XIXe siècle et d’habits religieux ; mais c’est pour sa vision rigoureuse du vêtement qu’on le surnomma “l’évêque de la modernité”. Le lyrisme et le caractère baroque de la mode Espagnole ont aussi insufflé nombres d’autres inspirations à Balenciaga. Les couleurs et les formes des vêtements traditionnels se retrouvent dans ses créations. La dentelle noire par exemple raconte l’histoire du costume et de la mode des cours Européennes… Les vestes andalouses ornées de madroños, ou ses mythiques vestes boléros recouvertes de paillettes et de passementerie inspirées de l’art des matadors… Tout l’art de Balenciaga se déploie ainsi entre passé traditionnel, religieux et actualisation des pièces les plus extraordinaires de l’histoire du costume occidental.

Enfin vient la couleur. De subtiles combinaisons chromatiques dans des gammes de blanc, de noir, de bleu mer de Biscaye, ou de rouge vif comme sur cette pièce mythique inspirée de la soutane portée par le Cardinal dans le portrait de Zuloaga datant de 1912… Un rouge hypnotisant pour un manteau hyper-féminin, aux lignes sculpturales et à l’allure mystérieuse… Balenciaga était l’un des grands couturiers car il a su voir la mode comme faisant partie d’un tout. Son intérêt pour les fronces, les plis et le bouffant est aussi à lié à la religion : on retrouve des Saints dépeints dans le même genre d’atours à l’intérieur des églises, et notamment de la main de Francisco de Zurbaran sur la toile Sainte Casilda de Tolède datant de 1635. Autre signature Balenciaga, le mariage étonnant entre la tendresse du rose et la puissance du violet. On retrouve ici les couleurs même de l’église ! Et c’est peut-être là que se niche le secret de cette allure éternelle.

 

 

Le Boléro Balenciaga

bolero.jpg

C’est au gré des tissus anciens et des costumes historiques ou populaires que le couturier a rassemblés, que l’on reconnaît les thèmes essentiels qui ont présidé la création Balenciaga. Hiver 1937, le couturier des couturiers présente sa première collection parisienne, qui remporte un grand succès ! Là, dans le goût des couleurs intenses et l’introduction de certaines pièces, l’assistance décèle toute l’influence espagnole qui sied tant au couturier. Passionné par l’histoire, l’espagnol Cristobal Balenciaga a en réalité intégré l’univers du costume traditionnel hispanique dans la Haute Couture. Le boléro, costume traditionnel hispanique par excellence, s’inscrit ainsi dans la haute couture dès les années cinquante soixante. Balenciaga fut également un grand collectionneur… Sa collection privée témoigne encore pour lui de son amour pour l’Espagne ; parmi ses fétiches, deux boléros masculins de la seconde moitié du XIXe siècle.

Des détails uniques, Cristobal Balenciaga s’en est fait maître. Entre le boléro à pompons rappelant le boléro du torero, aux volants des robes rappelant le flamenco, le nœud papillon plat ou encore la dentelle noire, la broderie ou l’ornementation, le couturier a su transfigurer sa fascination en véritables objets de mode. Balenciaga eut aussi le génie de “populariser“ le boléro, pièce rendue célèbre sur les épaules de Grace de Monaco et celles de la comtesse von Bismarck, en le muant en véritable vêtement-bijou, orné de broderies, de perles, de sequins, et de motifs de dentelle. Les boléros de Balenciaga étaient en effet non seulement brodés mais aussi en drapé de soie ou encore en dentelle noire… « Avec les tissus, nous faisons ce que nous pouvons. Balenciaga, lui, fait ce qu’il veut », disait Christian Dior. Le boléro fut ainsi retravaillé à la perfection dans des coupes et des détails somptueux – le plus féminin des accessoires fut, entre les doigts de Balenciaga, destiné à embellir une robe et recomposer la silhouette. Dans cette pièce si particulière et si chère à Balenciaga s’exprime une géométrie de conception propre au couturier : le boléro de torero rebrodé de perles de jais ou de gros bijoux vient ainsi orner une tenue ultra épurée, dans la continuité des traditions espagnoles…