Les Soupes Campbell d’Andy Warhol

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Incontestablement, le « look and feel » des sixties, c’est le rouge et le blanc. C’est en 1962 que la silhouette d’une simple boîte de conserve accède au rang d’œuvres d’art ; Andy Warhol ne peint que ce qui lui tient à cœur et, cette plus qu’ordinaire boîte qu’il tient entre ses doigts, il veut en faire le poncif d’un mouvement artistique né en Grande-Bretagne. Autrement dit, le fer de lance du popular art. Cette année donc, Warhol réalise sa série Campbell’s soup cans ; une peinture sur toile constituée de 32 petits tableaux. 32 petits tableaux car, il existe exactement 32 variétés de soupes vendues par la Campbell Soup Compagny. Et, puisque le fait de voir sans cesse une chose efface tout son intérêt, Warhol élève le quotidien qu’elle incarne dans une œuvre concrète. Des peintures individuelles fabriquées au travers d’un procédé sérigraphique semi-mécanique. A chacune de ses toiles, il attribue la vraie saveur de la boîte originale, et ce grâce à une liste de produits fournis par la société.

Lorsque l’on questionnait Warhol à propos du pourquoi ce choix d’une simple boîte de conserve Campbell, l’intéressé avançait plusieurs raisons. S’il est impossible de déceler l’élément intercesseur, il n’en reste pas moins que cette boîte de conserve aussi vielle que l’Amérique a traversé toute la vie d’Andy Warhol. S’il explique souvent en avoir mangé à chaque repas pendant 20 ans, un souvenir lui fait dire, lors d’une interview avec le critique d’art GR Swenson : « Oh mon Dieu, oui, c’est vrai, les fleurs en fer blanc (chez sa mère NDLR) étaient fabriquées à partir de conserves de fruits, c’est la raison pour laquelle j’ai peint mes premières boîtes de conserve… » Pour rendre hommage à Warhol et à sa Madeleine de Proust, la société Campbell collabore avec la Andy Warhol Foundation, et ainsi imprime sur la boîte de conserve la plus célèbre du monde un décor Pop Art. Quatre modèles (rose, orange, vert ou bleu ) qui, comme ceux de Warhol, sont le fruit d’un procédé industriel. Le résultat : un bol de soupe collector sous étiquette originale, comme à la Factory ; histoire de s’offrir un Warhol très abordable.

 

Le Lady Dior et Andy Warhol

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La collection est pensée comme un cahier d’inspiration. L’association entre The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts et la maison Dior aboutit à des pièces délicates qui, par leurs lignes épurées, transcendent les croquis régressifs du Warhol des années 1950. Un motif récurrent, aux traits modernistes se griffe ainsi sur le Lady Dior : un escarpin. Il faut dire que Raf Simons et Warhol se rejoignent sur quelques traits d’esprit : « Pour moi, Warhol a tellement de sens. J’étais intéressé par la délicatesse et la sensibilité émanant de ses premiers travaux (…) » explique-t-il sur ce choix trans-genres.

Au contact de l’oeuvre obscure d’Andy – Unidentifield Female – le Lady Dior se twiste de tons pastel. Comme une friandise poudrée qui, dès qu’elle accroche le regard, ne peut l’en détourner. « Pour Dior, c’est l’obsession de la Belle Epoque, pour moi, celle du modernisme » ajoute le couturier qui opère cette saison une fusion réussie du présent et du passé. Semblant accepter les inspirations rémanentes de monsieur Dior, il signe une ligne de Lady Dior comme naturellement graphique et délicate, rieuse et douce. « C’est cette idée de dessin à la main, comme une signature personnelle » qui ajoute une tout autre saveur à cet opuscule léguée en héritage.

Des Oeuvres d’Andy Warhol Exposées Chez Sotheby’s Hong Kong

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Retour dans les années 1950. Avant d’être acclamé pour être le Pape du Pop Art, Andy Warhol est un illustrateur pour le Harper’s Bazaar. Ses illustrations fantaisistes et colorées pour des produits de beauté feront dire à la créatrice et amie Diane Von Furstenberg qu’il a « révolutionné la mode en y instillant des couleurs flashy ». Ce qui ravit Warhol dans la mode, c’est sans doute l’essence même de celle-ci – tout autant dans l’avant-garde que relevant d’un art « populaire ». Andy était accro à la mode, en témoigne son addiction pour les mocassins à bouts carrés de chez Berlutti ; pour en témoigner aussi, il fonde en 1969 le magazine Interview, l’un des plus influents de son époque : tous ceux qui étaient quelqu’un dans la mode, au cinéma ou dans l’art, y sont apparus. Des grands créateurs tels que Karl Lagerfeld, Halston et YSL fournissaient régulièrement ses pages en création, tandis que des mannequins comme Jerry Hall ou Bianca Jagger y posaient volontiers. Warhol a influencé les plus grands, de Frank Gehry à monsieur Saint Laurent dont il pensait qu’il était « le plus grand artiste français vivant du siècle ». En 1974, il réalise d’ailleurs quatre panneaux en sérigraphie du jeune créateur. 

Aujourd’hui, que reste-t-il d’Andy Warhol? Enormément d’artistes se réclament de sa conception, et pour cause, il avait préfiguré l’ère du multimédia et avec ça, l’essor des aptitudes artistiques. Du 12 au 24 septembre 2013, 40 oeuvres de ce visionnaire seront exposées chez Sotheby’s à Hong Kong. L’exposition From Warhol, With Love, revient ainsi en grande partie sur le travail effectué par l’artiste sur papier ; sans thème directeur, cela mène à découvrir ceux de l’artiste qui sont aujourd’hui les plus convoités, dont « Ladies and Gentlemen and Flowers ». Les oeuvres seront ensuite mises en vente ; finalement l’occasion est donnée de proposer un large éventail de ses oeuvres et ainsi, peut-être, ouvrir ou acquérir une fenêtre sur son imaginaire. 

Les Cowboys et les Indiens d’Andy Warhol

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Le terme Pop Art est inventé dans les années 60 ; terme qui puise tout à la fois dans la culture populaire contemporaine et dans le pouvoir des images. Substantiellement lié à la société de consommation, le pop art l’utilise comme principale source d’inspiration, le plus souvent de façon ironique. Andy Warhol en sera le pape. Le style Warhol, c’est finalement trois choses : des couleurs vives, une technique graphique, et le sujet en gros plan. Par son procédé de sérigraphie, le Pope désacralisera les images, les icônes ; c’est l’art lui-même qu’il désacralisera en rendant l’oeuvre reproductible à souhait. De cette façon, l’oeuvre de Warhol raconte le monde des années 70 et 80. Son objectif était simple : populariser et commercialiser l’art contemporain, le rendant ainsi accessible à tous. Fasciné par l’artefact tribal, Andy Warhol captera la figure emblématique de Russel Means, ce défenseur de la cause indienne. Ce que veut l’artiste : fixer l’image pour elle-même, et non pas la réalité derrière cette même image. En 1986, il peint ce qu’on tient pour être son ultime série : Cowboys et Indiens, pensée comme un panorama.

L’exposition Cowboys and Indians met ainsi en lumière un aspect politique du Pope : faire de l’art quelque chose d’accessible à tous avec un message profond. Ainsi, lorsqu’Andy Warhol se penche en 1986 sur cette série de peintures, c’est avec l’idée que les oeuvres d’art peuvent communiquer davantage sur les valeurs de l’esthétique tribale que les dires de cowboys américains. Cette suite se compose de 10 sérigraphies de grand format toute en contraste où Warhol fait appel aux icônes de la culture populaire occidentale – Annie Oakley, le général Custer, John Wayne et Teddy Roosevelt – pour leur opposer d’authentiques images d’Indiens d’Amérique à la sauce warholienne – Mère et Enfant, les poupées Kachina, Masque de la côté Nord-Ouest… Au final, l’exposition se fige autour de l’éclectisme ; un des fers de lance de l’artiste. Pour admirer ces récentes acquisitions, c’est du 23 août au 26 octobre, au Tamastslikt Cultural Institute, à Pendleton, en Oregon.

Le Pantalon Capri

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La définition exacte de l’existentialisme est la suivante : « L’homme est libre et responsables de ses actes », doctrine qui correspond bien à la créatrice Sonja de Lennart, née le 21 mai 1920 en Prusse (Allemagne de l’Est). Cette grande femme, trop peu connue aujourd’hui, décide de se lancer dans la mode dans un monde d’après guerre qui laisse place à l’espoir, à l’audace, et à la création. C’est en hommage à la fameuse île italienne de Capri que Sonja donne ce nom à une large collection de prêt-à-porter. Elle créée des robes, des manteaux même, mais c’est le pantalon qui sera son plus grand succès. Ce fameux pantalon crée en 1948 s’arrêtant au mi-mollet – et qui est donc un parfait compromis entre le pantalon, trop classique, et le bermuda si on est complexé par ses jambes – connaît ses heures de gloire dans les années 60. En véritable pionnière de son temps, Sonja inspire les plus grandes maisons de mode, et cela depuis plus de 60 ans.

Corsaire ou d’autres appellations furent apposées à ce pantalon, mais c’est dans ce nom “capri“ que résonne toute la nostalgie de l’idéal féminin des années “yéyé“. La femme se rêve et se voit active, sexy, et libre ! Les années 60, c’était en plus du capri, pour le plus grand plaisir des yeux, la minijupe de Mary Quant, la folie d’Andy Warhol, les films d’Hitchcock et les paroles de Serge Gainsbourg… Une période de pur génie créatif en somme, qui ne cesse d’influencer notre époque. La preuve ? Les différents défilés printemps-été 2013 de chez Louis Vuitton, Marc Jacobs, Michael Kors ou encore Rochas qui largement s’en inspirent ! Alors, puisque la possibilité s’offre à nous d’habiller nos jambes d’un beau capri, à quoi sert de résister à cette pièce incontournable qui, immédiatement, façonne une silhouette très féline à la manière d’Audrey Hepburn dans Sabrina, en 1954.

Il est facile de se l’approprier puisqu’il se conjugue à tous les styles, et c’est bien pour ça qu’il est simple à adopter. Il est une de ces trop rares pièces unisexes, seyant aussi bien aux femmes qu’aux hommes, été comme hiver, de jour comme de nuit. Taillé dans du cuir ou du coton, imprimé, coloré, classique, chic, sportwear, skinny ou encore oversize, messieurs, osez vous laisser surprendre par ce vêtement qui d’ailleurs porte la collection automne-hiver 2013-2014 de Guillaume Henry pour Carven. Et si vous hésitez toujours sur la bonne manière de l’adopter, sachez que la valeur sure reste l’association vue sur l’icône Jacqueline Kennedy, qui a largement contribué à sa popularité, et à le nimber d’une magie. Jackie en capri, c’est une équation qui sonne comme une évidence : une classe folle, un capri, un t-shirt, et des nu-pieds ; voilà la simplisme formule à adopter sans retenue.

Les Andy De Berluti

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Précurseur du prêt-a-chausser de luxe ainsi que créateur des premiers escarpins à lacets, Berluti brille dans le monde entier de par ses souliers « made in savoir-faire », depuis déjà plus d’une centaine d’années. Fabriquées quasi-exclusivement dans un cuir ‘’Venezia’’, réputé pour sa souplesse et son appétence pour les couleurs, tous les souliers sont réalisés à la main dans les ateliers de la maison. Que ce soit en prêt-à-chausser ou sur-mesure, le client adopte son modèle ‘’nu’’, à savoir sans patine ni coloris. Berluti a su se démarquer des maisons concurrentes en proposant des souliers aux chaussants incomparables, dont les formes avant-gardistes sont souvent considérées comme des œuvres d’art. Ainsi, Berluti transforme le soulier en un véritable objet d’art vivant qui révèle avec le temps sa véritable identité : celle de l’homme qui l’habite. Une dimension charnelle du mocassin se révélant être une réelle extension de son propriétaire.

C’est en 1962 qu’Andy Warhol gravit les marches de la boutique du 26 rue Marbeuf à Paris afin d’y commander une paire de mocassins, dessinée par ses soins. Encore inconnu du grand public, ce dernier imagina des mocassins classiques à bout carré. Ayant à peine déposé le croquis en boutique, que le Pape du Pop Art repartit sans laisser d’acompte. Ainsi, Talbinio Berluti, alors directeur artistique de la maison, jeta le croquis avant qu’Olga Berluti, encore simple apprentie, en prenne possession. Contre l’avis de sa famille, elle confectionna elle-même les souliers à partir de peaux de récupération. La légende veut qu’elle s’aperçut trop tard que le cuir qu’elle avait choisi était marqué d’une grosse veine sur l’un des deux plateaux. Défaut usuellement rédhibitoire, elle expliqua au futur Pape du Pop Art que le cuir utilisé provenait d’une vache transgressée qui se frottait aux barbelés. Ces mocassins, d’un modernisme inouï pour l’époque, furent la première création d’Olga et Warhol en tomba littéralement sous le charme. Une icône était née.

Première femme bottier au monde, Olga Berluti révolutionna le métier ainsi que le soulier. Aujourd’hui, le mocassin Andy demeure le modèle le plus iconique du bottier parisien. C’est en 2012, pour les cinquante ans du modèle, que la maison lança une collection spéciale rendant hommage à ses années d’existence ainsi qu’à celui les ayant imaginés. Cette collection se voit teintée de couleurs vives telles que le bleu kelvin, le vert bouteille ou bien même le rouge cerise ainsi que des ornements en croco et cuirs venezia. Riches de leur histoire ainsi que de leur notoriété, les Andy demeurent les mocassins les plus chers ainsi que les plus enviés du monde.

L’Art du Feu Selon S.T. Dupont

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Le précieux briquet S.T. Dupont de la maison française spécialisée dans la création de produits de luxe pour hommes, enflamme toutes les passions depuis 1952.

Quel est le point commun entre Humphrey Bogart, Audrey Hepburn, Andy Warhol, Coco Chanel et Jackie Kennedy ? Leur briquet S.T. Dupont. Reconnaissable entre mille, grâce à son « cling » métallique si particulier, le briquet S.T. Dupont est un objet de désir et de convoitise pour tous les amateurs de luxe. En 2012, pour célébrer ses 140 ans, la marque a réédité à l’occasion d’une collection limitée exclusive le briquet personnel d’Humphrey Bogart commandé en 1947 par la star au feutre mou. Symbole d’un certain statut social et d’un bon goût affirmé, le briquet S.T. Dupont est un discret signe de reconnaissance dans le cercle très fermé des initiés.

Créé en 1952 par la maison la « Ligne 1 », première édition du célèbre briquet, connaît un succès fulgurant. Objet technique et fonctionnel, 100 heures de travail manuel sont nécessaires à sa fabrication, orfèvres et laqueurs se relayent pour réaliser minutieusement un briquet sobre et puissant. La « Ligne 2 » dessinée par le bijoutier Jean Dinh Van, consacre la nouvelle esthétique du briquet dont les proportions respectent le « nombre d’or », garant pour certains d’une harmonie parfaite et d’une beauté universelle.

Véritable signature auditive, le « cling » iconique qui retentit à l’ouverture du briquet était à l’origine un défaut que la marque souhaitait corriger. Largement apprécié par les clients, il deviendra finalement la caractéristique de l’objet culte. En argent, or, platine ou palladium, le briquet S.T Dupont se transmet de génération en génération comme un précieux bijou de famille ou comme un cadeau pour marquer l’entrée dans l’âge adulte. Dans l’univers du luxe, le briquet le plus célèbre du monde n’a pas fini de raviver la flamme.

Nouvelle Collection Wayfarer Eté 2013

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La célèbre marque de lunettes Ray-Ban lance une nouvelle collection d’une de ses montures iconiques, la Wayfarer.

En 1952, la Ray Ban Wayfarer créée par Roger Stegeman voit le jour au sein des ateliers du mythique lunettier. Elle se démarque des modèles en vogue de l’époque par sa forme carrée et sa monture réalisée en plastique, un matériau novateur pour l’époque ; avant l’apparition de la Wayfarer, la plupart des solaires sont des montures métalliques.

Dès ses débuts, La Wayfarer va être portée et appréciée des plus grande stars, elle devient rapidement la monture de Bob Dylan, Andy Warhol, Ray Charles ou encore Marylin Monroe. Le cinéma, la télévision et la musique vont jouer un rôle clé dans la popularité du célèbre modèle, les Blues Brothers en font un accessoire indispensable de leur garde-robe et Tom Cruise resplendit en Wayfarer dans « Risky Business ». La Wayfarer va rapidement gagner le cœur du grand public et s’imposer comme le modèle culte de plusieurs générations. Les différentes collections sans cesse renouvelées respectent l’héritage de la marque à travers des exemplaires classiques, ou plus originaux comme ceux de la collection été 2013.

Cette année, on retrouve la Wayfarer ornée de fleurs ou de patchworks ou encore en imitation bois. La marque nous propose de concocter notre modèle personnalisé avec les motifs à l’extérieur ou à l’intérieur des branches afin de se créer un style sur-mesure. Sur l’e-shop de la marque, « RayBan Remix » offre aux clients la possibilité de créer ses propres lunettes à partir des modèles Wayfarer et Aviator. Intemporelle et iconique, la Wayfarer traverse les âges sans prendre une ride.

Jean-Michel Basquiat Rappelé le Temps d’une Vente aux Enchères

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1960, Brooklyn accouche d’un artiste de plus. Jean-Michel Basquiat y naît. Une palette aux tons acidulés ; une silhouette distinguée ; il parvient à lier, dans chacune de ses œuvres, la terrible vérité, la dénonciation et le rêve, opérant l’illusion de la joie. 

Enfant, il n’existe qu’à travers le dessin. En 1976, avant de mettre fin à sa carrière de lycéen, Basquiat rencontre Al Diaz, qui, comme lui, s’évade des somnifères scolaires au travers du graff. La même année, ils errent dans Manhattan à la recherche de toiles de béton. D’étranges symboles pullulent alors sur les murs, non sans une certaine poésie. La signature de Basquiat est simple : « SAMO » ou « same old shit ». Cette époque le fait s’imprégner d’un monde. Comme les graffitis se superposent, s’évincent et se piétinent, son œuvre est un patchwork. Lorsque l’adolescent décide de vivre seul, il est définitivement banni du domicile familial. Pour assurer sa survie, il vend cartes postales et t-shirts sur les trottoirs de sa ville natale. Le soir, il fréquente le Mudd Clud et le Club 57. Là, il rencontre Madonna, Bowie mais c’est le télescopage avec Andy Warhol, auquel il vend l’une de ses cartes postales, qui renverse son univers de sens artistique. Ses toiles sont alors la rhétorique de son optique : son âme vibre et matérialise la rue et ses éléments; pauvreté, voitures, enfants, tout est samplé, mêlé aux cultures éteintes qui le hantent. 

Influencé par Dali, Picasso, Warhol ou Goya, Basquiat travaille un désordre qui ne l’est que faussement, superposant écritures, collages, peintures ; chargeant le tout d’une allégresse indispensable à ce qu’il vise : la dénonciation du racisme et de l’hyper-consommation. Le succès rapidement arrive et, adulé, respecté, l’artiste n’en reste pas moins seul. Incompris de ses pairs et de sa famille, son âme trépasse et ne peut que trouver le kief au contact d’un dérivé du pavot : l’héroïne. Lorsque Andy décède en 1987, celle-ci, déjà éreintée, s’éteint. Il était le seul à savoir le toucher. 

1989, un an après la mort du peintre, Andam Clayton, bassiste de U2, incite le groupe à acquérir Untitled (Pecho/oreja) un indescriptible imaginaire primitif qui ravit l’homme. Acquise collectivement, la toile accompagne de son aura les séances d’enregistrement au studio de Dublin, trônant aux murs de celui-ci. En 2008, ils s’en séparent, créant un premier événement de plus de 5 millions de livres sterling. Voilà que le 12 Février, la toile est remise sur le marché. La société de vente aux enchères, spécialisée dans l’Art, Sotheby’s la proposera. Estimée entre 7 et 9 millions de livres, la toile est entre temps devenue un mythe. Autant que son géniteur qui, comme toute étoile, ne peut se contenter de l’appartenance à une unique galaxie. 

L’Araignée de Louise Bourgeois

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Connue pour son araignée monumentale en acier appelée Maman et exposée de Tokyo à New York en passant par la Tate Modern de Londres, c’est ici une œuvre murale que nous pouvons admirer, comme figée dans son mouvement, projetant son ombre sur les pans blancs du mur qui l’expose. La plasticienne puisa le motif de l’araignée dans la figure de sa mère, réparatrice de tapisseries, qui tissait ainsi sa toile, à laquelle elle ajouta la notion de protection. Mais l’histoire va plus loin : l’enfant qu’était Louise n’a pu supporté le tacite triangle de tromperie qui unissait son père, sa nourrice et sa mère – volontairement aveugle. Qu’importe, Louise Bourgeois voit l’art comme garant de sa santé mentale. Chez l’artiste qu’elle devient, on réifie ses peurs pour les exorciser ; l’angoisse se mue en plaisir.

La « spider-woman » disait ainsi que sa « meilleure amie était [sa] mère et qu’elle était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable, qu’une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même. » Une mère qu’elle perdit à l’âge de 21 ans, qui lui inspira son départ vers l’Amérique, point de départ de sa carrière et à laquelle elle rendit hommage au travers de ces araignées, animaux puissants mais fragiles face à l’homme, comme sa mère l’était face à son père.