Le Damier Louis Vuitton en Vedette pour l’Automne/Hiver 2018

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Nicolas Ghesquière a pioché dans sa mémoire l’inspiration de cette collection Louis Vuitton de l’Automne/Hiver 2018/19 – plus particulièrement, il a pensé aux femmes auprès de qui il a grandi. Dans cette exploration, l’actuel directeur artistique du malletier a déniché l’essence même du style français. Et dans une maison telle Louis Vuitton, cela ne pouvait se faire sans célébrer la signature d’un tel savoir-faire. Il a d’un côté l’élégance et de l’autre l’innovation. De la même façon, la toile damier Louis Vuitton fut imaginée à la fin du XIXe siècle – très vite, elle devient le code exclusif de la maison. Aussi ancienne que la Tour Eiffel, la toile à damier est ainsi pensée pour protéger la maison des contrefaçons. Réintroduite en 1996 par Marc Jacobs, elle est aujourd’hui une signature incontestable.

Pour la troisième saison consécutive, la maison investissait le Louvre, et plus précisément la cour Lefuel. Dans cette architecture datant de l’Empire, Nicolas Ghesquière a voulu jouer des époques et du style de la haute bourgeoisie française pour composer la collection de la saison prochaine. Alors, lorsqu’il signe la pièce phare de l’Automne/Hiver 2018/19, c’est bel et bien le damier Louis Vuitton que l’on retrouve en vedette. Les époques et les styles ici se télescopent et, d’un top des plus bourgeois avec ses galons or, Ghesquière fait une pièce hyper-actuelle en confondant le motif pied-de-poule et la mythique signature damier… Et derrière cette association très féminine, le directeur artistique veut jouer de l’image Jolie Madame qui sied si bien à l’élégance française.

« Parfois, nous pensons, de façon clichée, que pour rendre la femme plus forte il faut lui mettre des vêtements d’homme sur les épaules, mais nous oublions que des femmes très fortes portaient en fait des vêtements très féminins. J’aime aussi explorer cette idée que les femmes ayant changé le monde n’étaient pas habillées comme des hommes. » Il est vrai que la silhouette N°5 illustre ce propos à merveille – un motif pied-de-poule détourné, une association de pièces masculines renversée par ce top des plus sensuels… Une preuve, s’il en faut, de l’inépuisable évidence du style Ghesquière. D’autant plus lorsque la toile à damier se fait le motif vedette de l’Automne/Hiver 2018/19 portée par Natalie Westling !   

Le Keepall de Louis Vuitton, une Pièce d’Histoire

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La maison Louis Vuitton est depuis longtemps connue pour le luxe et la qualité sans pareille de ses fabrications – nous sommes en 1930 lorsque le malletier attitré de l’Empereur français Napoléon III et du Maharadja produit le Keepall. Une pièce d’histoire qui raconte à elle seule comment l’explosion et le progrès du voyage n’ont pu se réaliser qu’en étant accompagnés d’une telle pièce de sophistication. Il faut dire que les années 1930 sont celles des croisières. La jet-set, la noblesse et l’aristocratie ne jurent alors que par des vacances chaloupées et improvisées passées à Deauville ou encore sur la côte Atlantique de Biarritz… Les sports et les loisirs ont la côte ; la vie s’accélère avec la démocratisation des voitures et, une nouvelle fois, Louis Vuitton se veut apte à léguer à ces élégant(e)s la pièce indispensable à toutes folies. L’époque est à l’imprévue – on aime filer sur un coup de tête, à bord de voitures vrombissantes, le long des nouvelles autoroutes menant vers des destinations impromptues. 

            En 1930 donc, le malletier Louis Vuitton édite le Keepall – le sac qui « garde tout ». Adaptée à ce nouveau mode de vie, la pièce se compose autour d’un cuir souple, zippé et ultra-léger. Coupé dans la déjà mythique toile enduite monogramme, le Keepall déploie aussi une forme généreuse prêtant à son propriétaire la possibilité d’y glisser assez de vêtements pour un weekend inopiné. Et c’est bien là toute la force du Keepall – un sac léger et ultimement efficace. À lui seul, il incarne et symbolise toute l’insouciance de l’époque ! Mieux, depuis devenu sac de voyage iconique, le Keepall s’est réinventé jusqu’à transcender les époques, les utilités et la sophistication qu’on lui prête volontiers.

            Ainsi lorsque Marc Jacobs arrive à la tête des créations Louis Vuitton pour en initier les lignes de prêt-à-porter en 1997, il n’en oublie guère tout le passé de la maison. Se confiant au Vogue Américain, il dit : « Ce que j’ai en tête sont des choses luxueuses mais de celles que vous pouvez jeter dans un sac et quitter la ville avec, parce que Louis Vuitton a un héritage dans le voyage. » Dès lors, le Keepall va se réinviter à l’aune de la créativité fantasque du new-yorkais. Relooké par des artistes invités par Marc Jacobs, de Takashi Murakami, Stephen Sprouse, et Yayoi Kusama en 2012 ; la pièce le sera tout autant par des collaborations aussi inédites qu’elles furent inattendues. Cherchant là encore à surprendre l’essence même du Keepall, en 2017, c’est la collaboration entre Supreme et Louis Vuitton qui donne vie à un Keepall Bandoulière Epi 45 rouge. La même année, Louis Vuitton collabore avec Jeff Koons, pour retranscrire la magnifique toile La Gimblette de Fragonard sur les courbes d’un Keepall ultra-luxueux… Voici donc une pièce qui n’a jamais quitté le catalogue Louis Vuitton, au point de devenir un objet du désir atemporel et ultimement indémodable !

 

Le Keepall en Quelques Dates Clés :

2017 : Louis Vuitton collabore avec Jeff Koons, ce qui donne naissance à la magnifique toile La Gimblette de Fragonnard qui épouse les courbes d’un Keepall.

Collection Automne/Été 2017 : nous retrouvons Xavier Dolan avec une nouvelle déclinaison du Keepall.

2017 : La collaboration entre Supreme et Louis Vuitton donne naissance à un Keepall Bandoulière Epi 45 rouge.

2016 : Apparition du Keepall dans la série Billions, plus précisément dans l’épisode The Conversation.

 2014 : L’acteur Matthias Schoenaerts nous fais découvrir à travers une vidéo, la nouvelle collection de sacs de voyage qui comprend bien évidement le Keepall.

2014 : A travers une série de vidéos Louis Vuitton dessine la panoplie d’un homme particulier notamment l’homme au Keepall beige. 

2014 : Au milieu d’un décor d’Afrique du Sud, les sacs Keepall forment une montagne de bagages Louis Vuitton.

Collection Homme Automne/Hiver 2014 : Kim Jones conçoit le bleu Cobalt qui prend place sur le Keepall 55 et le Keepall 45.

2013 : Le Keepall fait une apparition dans le clip de Nicki Minaj et Lil Wayne High School (1min54).

2012 : la bagagerie Vuitton est mise en scène à travers l’emblématique sac Keepall, qui est représenté par le célèbre Mohamed Ali.

2012 : Le Keepall se retrouve enveloppé du nouveau monogramme crée par Yayoi Kusama pour Louis Vuitton.

2011 : La Maison porte plainte contre Very Bad Trip 2, pour avoir utilisé des contrefaçons dans le film notamment des contrefaçons du Keepall.

2010 : Pour sa nouvelle campagne “Core Values”, la Maison nous emmène en Afrique avec chanteur Bono et de sa femme Ali Hewson qui porte un Keepall sur son épaule.

2010 : Pelé, Maradona et Zidane sont les égéries de la campagne pour la Maison.

2009 : Le Keepall est enveloppé d’un Monogram “relooké”, afin de rendre hommage à Stephen Sprouse.

2008 : Sean Connery pose pour la campagne publicitaire de la maison avec à ses pieds un Keepall.

2007 : Le Keepall est mis en scène, dans campagne publicitaire avec Mikhaïl Gorbatchev.

2007 : Louis Vuitton conçoit spécialement pour le film À bord du Darjeeling Limited un ensemble de bagages cuir Safari.

2007 : Pour la nouvelle campagne de la maison on retrouve Andre Agassi et Steffi Graf allongés au côté du Keepall.

1999 : le Keepall fait encore une fois une apparition au cinéma dans le film Les Rois du désert.

1985 : Le Keepall apparait dans Dangereusement vôtre.

1930 : La maison Vuitton créé le sac Keepall.

Les Défilés Louis Vuitton et leurs Scénographies Emblématiques

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Si Louis Vuitton est considéré comme sa majesté malletier depuis le XIXe siècle, il faut attendre le 21 siècle pour voir toute la magie et le savoir-faire de la griffe s’imprégner sur des pièces de prêt-à-porter. C’est en effet l’arrivée de l’américain Marc Jacobs en 1997 qui initie et compose le premier vestiaire féminin de la maison – il a alors carte blanche pour définir l’image de la femme Vuitton. Vogue capte très vite l’essence qu’il donne à sa première collection aux tons neutres, minimaliste à souhait, où les brindilles n’arborent aucun sac ; Marc Jacobs esquisse ici un style « avec le désir de mettre en avant une jeunesse décontractée, mais chic, et libérée des codes en vigueur. » Mais les débuts sont timides et les défilés aussi. La formule est classique, le podium sans grand caractère. Il faut attendre le défilé Printemps/Eté 2008 pour qu’éclate au grand jour toute la créativité du designer… Les Daft Punk à la composition de la bande son, et des modèles habillées en infirmière imposent définitivement le nom Louis Vuitton dans le prêt-à-porter.  Marc Jacobs est lui-même métamorphosé : plus sûr de lui, il introduit une nouvelle féminité dans ce qui commence à être un défilé mise en scène.

Dès 2011, la cour carrée du Louvre devient le terrain d’expérimentation des fantaisies de Marc Jacobs. Sous couvert de l’héritage fantastique du malletier, voilà que le designer signe une ribambelle de défilés spectacle aux allures de superproduction – ambiance cabaret et « tigres » sur le podium en 2011… Les suivants se déroulent dans un décor à l’atmosphère décadente, très années folles tout emprunt de référence Asiatique. Et les silhouettes se montrent sous un nouveau jour. « Pour moi, un défilé sert surtout à donner une certaine aura, un certain prestige à la marque… » affirme-t-il. « Un peu funk, un peu trash, un peu chic » des mots mêmes du directeur artistique, les défilés Louis Vuitton deviennent des évènements immanquables – il faut dire que tout y est suggestif et suggéré ; difficile de cerner là où Marc Jacobs veut emporter son public. Une chose est certaine, il y a beaucoup de mystère dans ces mises en scènes spectaculaires. Louis Vuitton devient une machine à rêves. Pour l’hiver 2011, le designer métamorphose la cour carrée du Musée du Louvre en hall d’hôtel d’un autre temps, où des ascenseurs à claire-voie délivrent nombres de personnages. Clou du spectacle : une Kate Moss en espionne fumant sur le catwalk.

            En 2013, le défilé Printemps/Eté donne l’occasion de s’associer avec Daniel Buren pour réinventer l’iconique motif damier. Mais s’il faut retenir un seul de tous les défilés Marc Jacobs pour Louis Vuitton, c’est bel et bien celui de l’Automne/ Hiver 2012 qui reste dans les annales. On parle de huit millions de dollars de budget – la raison ? Une gare d’antan reconstituée dans la cour carrée du Louvre, une horloge antique signée Louis Vuitton, une grille coulisse et soudain, dans un halo de fumée, c’est une véritable locomotive bleu style 1900 qui siffle et annonce son entrée en gare. Le train « a été fabriqué rien que pour nous » confie alors Marc Jacobs, « nous avons commencé à travailler sur son design il y a cinq mois ».  Depuis son arrivée à la tête de la création, Nicolas Ghesquière renoue, lui, littéralement avec l’idée de voyage puisque c’est aux quatre coins du monde qu’il emporte son public. Rio de Janeiro, la place du Palais de Monaco, Palm Springs, Niterói, et plus récemment Kyoto

Le Magasin Louis Vuitton, Une Vitrine Symbolique

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‘Les magasins deviendront des musées’ – cette prédiction, on la doit au Nosferatus de l’art et de la pop culture, Andy Warhol. Et quand on voit la merveille qu’est le magasin Louis Vuitton des Champs-Elysées, on se dit qu’il était loin d’avoir tort. Londres, New York, Jakarta, Hong Kong et bien d’autres, si le malletier est éminemment présent aux quatre coins du monde avec ses 346 magasins, c’est à Paris, fief de la griffe, que le monde peut justement s’émerveiller de ses multiples talents. Louis Vuitton est une maison particulière, centenaire et toujours là où on ne l’attend pas. Forte d’une créativité sans interdit, transdisciplinaire, Louis Vuitton a pris ses quartiers au 101 de l’Avenue des Champs-Elysées – depuis 2005 et une rénovation gargantuesque. Le résultat est tout aussi impressionnant : une sorte de cathédrale Vuittonesque ainsi étendue sur 1800 m2. Eric Carlson et Peter Morino ont bâtit un espace de 4 niveaux sur un unique étage, tout fait de pentes douces et de jeu de miroir si aiguisés qu’ils font littéralement tourner la tête du client. Tous les weekend, c’est une longue file d’attente mêlant curieux et clientèles venues du monde entier qui se forme devant les portes de la boutique – ironie de l’histoire, celle-ci se plante en face de l’emplacement du magasin fondé en 1914 au numéro 70 de l’Avenue des Champs-Elysées.

            Mais le flagship du 101 n’a rien de la boutique d’antan. De la maroquinerie à la joaillerie, en passant par le prêt-à-porter, les petits précis de papeterie façon Vuitton, la librairie, l’espace est conçu autour d’une architecture d’avant-garde offrant une gamme de produits quasi-illimitée. Il faut dire que les liens qu’entretient Louis Vuitton avec le monde de l’art n’ont jamais semblé si fort qu’aujourd’hui. L’art est totalement ancré dans l’architecture de ce shop mirobolant :  Olafur Eliasson et son ascenseur ‘Perte des Sens’, James Turell et ses sculptures lumineuses modulaires, Tim White-Sobieski et son spectaculaire ‘escalier mobile’ de 20 mètres équipés de vastes panneaux de fibres optiques… Tout semble en si parfaite harmonie avec l’univers Vuitton, que le Monogram, tantôt logo, tantôt toile, se voit donner une place d’honneur. La malle devient ici une toile architecturale qui change au gré des envies du moment.

             Au 101, avenue des Champs-Élysées, on s’assoit au comptoir du Bag’s Bar, on se perche aux étages pour voir des expositions dans l’espace d’expression culturelle… « Cette maison des Champs-Élysées est un phare d’attraction » observait l’ex-président Yves Carcelle. « Louis Vuitton s’est toujours situé au sommet de la création. Si, plus d’un siècle plus tard, la Maison reste à la tête de la mode, c’est grâce à la mise en valeur de notre héritage tout en continuant à anticiper les tendances à venir » souligne ainsi Michael Burke, actuel président-directeur général de Louis Vuitton. Et il est vrai qu’il n’existe magasin pareil à celui-ci ; un flagship débordant de créativité, offrant bien plus qu’un endroit où acquérir les dernières pièces de Nicolas Ghesquière, puisqu’il délivre une expérience hors du commun. 

Le Malletage, L’Allégorie de Louis Vuitton

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C’est à ses 14 ans que Louis Vuitton noue avec Paris et sa destiné lorsqu’il est engagé comme apprenti layetier-emballeur. Le jeune homme se trouve alors dans l’épicentre d’un Paris emprunt aux transformations, aux changements et au progrès technique : la révolution industrielle se dessine en ce milieu du XIXe siècle. En 1837, la première ligne de chemin de fer Française est inaugurée. Dès lors, Louis Vuitton comprend que son talent peut s’aligner à l’ère du voyage qui se profile à l’horizon – en 1854, au numéro 4 de la rue des Capucines, il fonde son entreprise de bagages. Il repère très vite ce qui doit être changé dans la façon de transporter les biens, souvent les plus précieux. D’abord, ces malles standardisées et bombées ; puis, cette matière…  Une matière qui en plus de manquer de pratique, manque cruellement d’esthétique – à son sens, c’est là le point d’ancrage de sa révolution. Jusqu’ici, les malles étaient composées à partir d’une grossière peau de truie adjointe à des soies extérieures pour empêcher la pluie d’en pénétrer les pores. Mais il arrive souvent que l’odeur nauséabonde du cuir imprègne les pièces emballées. En 1856, il lance un nouveau procédé : il pense à utiliser une toile en la collant sur le bois et expérimente une nouvelle approche du malletage. Louis Vuitton réalise là une malle en peuplier cerclée de bois et de fer noir, au couvercle plat. Mieux, l’artiste pense à habiller la toile d’une couleur qu’il veut ravissante : ce sera gris clair, le fameux gris dit ‘Trianon’. « Principe qui devait, quelque cinquante ans plus tard, trouver un très légitime succès dans la construction des aéroplanes » analyse son fils Gaston.

            Cette malle est révolutionnaire à bien des égards – il est question ici d’une maîtrise et d’un savoir-faire acquis avec le temps et l’observation. Ainsi, les malles Louis Vuitton ont cela de majestueux qu’elles se plient au moindre désir d’inventivité des clients, ou des directeurs artistiques de la griffe. Le malletage Vuitton se pense ainsi : un volume très grand ; un poids quasi-inexistant qui permet la fixation des charnières et de la mythique serrure incrochetable. Il y a ensuite le fameux habillage – une toile fixé au fût par une colle à base de farine de seigle : il assure une adhésion à toute épreuve… Louis aime ainsi à préciser à ses clients curieux d’en comprendre les avantages, que le cerclage en métal et le ceinturage en bois protègent le tissu pour des années. Le succès est immédiat. Louis Vuitton déplace ses ateliers à Asnières, où, après avoir jeté les prémices du bagage moderne, il va s’employer à le transformer en produit de luxe.

            Aussi, le mythique motif Monogram inventé en 1888 par son fils Georges s’accompagne d’une nouvelle invention dans l’histoire du malletage : une nouvelle toile, plus moderne encore… La toile enduite, imaginée en 1896, qui met fin à l’époque des motifs Damier, déjà très copiés, et éclipse la toile rayée ! La toile enduite, souple et légère, se pense dans un effet grainé résistant à l’eau et aux éraflures. La qualité est irréprochable et le malletage devient iconique – un statut confirmé par nombres d’anecdotes aussi rocambolesques que probablement vraies… A l’instar d’Ernest Hemingway qui oublia des années durant une de ses caisses au Ritz. Conservée dans les sous-sols du palace, elle lui ait rappelé des années plus tard : à l’intérieur, le manuscrit de Paris est une fête… Pour célébrer le centenaire du malletage en 1996, Louis Vuitton décide justement de marquer les esprits en laissant sept stylistes créer librement des objets autour du malletage le plus emblématique de la griffe, la toile Monogramme. Récemment, c’est Nicolas Ghesquière qui reprend le flambeau et innove en inaugurant une nouvelle création Vuitton : une petite-malle aux allures de minaudière, riche de héritage Louis Vuitton… Là aussi, une doublure en cuir d’agneau, des ornements imitation or, une serrure magnétique et une signature rendant hommage à l’intérêt même de Louis Vuitton – le voyage et l’exploration, comme la griffe du voyageur Albert Kahn. « Nous sommes dans le mouvement. Rien ne sort des mains d’un compagnon qui ne puisse être aisément transporté » rappelle tendrement Patrick Louis Vuitton, représentant de la cinquième génération.

Le Monogram, Logo Emblématique de Louis Vuitton

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Le Logo emblématique de Louis Vuitton remonte aux origines mêmes de la maison. C’est en 1896 que l’une des signatures les plus convoitées de la planète voit le jour – Georges Vuitton, fils de Louis, prend alors la relève de son père tout juste décédé. Pour lui rendre hommage, le malletier imagine une toile monogramme signée LV à la fois souple et solide. Bien évidemment la toile incarne les valeurs de la manufacture du 4 rue des Capucines : innovation, voyage, expérience des différentes culture, durabilité, solidité et luxe à la Française… Le motif Monogram est ainsi la combinaison idéale entre classique et modernité, esthétique Français et universel mais surtout entre l’éphémère et l’intemporel. Les initiales de Louis Vuitton et les fleurs sont aujourd’hui les signatures omniprésentes de la maison. Ainsi, lorsqu’il s’agit de remonter le fil des inspirations ayant mené au graphisme si particulier du logo Louis Vuitton, les experts suggèrent plusieurs hypothèses. Les lignes des motifs floraux sont un tel mystère que certains racontent qu’elles sont inspirées de détails architecturaux d’anciens bâtiments pareils aux églises… D’autres évoquent le carrelage de la cuisine de la maison familiale à Asnières… Certains encore pensent que ces motifs floraux sont un clin d’oeil aux blasons de l’ancienne noblesse Japonaise. Car oui, Louis Vuitton était lui-même fasciné par le Japon. L’imprimé Monogram se veut ainsi la rencontre parfaite entre les trois grands arts de l’humanité, le gothique, le contemporain et l’art Japonais.

            Mais le Monogram prit pour logo est aussi à lier à l’exigence d’authenticité de l’époque – la contrefaçon se faisant grandissante, Georges Vuitton a l’idée de signer du nom de son père l’oeuvre dont il est le dépositaire. Ainsi de la même manière qu’un monogramme est la signature par laquelle un artiste authentifie son œuvre, le logo Louis Vuitton s’ancre dans d’une tradition séculaire. Et dès le début de l’ère Vuitton, le Monogram se plait à être transformer. Paul Poiret, grand couturier du XXe siècle, est par exemple un fidèle client du malletier. Il fait ainsi fabriquer des malles pour les créations de sa maison de couture et, pour les reconnaître au premier coup d’œil, il demande à ce qu’on y appose un rébus : un pois et des raies, pour ‘Poiret’. Dès lors le logo s’amuse des matériaux, des formes et des combinaisons, et jamais la manufacture Vuitton ne cesse de réinventer ce sceau simple et épuré synonyme de rareté et de luxe. En 2014, la célébration du 160e anniversaire de la maison ouvre sur un projet baptisé « Célébrer le Monogram ». L’idée est aussi simple qu’amusante : inviter six des pionniers de la conception à interpréter l’intemporelle estampille LV, pour une nouvelle série de sacs .

Marc Jacobs a d’ailleurs longtemps réinterprété, fardé et détourné le logo avec des artistes comme Murakami, Sprouse, Kusama. « Ah, le Monogram, ce fut mon obsession et mon cher souci pendant longtemps ! Quand M. Arnault m’a confié la direction artistique de Vuitton, je trouvais que jouer avec le LV aurait été trop attendu, qu’il fallait commencer ailleurs. Mais en même temps, comme Mickey Mouse, Monna Lisa ou la tour Eiffel, le Monogram avait cette dimension d’icône mondiale » indique l’intéressé. Pour lui « La moustache sur Monna Lisa, c’est le graffiti sur le Monogram » – durant ses années à la tête de la direction artistique de la maison, l’Américain n’a eut de cesse de mettre en exergue l’évidence du logo emblématique de Louis Vuitton en le confrontant à la postmodernité. « Ma deuxième histoire liée au Monogram est elle aussi artistique. Je visitais un jour l’appartement de Charlotte Gainsbourg à Paris, et j’ai vu dans un coin une malle Vuitton peinte en noir par son père, Serge. J’ai eu un flash. Et j’ai commencé notre travail de réappropriation du Monogram avec Stephen. » Plus récemment, c’est Kim Jones qui a donné une toute nouvelle dimension au logo en s’associant avec la marque la plus hype du moment ; Supreme et Louis Vuitton pour la collection Automne/Hiver 2017 . Une collection qui restera dans les annales.

 

 

 

Le Monogram de Louis Vuitton en Quelques Dates

 

1889 : Pour faire face à la contrefaçon de ses produits, Louis Vuitton inscrit dans son emblématique motif Damier la signature “marque L. Vuitton déposée”.

1896 : La solution se révèle insuffisante et le fils de Vuitton, Georges, inspiré par le “japonisme” de l’époque cictorienne crée ce motif unique avec fleurs et symboles géométriques avec les initiales LV. La légende est née.

18971905 : Le Monogram est enregistré et breveté et après l’immense succès aux foires de Paris et Chicago, Louis Vuitton devient lui-même une marque enregistrée.

1901 : Le sac Steamer est né. Dans sa forme originale il ne présente pas le Monogram LV mais bientôt le code emblématique sera adopté.

1930 : Naît le sac Keepall : cet accessoire est créé comme sac à main et présente autant le Damier que le Monogram.

1930 : Le sac Alma est créé tant avec le Damier que le Monogram. Selon la légende, le sac a été commandé personnellement à LV par Coco Chanel.

1932 : Le sac Noé est né : originalement en simple cuir, plus tard avec l’emblématique Monogram.

1959 : LV met au point une nouvelle toile enduite souple à base de lin, de coton et de PVC : les matériaux que nous connaissons aujourd’hui.

1965 : Audrey Hepburn exige une version mini de son Keepall : le sac Speedy est né. Jackie Kennedy devient l’une de ses premières admiratrices.

1997 : Marc Jacobs lance la collection Vernis : le Monogram et ses matériaux sont repensés.

2001 : Stephen Sprouse est invité à créer les lignes des sacs Monogram bag Graffiti and Roses.

2003 : Takashi Murakami crée le Monogram Multicolor et le Monogram Cerise.

2005 : Le Monogram est cousu sur tissu Denim pour le Denim Monogram.

2008 : Richard Prince crée les Speedy Aquarelle et Watercolor: une réinterprétation radicale du Monogram.

2008 : Le motif Monogramouflage est né.

2010 : L’Empreinte Monogram est lancée et la collection Mini Lin présente le Monogram Idylle sur toile.

2011 – 2012 : Pour les collections Printemps/été 2011 et 2012 les motifs Orientaux avec fleurs et formes géométriques du Monogram sont un must même sur les robes pour les lignes de prêt-à-porter.

2012 : Yayoi Kusama crée la collection Infinitely Kusama et le Monogram est encore réinterprété.

2010 – 2017 : Avec les lignes Tambour Monogram Louis Vuitton porte le Monogram dans le monde des montres. En 2017, le modèle Horizon est la première montre intelligente avec le Monogram.

2017 : LV crée la collection emblématique de sacs à main signée par Jeff Koons. Le Monogram, naturellement, est encore là.

Les Icônes Féminines de la Maison Vuitton

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Si le patrimoine Louis Vuitton est indéniablement gravé dans la qualité de ses pièces malletières, il l’est tout autant incarné dans les traits de plus d’une icônes féminines. La première d’entre elles est l’Impératrice Eugénie. En 1854, l’épouse de Louis Napoléon Bonaparte charge en effet Louis Vuitton de confectionner ses bagages personnels…  Un siècle plus tard, la réputation du malletier est intacte et, les nouvelles figures de l’aristocratie ne tardent à se lier à la maison. En fait, posséder une malle Louis Vuitton devient même le signe d’appartenance à cette catégorie sociale. Ainsi, les malles réalisées pour des stars comme Greta Garbo, Katherine Hepburn, Elizabeth Taylor, Lauren Bacall, ou encore pour la cantatrice Mary Garden, sont autant de pièces rappelant l’attachement de la manufacture aux icônes féminines.

Ainsi, lorsque Louis Vuitton devient le fer de lance du géant LVMH à l’aube des années 90, c’est vers le prêt-à-porter féminin que le étant décide de se tourner dans un premier temps. Un prêt-à-porter alors initier par l’Américain Marc Jacobs. Et dès son arrivée en 1997, le designer ne tarde pas à imprégner la maison de l’aura de ses muses toutes choisies. Parmi elles, on compte évidemment celles qui ont initié l’expression même de top model : Naomi Campbell et Kate Moss. De celle-ci, Marc Jacobs dit d’ailleurs qu’elle est « la muse d’une génération. Elle définit un temps, un sentiment qui fait aujourd’hui partie de l’histoire. » Et l’histoire justement, Kate Moss l’a marqué lors d’un défilé spectaculaire réalisé pour l’Automne/Hiver 2011 – la brindille clôt alors le show fardée en espionne, une cigarette des plus altière à la main.

            Mais les muses de Jacobs ne sont pas toutes liées à la mode ; les actrices aussi prêtent volontiers leur charisme au malletier devenu couturier, comme à l’époque. Uma Thurman, Scarlett Johansson et Angelina Jolie comptent parmi les fidèles et les visages des campagnes Louis Vuitton. Et c’est la série de 2008 réalisée par Annie Leibovitz qui capture toute les icônes féminines de la maison. Laetitia Casta, Catherine Deneuve, Madonna, et Sofia Coppola… « J’ai rencontré Sofia Coppola en 1992. Sofia a été l’une des rares à reconnaître quelque chose de spécial et se lier à ce que je faisais à ce moment-là. Elle voulait me rencontrer, et quand nous l’avons fait, ce fut un coup de foudre pour moi! » confie Marc Jacobs. En 2009, l’amitié entre les deux va, par hasard, se concrétiser dans un sac éponyme. Lors d’une visite dans les ateliers historiques de Louis Vuitton à Asnières, et alors que Sofia Coppola a l’intention de passer une commande spéciale, elle n’imagine pas inspirer au directeur artistique un modèle très personnel. Le sac SC est ainsi né comme la rencontre impromptue entre une réalisatrice et une silhouette de sac plus qu’iconique – le résultat : un modèle phare de la maison composé en cuir de veau cachemire subtilement grainé.

Avec l’arrivée de Nicolas Ghesquière, la maison se comprend désormais comme une griffe ultra-contemporaine dotée d’un fort patrimoine… Et les icônes féminines s’en trouvent quelque peu changées : « La femme que j’ai imaginée s’est assouplie […] Il n’y a pas une femme, il y en a cent, il y en a mille. D’ailleurs, les campagnes LV mettent en scène des femmes très différentes les unes des autres. Mais c’est vrai que, à mes yeux, elle aura toujours un peu de Charlotte Gainsbourg, un peu de Jennifer Connelly et aussi un peu de Delphine Arnault. » Les femmes-icônes de Louis Vuitton sont alors des femmes fortes, multi-facettes et carrément rebelles. Des exemples? « Dominique Gonzalez-Foerster, mon héroïne de science-fiction » déclare l’actuel directeur artistique ; et l’on peut ajouter Doona Bae, Hélène Fillières, Brit Marling ou encore Rinko Kikuchi… Le fil rouge de ces femmes entendues comme des héroïnes, le sphinx Catherine Deneuve, fidèle parmi les fidèles des femmes exemplaires.

Le Damier, la Toile Exclusive de Louis Vuitton

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En 1889, tout Paris s’affaire et bouillonne à l’approche de l’Exposition Universelle qui se tient cette année-là entre le 5 mai et le 31 octobre. C’est que, celle-ci est particulière – pour le centenaire de la Révolution Française, on promet en effet aux Parisiens et aux visiteurs une nouveauté sans pareille : une construction toute de fer trônant sur un Paris sublimé par l’Art Nouveau. Et, c’est dans ce contexte que Georges Vuitton, fils de Louis, imagine un imprimé plus complexe encore que la toile rayée : une toile à damier où est inscrite, ou plutôt ancrée la signature “L. Vuitton, marque déposée“. Aussi ancienne que la Tour Eiffel, la toile à damier est elle aussi née de cette période de grande créativité.

Il faut dire que déjà la France et ses prouesses techniques et esthétiques font l’objet de nombres de convoitises. Prenons les pièces du malletier Louis Vuitton – s’il nous apparaît aujourd’hui évident que la contrefaçon va de paire avec cette maison, cette relation tumultueuse a en fait début dès la fin du XIXe siècle. Ainsi, lorsque l’héritier de la griffe imagine la toile à damier, c’est pour tuer dans l’oeuf l’imposteur : cette toile à motifs différents fut donc imaginée afin de distinguer la griffe, de la protéger, mais aussi et surtout pour permettre de distinguer les malles Louis Vuitton d’un seul coup d’œil. Plus tard, la maison développe d’ailleurs une serrure incrochetable, qu’une seule et unique clé peut ouvrir.

À la fois solide et souple et totalement imperméable, la toile damier est d’abord tissée – ce n’est qu’avec l’apparition des toiles enduites que le damier devient véritablement un imprimé. Il conserve ainsi en trompe l’oeil l’aspect d’un tissage de nattes permettant l’apparition rythmique de la fameuse inscription qui scelle la marque déposée. Devenu un code exclusif de Louis Vuitton au même titre que le monogramme, le damier illustre la grande force de l’empire : le caractère visionnaire qui habite le fondateur et ces nombreux successeurs. Pourtant, en 1896, la maison cesse la production de la toile Damier ; ce n’est qu’en 1996, 100 ans après, que le malletier renoue avec sa griffe avec l’arrivée de Marc Jacobs. Dès lors, la toile est réintroduite dans les collections sous le nom de ‘Damier Ébène’ – le succès est aussi immédiat que sensationnel. Nombres de toiles damiers  furent depuis imaginées : Damier Azur, Damier Graphite pour le 120ème anniversaire de la toile, le Damier Infini en cuir embossé, ou encore le Damier Aventure…

En 2001, après les attentats du 11 Septembre, Marc Jacobs décident de repeindre la mythique toile à damiers – le coloriste Japonais Takashi Murakami la repeint ; c’est un triomphe. 2013, la maison signe ainsi une collection hommage à sa toile iconique – c’est avec la collaboration de Daniel Buren pour la scénographie que Marc Jacobs lance sur le podium une myriade de pièces à la géométrie spectaculaire, vivement calquée sur le damier. Le directeur artistique d’alors pense le damier comme « un motif en mouvement, un rythme, une équation mathématique, une sorte de mouvement et de changement perpétuel. »  Depuis, c’est Nicolas Ghesquière qui se trouve aux commandes de la création Louis Vuitton. Et, pour la saison Printemps/Eté 2017, il réinvente une fois de plus le mythique assemblage damier dans d’une robe plus qu’avant-gardiste. Une preuve, s’il en faut, de l’inépuisable évidence de  la toile à damier depuis devenue le motif iconique des créations du 101 Avenue des Champs-Élysées.

 

Le motif Damier de Louis Vuitton en quelques dates

1888 : Après les tissus Trianon et Rayé Louis Vuitton donne vie à sa dernière création juste avant sa mort : le Damier motif beige et marron. Ce n’est pas seulement un choix esthétique, mais aussi un coup contre la contrefaçon. En effet, dans les carrés beiges, il fait imprimer la phrase “L. Vuitton marque déposée”. Simultanément au motif beige et marron, Vuitton expérimente aussi motif plus rare : le Damier rouge (points rouges foncés sur fond marron foncé) et un en gris-noir.

1889 : Le motif Damier devient une icône pendant L’Exposition universelle de Paris.

1996 : Presque cent ans après la naissance du motif Damier, il est à nouveau présentée sur le sacs et les malles comme Damier Ebène.

19982002 : L’édition limitée Damier Motif Vernis Cabaret Club est née. Elle sera produite en deux variantes : la noire et l’Amarante.

2006 : Inspiré des couleurs de la Côte d’Azur, LV crée le Damier Azur.

2007 : Le Neverfull, traditionnellement produit avec le LV Monogram, présente pour la première fois les motifs Damiers Azur et Ebène.

2008 : Exactement 120 ans après la naissance du Damier, Louis Vuitton lance le motif Damier Graphite, dédié aux lignes masculines.

2011 : Louis Vuitton lance la première version du motif Damier en cuir avec relief nommé Damier Infini.

2012 : Louis Vuitton crée deux lignes sportives en nylon Damier motif : Damier Challenge et Damier Aventure.

2013 : Marc Jacobs et Daniel Buren font un changement révolutionnaire  en portant les motifs Damiers sur les robes pour la collection Prêt-à-Porter Printemps/été.

2013 : Le Damier devient un must pour les vitrines et les magasins phares de Louis Vuitton.

2014 : Le sac Petite Malle est lancé : une version Damier ne pouvait pas manquer.

2014 : LV lance le Damier Cobalt, une ligne dédiée aux hommes.

2014 : Le palais de la Fondation Louis Vuitton adopte le motif Damier.

2014 : Un nouveau choix révolutionnaire : le motif Damier figure dans une grande variété de couleurs avec Damier Couleurs.

2015 : LV crée une édition limitée du Damier inspirée des oeuvres de l’artiste Christopher Nemeth.

2017 : Le Damier est encore protagoniste dans la collection Prêt-à-Porter Printemps/été.

2017 : Le motif Damier Tahitien est né.

 

Le Cuir Epi, la Griffe Emblématique de Louis Vuitton

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Fondée en 1854, la maison Louis Vuitton est littéralement née par et pour le voyage. Dans un monde où les progrès techniques permettent enfin de relier les quatre coins de planète, un certain Georges Vuitton voit l’intérêt grandissant de ces contemporains pour les nouveaux moyens de transport. Ni une ni deux, le voici qui s’intéresse de près à la vie nomade et, fait de sa spécialité les caissons de transport. C’est par exemple le Steamer-Bag, ce sac de bord imaginé par la maison pour se plier et se déplier sur un paquebot, une voiture ou un chemin de fer. Il est vrai que les pièces du malletier Louis Vuitton facilitent avec un chic démesuré le concept de bagage. Tout le monde connait ainsi la malle Vuitton – mais combien savent que celle-ci tient toute sa renommée en ce qu’elle fut la première à s’adapter à ce moyen de transport révolutionnaire qu’était alors la voiture ? Mieux, l’entreprise Vuitton est si attachée à révolutionner elle-même la bagagerie qu’elle tient à innover dans tous les domaines : les objets Vuitton ont une optimisation particulière, mais surtout une matière particulière. Le cuir épi est ainsi né en 1920 lorsque Georges Vuitton et son fils Gaston-Louis ont l’idée de retranscrire sur une matière plus que résistante l’ondoyance des champs de blé sous le soleil. Sophistiqué, robuste, inrayable, le cuir épi se définit alors comme un cuir gravé  imprimé par deux bains procédant ainsi à une différence de tons entre la couche profonde et celle de surface.

C’est en 1926 que le cuir épi est utilisé pour la première fois. Aimant à réaliser des commandes spéciales, tout en prônant le goût du sur-mesure, Louis Vuitton a ici composé une pièce depuis devenue mythique. La tea-case du Maharaja est en effet le tout premier object confectionné à partir du cuir épi – dès lors ce cuir n’a cessé d’être utilisé pour sa beauté, et sa capacité à épouser les couleurs les plus ardentes. La réputation de la maison est faite et, Louis Vuitton est mondialement reconnu pour être le malletier le plus doué et le plus innovant. Aujourd’hui encore, la philosophie de la confection Vuitton est la même : « La concentration n’a pour complice que la précision du geste : découper finement les arrêts, brunir une tranche, comme piquer au fil enduit de cire d’abeille pour que celui-ci se rétracte peu. Combat de quelques millimètres parfois qui peuvent tout remettre en question. A l’ombre des machines à coudre ; les doigts se préparent, parlent, marquent leur avancée, avec une alène faite pour percer les points en biais… De fil en aiguille, la mémoire se transmet, à la lumière de l’expérience et des secrets. » En 1930, le grand chef d’orchestre Américain Leopold Stokowski commande ainsi un secrétaire-bureau fait en cuir épi.

Depuis, le cuir épi a signé nombre de sacs iconiques – en 1985, il devient l’épithète de sa propre ligne. La ligne Epi se veut l’expression d’un design vigoureux et rassurant. Et, à partir de ce cuir grenu et résistant, le succès ne pouvait être que durable. Lorsque Nicolas Ghesquière prend la direction artistique de la maison en 2014, c’est donc pour offrir une toute autre vision du cuir épi. Sa collection inaugurale fait la part belle à la matière quand, toute l’attention est retenue par cette Nano  Malle . Quand les manteaux se font aussi robustes et nobles que la peau tannée des bagages mythiques, c’est la malle Vuitton, emblème visionnaire, qui se pense dans une version inédite entre minaudière et petit coffre à trésor. Sublime alliance d’un savoir-faire ancestral et de l’audace Ghesquière, la Nano Malle en cuir épi se veut la réponse aux nouveaux besoins de nomadisme tout en légèreté. Et, depuis sa création, l’icône est évidemment de tous les plus beaux looks et tapis rouge !