Les Indémodables Tropéziennes

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L’idée vint à l’imagination de Domique Rondini, bottier toscan venu ouvrir un atelier de cordonnerie dans la cité du bailli de Suffren, dans le village de Saint-Tropez. Nous sommes en 1927 et au début de la décennie, un homme – Monsieur Robert, a remis à la mode la spartiate, cette « sandale grecque » dont il a copié l’allure et les mesures sur une antique statue. Il la nommeTropézienne. Entièrement plate, toute de cuir, sobre, souple et robuste, la sandale est faite pour résister à l’eau et au sel. Ainsi en 1927, Rondini ouvrit son atelier et une boutique de sandales pour y fabriquer pièce par pièce sa tropézienne – c’est aujourd’hui toujours la seule boutique.

Aujourd’hui tout se passe encore comme hier : c’est dans l’atelier, situé dans l’arrière boutique, que la famille Rondini pense et produit ses tropéziennes. La sandale originelle n’a pas de boucle sur l’arrière, et ce afin de ne pas « gâcher la ligne ». Au fil des générations, la maison Rondini a élargi son offre à une trentaine de modèles. Ils restent des artisans, loin du tumulte créatif des businessmen. Dans les premiers temps, Domique Rondini ne présente à la vente qu’un unique modèle, fait à la main. Il attire l’oeil de Colette et celui de Marlène Dietrich. De ce cuir naturel se dégage comme un chic décontracté et libre. Une french touch, faite à partir de cuirs français tannés à l’écorce de chêne.

En 1933, une autre marque prend ses marques à Saint-Tropez et tombe sous le charme de la tropézienne : K. Jacques stylise alors la sandale. Les deux maisons ne sont pas pour autant rivales : la famille Keklikian collabore avec Karl Lagerfeld, Isabel Marant ou encore Vanessa Bruno, parfois avec réticence, optant pour un ancrage mode et tendance, tandis que la famille Rondini préfère s’inscrire dans la tradition. Il faut d’ailleurs attendre le fils de Dominique Rondini – Serge – pour voir s’agrandir la gamme : les lignes se travaillent alors à mesure que les Indes, l’Egypte, le Sahara et Capri les inspirent. Tandis que K. Jacques est plébiscité dans les années 30 par des artistes, des personnalités et des politiques, pour ces 20 à 30 modèles annuels, la famille Keklikian poursuit sa découverte de nouvelles couleurs, l’usage d’autres matières comme le veau ou le python ; tout en même temps qu’elle prend soin de garder l’essence fonctionnelle de la sandale. Et c’est dans ce style épuré où l’on trouve le secret de longévité de la simplissime chaussure. Vues aux pieds de Kate Moss ou d’Inès de la Fressange, une chose est certaine : il y aura toujours des tropéziennes.

Le Chapeau Virginie De La Maison Michel

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Imaginer des modèles qui mettent les femmes en valeur ; telle est la philosophie de celle qui est à la tête de la création des chapeaux Maison Michel depuis 2006. La maison, et peu le savent, existe depuis 1936 – c ‘est à Auguste Michel que l’on doit la fondation de la chapellerie. Depuis, Chanel a repris la manufacture, faisant ainsi entrer son savoir-faire parmi les 11 ateliers des Métiers d’art de la maison de la rue Cambon. Et c’est justement là, depuis son bureau, que Laetitia Crahay use de son univers surréaliste pour imaginer des couvre-chefs faisant sensation, mais tout en discrétion. Tout l’attrait des chapeaux Maison Michel réside dans cette équation : ils allurent d’une l’élégance toute parisienne, donnent du style à la silhouette, ponctuant ainsi la femme d’une virgule toute aristocratique. Le processus de fabrication est quasiment identique à celui employé par Auguste Michel : cela débute par une pièce apprêtée avec une gomme arabique, pour lui donner une meilleure tenue : le feutre est une pâte à modeler. Puis, la modiste la place sous une cloche à vapeur pour l’assouplir et la rendre plus malléable. Très rapidement, et avec une impressionnante dextérité, elle la sculpte sur une forme, faite comme un moule en bois de tilleul ; un second passage sous vapeur, et la chapelière replace le feutre sur la matrice, l’étirant pour préparer les bords et discipliner la calotte. La matière sera ensuite fermement bloquée sur le bois par des ficelles ; maintenue par un jonc en osier, mouillée sur sa partie voutée, le  chapeau est à présent dressé dans sa forme finale.

En huit décennies d’existence, Maison Michel a réuni un répertoire large de 4000 formes. Autant de styles de chapeaux dont Laetitia Crahay se sert pour obtenir la proportion parfaite de ses couvre-chefs. Car, si Laetitia Crahay chérit l’héritage de la maison, elle n’en demeure pas moins détachée pour créer. Preuve en est s’il en faut, le Virginie – parfaite combinaison entre ce savoir-faire et ses aspirations contemporaines – est l’icône de la maison avec sa calotte en forme de virgule initiée en 2007 par la chapelière. La créativité de celle qui aussi dessine les accessoires de Chanel l’amène à composer le Virginie dans un jeu de textures : en feutre de lapin, de castor, enveloppé de cuir ou en paille tissée à la main, le chapeau se pare tantôt de couleurs sages, tantôt de teintes plus éclatantes. Il est à mi-chemin entre le tribly et la capeline  – ses bords larges, légèrement tombants, entourent de mystère la belle qui le pare tant il devient impossible de croiser directement son regard… L’instigatrice de cette aura très énigmatique, finalement un peu surnaturelle, c’est Virginie Viard, le bras droit de Karl Lagerfeld depuis 30 ans, une grande amie de Laetitia Crahay.

Le Défilé Burberry Homme et ses Écharpes

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La collection, le directeur artistique de Burberry, Christopher Bailey choisiT de la titrer « Classically Bohemian ». Il faut dire que le directeur artistique est depuis longtemps épris de la façon dont les bohèmes jouent avec les classiques ; mais lorsqu’il s’agit d’introduire cet air-de-rien dans l’héritage Burberry, le designer pioche dans les cultures lointaines, et les traditions populaires. Et c’est ainsi que, sans écorner la tradition du géant Burberry, la gamme de couleurs égraine des nuances d’ailleurs quand les motifs cachemire et les micromiroirs à l’indienne composent le vestiaire idéal de l’homme du XXIe siècle.

Mieux, si Bailey décide de capturer la nature dans des tentures épaisses, c’est pour laisser l’homme Burberry se draper dans des ponchos ou d’énormes châles frangés. Une ligne « décorative et libre », selon ses propres mots. Des écharpes monogrammées donc, introduites à la vente immédiatement après le défilé. Et c’est une première ! La collection Clasically Bohemian ouvre ainsi la voie au runway made to order, avec le détachement et l’élégance des nomades Burberry, qui ne s’échappent sans écharpe pour les lointaines contrées. 

« Le Brillant » à Paris

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Le 26 septembre, Delvaux a inauguré sa boutique  au 151-154 Galerie Valois, ancienne demeure des graveurs des Rois de France. La marque, crée en 1829,  a de nouveau fait appel à Martine Feipel et Jean Bechameil déjà présents lors de la rénovation de sa boutique historique des Galeries de la Reine à Bruxelles. Ainsi le couple de plasticiens luxembourgeois s’est inspiré de l’essence même de la maison pour créer un décor classique et contemporain, en liant armoiries, sceaux, cires héraldiques, mosaïques,  et l’escalier de l’atelier des frères Lumière et à un mobilier minimaliste et frais.

C’est à l’Exposition Universelle de 1958 que Delvaux marque les esprits avec « Le Brillant » créé par la styliste Paule Goethals. Ce sac, moderne par sa forme trapèze et ses courbes nettes, devient rapidement un classique de la marque qui ne cesse de le détourner. Sa taille, sa couleur et sa matière changent au fil des collections.

Cette année, en référence à l’exposition sur le peintre belge René Magritte au Art Institute of Chicago, Delvaux collabore avec Barneys New York pour la collection « Les Humeurs de Brillant ». Le sac iconique y est décliné en neuf modèles représentants les valeurs de la marque et son attachement profond à son pays et son patrimoine.

Moynat x Pharrell : une Belle Histoire d’ObjetS

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Comme des Garçons, Louis Vuitton, Adidas… Depuis longtemps déjà les collaborations s’enchaînent pour Pharrell. Des collaborations où carte blanche fut donnée à l’artiste pour imaginer le design très racé de pièces hautement désirables. Dernière en date, la collaboration « Moynat x Pharrell » tiendra les mêmes promesses. Dès le 20 octobre prochain, c’est le plus hype des magasins Parisiens qui servira d’écrin à la collection capsule. Il faut dire que sans Sarah Andelman, directrice créative et directrice des achats chez Colette, la ligne n’aurait pu voir le jour. C’est elle, en effet, qui présenta le chanteur à Ramesh Nair, le directeur artistique de Moynat. Et de cette entente artiste naît une collection autour d’un thème cher aux deux globe-trotters : la locomotive.

Le résultat ? Un thème qui se décline en sacs, minaudières, pochettes et sur des foulards en soie. En résine acrylique ou parées d’ébène, les créations de Pharrell invoquent l’imaginaire de l’enfant qui sommeille en chacun de nous, et souhaite, sans effort, siffler le départ de voyages rêvés. Des pièces pleines d’humour en somme. Celles de Ramesh Nair racontent, quant à elles, l’histoire de la maison Moynat. Une maison centenaire spécialisée dans les articles de voyage, née au moment du premier système ferroviaire. Là-dessus, en toute subtilité, Moynat rappelle à la conscience collective les premières fonctionnalités de ses créations. Comment ? En réinterprétant ses plus belles archives, bien évidemment. Aux côtés de Pharrell donc, Ramesh Nair nous fait voyager, dans l’espace et dans le temps, avec, pour seul moyen, la force de notre imaginaire.

My Dior Electric Rubber

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Le vocabulaire reste de l’ordre de l’amusement, « My » fait le parallèle avec la « maille » Dior : le cannage et reprend les jeux de mots anglais qu’affectionnaient Christian Dior. Cette histoire débute par un tissage particulier. S’ajoute à la tradition d’un tissu composé de deux fils de chaîne et de trame, deux fils croisées en diagonales complexifiant ce tissu rigide. Fait de tiges de rotin, le cannage entre dans la Maison par une référence historique chère au créateur fasciné par le 18è siècle, la grande époque de Napoléon III. Ce motif y était particulièrement apprécié et garnissait l’assise des chaises. C’est aidé du décorateur Victor Grandpierre que Christian Dior fait entrer les chaises de concert dorées et à l’assise cannée dans le cadre neutre et raffiné de ses salons de haute couture où sont présentées ses collections. Cet effet ne quittera désormais plus la Maison et envahit progressivement dans les années 50 les vitrines avec les exceptionnels et étranges bustes de paille de Janine Janet. Il s’intègre ensuite au packaging du parfum « L’Eau Fraîche », eau de cologne que Christian Dior porta jusqu’à sa mort, effleuve mêlée de masculin comme de féminin. L’histoire du cannage Dior se poursuit en 1995 à travers le motif surpiqué du Lady Dior et en 1997 s’imprime dans la pierre de la boutique de l’avenue Montaigne grâce à l’architecte Peter Marino et sur la façade de l’immeuble Dior à Tokyo. Il se grave enfin sur le rouge à lèvres Dior, la palette de maquillage et la montre VIII.
Sa dernière apparition se fait toujours avec cette douceureuse discrétion si particulière à la Maison. Les lunettes de soleil My Dior Eletric Rubber adoptent une palette de couleur restreinte à un bleu profond, un bleu ciel et un rose pâle dont le contraste se fait en harmonie avec le logo rose pop, orange vif ou encore jaune citron. Parallèle avec les silhouettes du dernier défilé de Raf Simons, nouvelle esthétique de Dior, les branches sont gravées de ce motif canné au colorama électrique. Imprimé dans une matière technique, les lunettes sont faites de gomme. Employé habituellement pour le sportswear, ce clin d’œil garde tout de même l’élégance des lignes couture d’un passionné de l’audacieuse nostalgie.