Romanée Conti, Objet De Tous Les Désirs

Elle est l’appellation la plus prestigieuse au monde — pourtant l’icône Romanée-conti est le fruit d’un vignoble petit de taille, mais grand par l’histoire.

La cuvée mythique Romanée-conti repose sur le domaine le plus ancien et le plus connu de Bourgogne. Perché au-dessus du village de Vosne-Romanée, cœur de belles terres calcaires, le domaine a beau s’étendre sur 25 hectares — le vignoble consacré à la production de Romanée-conti, lui, fait 1, 81 hectare. Sa réputation, ce grand vin rouge la doit à son histoire. Et à sa culture centenaire, fondée sur les principes de la biodynamie.

« Il n’y a pas de grands vignobles prédestinés, il n’y a que des entêtements de civilisation » précise Aubert de Villaine, cogérant associé du domaine. L’histoire donc. Déjà du temps de Louis XIV, le vin de la Romanée était prescrit par le médecin du Roi, Guy Crescent Fagon, contre ses maux de ventre insistants. Mais c’est le prince de Conti qui lui donne toute sa réputation. Son oeil d’esthète et son palais affirmé y voit plus qu’un vin d’ivresse — c’est pour lui une véritable œuvre d’art.

« Il a donné son nom au vin pour la simple raison qu’il n’était servi qu’à sa table personnelle » raconte Aubert de Villaine. Oui, longtemps apprécié par Louis-François de Bourbon, autrement appelé le prince de Conti, il en fait l’acquisition pour dix fois le prix d’un autre cru très recherché, le Clos de Bèze. Dès lors, la production Romanée-conti sera extrêmement limitée. Et contrôlée. Un grand cru est pareil à une grande oeuvre d’art. Il est victime de falsification.

Un vin estampillé DRC fait saliver experts, œnologues et faussaires. Son raffinement quasi-ineffable est fait pour accompagner les grands moments de la vie. Les grands dîners, aussi. Partagée entre familles ou convives, la Romanée-conti se glisse ainsi sur la carte des vins des grands restaurants, mais à une condition: ils sont tenus de détruire la bouteille après consommation. Afin qu’elle ne puisse être falsifiée. Combien vaut une bouteille de Romanée-conti? La production cherchant l’idéal absolu, les rares bouteilles qui circulent à la vente atteignent des sommets. En juin 2018, 76.300 euros pour un jéroboam de 1999. Jamais une bouteille ne s’était vendue aussi cher. Mais l’art ne répond à aucune logique commerciale. De quoi accompagner les moments d’un ravissement exceptionnel, non?