N°5 de Chanel : Un Manifeste Intemporel

Créé en 1921 par Ernest Beaux, ancien créateur de parfum à la cour des tsars de Russie, la commande était précise. Coco Chanel souhaitait se différencier du temps, incarner une sorte d’avancée et être en accord avec sa mode tout en évitant soigneusement les soliflores habituels à la senteur caractéristique d’une seule et unique fleur. Elle demande « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c’est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé » car elle veut « un parfum de femme à odeur de femme », c’est-à-dire retrouver ces personnalités si éclectiques et si complexes que les femmes commencent à dévoiler à l’époque. Beaux répond à cette injonction en lui présentant deux séries d’échantillons numérotés de 1 à 5 et de 20 à 24. Chacun connaît l’histoire, Mademoiselle choisit l’échantillon n°5. Riche de ses 80 ingrédients composés autour de matières précieuses tel que le jasmin, l’ylang-ylang mais aussi plus simplement un bouquet de rose de Mai, la fragrance Chanel ne dévoile aucune note dominante et voit sa fraîcheur exaltée par le secret des aldéhydes pour parfaire l’essence d’une fleur mystérieuse. Cette abstraction vise à la perfection absolue, comme s’ils avaient trouvé la formule des silhouettes subtiles, graciles et audacieuses que sont les femmes Chanel.
 
Qu’apprendre de plus sur son nom ? Le numéro 5, porte bonheur de la créatrice signifiait tout autant le jour du défilé de la saison Printemps-Été, le 5 du cinquième mois, qu’il représentait la cinquième marche sur laquelle elle s’asseyait pour observer du haut de l’escalier ses défilés… Mais dans ce numéro de matricule, cette dénomination de laboratoire se cache là encore une révolution dans le monde de la parfumerie, rejetant de son avant-gardisme les intitulés lyriques qu’affectionnaient habituellement les maisons. De cette étiquette blanche où trois lignes tracées de leurs majuscules exclamatives, se dresse aussi une référence au monde artistique de l’époque. L’esthétique radicale de ce papier imprimé sonne comme le parallèle des petits tracts, nommés les « papillons de Dada » que produisent les membres du mouvement Dadaïste, le plus souvent signés de l’imagination de Tristan Tzara. Le N°5 rappelle aussi les travaux d’Igor Stravinsky hébergé pendant deux ans à partir de l’Automne 1920 par Coco Chanel dans sa villa de Garches. Le compositeur précurseur russe y crée en 1921, année de lancement du parfum, un recueil de pièces pour enfants intitulés « Les Cinq Doigts ». Divisée en huit pièces, la main droite est seule au piano et n’évolue que sur cinq notes dans ses débuts pour se complexifier au fur et à mesure des pièces, sûrement comme lorsque Beaux s’éprit des nombreux ingrédients nécessaires à la composition du N°5, les ajoutant au gré de l’invention.
 
Pour contenir sa précieuse fragrance, Coco Chanel reste dans cette idée minimaliste attachée aux cercles artistiques qu’elle fréquente et choisit l’esthétique d’un flacon de verre épuré. Du bouchon taillé comme un diamant, schéma de la place Vendôme qu’elle chérit, elle scelle l’effluve d’un cachet de cire noire où la lettre C évoque à nouveau les mondes d’inspiration qui l’entoure. Son identité s’appose comme une signature avec la première lettre de son nom, lettre qu’elle traçait de sa main à l’intérieur des livres de sa bibliothèque, lettre qui rappelle les courbes rondes et les entrelacs des vitraux de la collégiale d’Aubazine qui l’accueillit à ses 12 ans, enfin lettre qui en la doublant fait écho au monogramme de Catherine de Médicis, femme puissante à la vie fascinante pour Mademoiselle Chanel. Pourtant les références ne s’arrêtent pas là, et le manifeste N°5 se développe tout autant dans son contenu que dans son emballage faits de papiers à gros grain collé et surligné de noir. Les collages cubistes de Picasso et la technique dites des « placards » de Marcel Proust aurait-il influencé la rigueur de la première enveloppe du N°5 ? Cet avant-gardisme artistique est si surprenant et novateur pour son temps que le Musée d’Art Moderne de New York l’intègre à ses collections afin de le présenter en 1959 comme pièce historique. Andy Warhol s’empare aussi de cet icône de la parfumerie dans une sérigraphie pop art, clamant au monde l’universalité de l’objet. Finalement avec le N°5, Coco Chanel ne s’attache pas à créer un simple parfum où seule l’effluve semble être l’importance de l’objet, elle développe une véritable œuvre où chaque détail est minutieusement mesuré dans le but d’offrir une éthique des années 1920, avec ses nouveaux questionnements et le début d’une nouvelle esthétique permettant à l’art d’ouvrir ce temps sur une nouvelle vision du monde.
Aujourd’hui, son nom résonne encore comme un parfum d’excellence, d’Histoire, d’Art et de savoir-vivre parisien, c’est pourquoi la maison a décidé de reprendre l’esthétique de ce parfum pour le N°5 Eau Première, lancé en 2008 par Jacques Polge. Le flacon à l’origine de forme allongée s’épaissit pour s’allier à la forme d’un parfum de caractère.
 
 
N°5 de Chanel, Quelques Dates Clés
 
De nos jours, le No.5 de Chanel est mondialement connu et reste un objet de désir.
 
2016 : «  N.5, L’eau » est créée par le fils de Jacques Polge : Olivier Polge. Pour incarner cette nouvelle senteur, la maison a fait le choix de Lily-Rose Depp.
 
2015 : Chanel décline le numéro 5 dans un format nomade de 35 ml en édition limitée.
 
2014 : la mannequin brésilienne Gisele Bündchen incarne la nouvelle femme Chanel sous l’objectif de Baz Luhrmann.
 
Du 5 mai au 5 juin 2013 : exposition au Palais de Tokyo à Paris « No.5 Culture Chanel ».
 
2013 : Chanel utilise des images d’archives mais aussi des enregistrements de Marilyn Monroe pour faire une publicité, bien que celle-ci n’ait jamais été l’égérie de la maison.
 
2012 : l’acteur américain Brad Pitt présente le parfum dans une campagne publicitaire.
 
2011 : le parfum perd son titre de « parfum le plus vendu en France » au profit de Dior, J’adore.
 
2009 : Le N°5,  dans un décor noir et blanc, devient l’élément central du runaway du défilé Haute Couture Automne-Hiver 2009-2010, autour duquel les modèles défilent.
 
Mai 2008 : « train de nuit » est un spot publicitaire mettant en scène Audrey Tautou dans l’Orient Express pour présenter le produit.
 
2008 : C’est à présent une eau Première qui nait, toujours par Jacques Polge.
 
2004 : Nicole Kidman pose le temps d’une publicité pour incarner la femme Chanel, celle qui porte le numéro 5.
 
1998 : « le Chaperon rouge » est une campagne publicitaire réalisée par Luc Besson et interprétée par le mannequin Estella Warren.
 
1995 : Jean-Paul Goude fait revivre pour la première fois Marylin Monroe sous les traits de Carole Bouquet.
 
1992 : Vanessa Paradis incarne la nouvelle égérie du Parfum sous l’objectif de Jean Paul Goude.
 
1986 : Une eau de parfum voit le jour, créée par Jacques Polge.
 
1986 : changement de design pour le flacon qui est remodelé de manière plus simple et sobre.
 
1985 : Andy Warhol consacre ces célèbres sérigraphies au flacon.
 
1979 : « La Piscine » est la première publicité d’une série réalisée par Ridley Scott.
 
1973 : Catherine Deneuve pose dans une campagne publicitaire du parfum No.5, face à la caméra de Helmut Newton.
 
1970 : changement de design pour le flacon, c’est à nouveau le bouchon du flacon qui est modifié.
 
1966 : Ali MacGraw prête sa tête pour une campagne de publicité des produits Chanel dont le parfum.
 
1959 : le packaging du N° 5 entre dans les collections permanentes du Museum of Modern Art (MoMA) de New York.
 
1954 : Marilyn Monroe prononce son fameux « Juste quelques gouttes de N°5« .
 
1950 : changement de design pour le flacon qui prend un bouchon plus imposant.
 
1945 : Les GI se bousculent rue Cambon pour rapporter le N°5 à leur femme.
 
1925 : une fragrance dérivée sort, toujours sous la création d’Ernest Beaux. C’est une eau de toilette.
 
1924 : changement de design pour le flacon qui garde ses lignes simples et épurées mais de façon plus moderne.
 
1921 : Chanel est la première à réunir la femme, le vêtement et le parfum dans la même magie. 
 
1921 : No 5 est créé par Ernest Beaux pour Coco Chanel qui veut « un parfum de femme à odeur de femme ! ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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