L’Escarpin Cachet par Sergio Rossi

Si luxe et haut artisanat riment aujourd’hui avec tradition et authenticité, c’est une poésie qui se retrouve également dans l’histoire de la maison Rossi. Seulement âgé de quatorze ans, le jeune Sergio fait l’école buissonnière pour s’atteler à l’art familial : confectionner des souliers de qualité. En 1950, le nouveau créateur prend les rênes de cette petite entreprise parentale, et entame un travail passionné d’expansion. Inspiré de l’oeuvre d’Helmut Newton, où courbures de jambes élancées et cambrure sont mises à l’honneur, Sergio Rossi designe des escarpins féminins à talons hauts. Le succès ne se fait pas attendre : en 1959, la signature du créateur chausse les pieds de la belle Anita Ekberg dans la Dolce Vita de Fellini. En chemin vers une reconnaissance européenne, le maître chausseur arpente les sentiers italiens, de Milan à Bologne, où il ouvre sa première boutique en 1966. Ses premiers hivers, minutieux et inventifs, donnent naissance à des sandales qui se vendent rapidement sur les plages de Rimini et dans ses boutiques bolognaises. Les décades 1970 et 1980 marquent enfin l’aboutissement de son travail : mis à contribution par des grands noms de la haute couture tels que Versace, Azzédine Alaïa, Dolce & Gabbana et Yves Saint-Laurent, Sergio Rossi chausse désormais toute la crème des tapis rouges. En effet, Sharon Stone, Teri Hatcher et Denise Richards sont encore imitées aujourd’hui par d’autres actrices et célébrités telles qu’Eva Longoria ou encore Zooey Deschanel.

Fort de cette croissance fracassante, l’esthétique et le confort des escarpins Rossi sont rachetés par le groupe Gucci en 1999. Jouissant d’une expansion globale grâce à soixante-dix-neuf points de vente différents dans le monde, la maison Rossi ne cesse de croître. Le succès atteint des sommets paroxysmiques en 2008, lorsque l’enseigne italienne reçoit comme nouveau directeur artistique le designer Francesco Russo. Ayant fait ses lettres de noblesse auprès de Miu Miu ou encore Costume National, on lui doit entre autres les fameuses sandales Tributes de Saint-Laurent. Affirmant vouloir faire « partie du corps de la femme sans jamais le recouvrir », le designer lance à l’occasion du mariage de Salma Hayek et François-Henri Pinault, directeur de Kering (ex Pinault-Printemps-Redoute), un soulier qui deviendra emblématique de la marque. Il décide ainsi commercialiser ce modèle particulier de chaussure open-toe extrêmement désirable. Maîtrisant le français seulement oral, le créateur souhaite nommer son œuvre « Caché », en hommage à la petite fente en amande qui laisse entrevoir le bout du pied. Toutefois, ce n’est pas de cette façon que l’ont interprété les équipes marketing de la maison, aboutissant à l’appellation « Cachet » qui nous est parvenue. « C’est la vie ! » plaisante F. Russo de cette surprise inattendue, qui ne dénature par néanmoins le côté sexy de sa création.

Cachet, du haut de son talon de 13,5 cm nous emporte dans un vide vertigineux élançant la silhouette féminine vers des sommets incroyables. Soulier « galbé et pointu » comme le voulait son designer, il se décline en plusieurs modèles, variant de couleur et système d’attache. Chaussures dont la plateforme massive de 3,5 centimètres est allégée par un talon tout en finesse et en courbure, Cachet est, indéniablement « un produit qui fut très bien reçu » et continue de l’être. Différent des autres modèles de peep toe, Cachet surprend par sa fente en amande, laissant entrevoir avec délicatesse la pointe du pied de sa détentrice. S’il semble difficile aux moins expérimentées de flâner chaussées de ces bijoux de cordonnerie, Francesco Russo maintient un seul mot d’ordre pour pouvoir fouler le pavé avec le maintien d’une reine : « Just practice. Practice, practice, practice ». Confort, un autre fétiche de la maison Rossi, toujours suivi de Qualité ; en effet, pas moins de cent-vingts manipulations sont réalisées sur les produits avant que ceux-ci ne rejoignent leurs points de vente situés désormais entre New-York, Wakiki, Costa Mesa, Beverly Hills, Paris et Dubai. En 2011, Cachet fait peau neuve à l’occasion d’une collection capsule iconique. Véritable œuvre d’orfèvrerie, le soulier cousu dans un cuir de crocodile exotique se pare de feuilles d’or vingt-deux carats et d’argent antique. Frottés minutieusement avec un savoir-faire dignes de la sculpture et de l’encadrement de tableaux, ces merveilles de luxe n’étaient disponibles qu’uniquement sur commande, poussant encore le rêve un peu plus loin.

 

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