Les Armadillos Shoes d’Alexander McQueen

Accueil / Mode et accessoires / Chaussures / Les Armadillos Shoes d’Alexander McQueen
smallalexmc.jpg

1996, pendant ses études à la Central Saint Martins, Alexander McQueen fit la rencontre de son inséparable, Sarah Burton. Le génie bicéphale n’a eu de cesse d’élargir le champ de compréhension de la mode… Les défilés furent pour eux l’occasion de récits, et de mises en scène. Tantôt poétiques, tantôt déroutants, les défilés de la maison McQueen érigèrent plus d’une fois le vêtement au rang de l’art contemporain. A l’instar des Armadillos shoes… Inspiré par la nature pour son côté si imprévisible et sauvage, Alexander McQueen met en lumière le soulier des sirènes d’un temps obscur et mystique. L’artiste voyait en effet la beauté bien au-delà des formes et des coutures : la mort, la barbarie, l’obscurantisme, tels sont les maîtres-mots de l’art McQueen. Mais attention, il n’y a là rien de morbide : Alexander n’utilisait jamais les références mortuaires de façon littérale. Il était avant tout un artiste, quelqu’un puisant en lui-même l’essence de son invention – imaginer ce qui n’existe pas encore, rêver, sans filet, sans limite, c’est ainsi qu’Alexander McQueen aimait à créer. Bien qu’étant un maître de la tradition de la coupe, il a dédié sa vie à mettre en branle les normes de la mode. Il était un créateur, de ceux qui inventent un vocabulaire.

En 2010, à Paris, c’est ainsi qu’il envoie des femmes fantastiques, fantasmagoriques, comme des sirènes hybrides sortant du temps de l’Atlantide, perchées sur ces merveilleux souliers. Les Armadillos shoes sont incontestablement la chose la plus étrange et la plus géniale créée depuis longtemps dans la mode. Ces chaussures, aussi appelées chaussures Alien, sont fantastiquement importables. Leur design découle pourtant de la science : en prenant conscience du corps, Alexander McQueen a réalisé un soulier à première vue impraticable. A première vue seulement. Le défilé fut le premier à être diffusé en Live-stream, et sur internet, la seule question était : “peut-on marcher avec ?“

L’un des mannequins contera plus tard : « Je ne pouvais pas marcher. Je suis donc allée trouver Lee, et je lui ai dit : “je ne peux pas marcher dans ces chaussures, alors que je peux marcher dans toutes les autres. Ce pourrait être un désastre. Que faire si les filles tombent ?“ Et il a dit “si elles tombent, elles tombent. » L’anecdote résume bien l’esprit d’Alexander McQueen. Pourtant, avant le défilé, il prend soin de planter ses yeux dans ceux de chacun de ses modèles à peine majeurs ; il leur dit à quel point il est fier, à quel point elles sont sublimes… Il leur donna tellement de confiance en elles qu’elles firent l’impensable : défiler dans ses souliers vertigineux sans que l’une d’entre elles ne faillissent, ni ne glissent.

McQueen l’avait compris, le monde a besoin de fantaisie, d’imagination, non de réalité. Éditées à 21 exemplaires, posséder les Armadillos shoes est un peu comme avoir un Brancusi aux pieds. Il s’agit d’une œuvre d’art, rien de plus, rien de moins. Et c’est ainsi que la démocratie se fit dans la haute couture : tout le monde pouvait les voir, mais personne ne pouvait les avoir.

 

Laissez une réponse

Your email address will not be published.