Les Andy De Berluti

Souliers iconiques dessinés par et pour Andy Warhol, les Andy incarnent le « made in savoir-faire » de Berluti.

Précurseur du prêt-a-chausser de luxe; créateur des premiers escarpins à lacets, Berluti brille dans le monde entier de par ses souliers ‘made in savoir-faire’. Depuis 1895. Fabriqués quasi-exclusivement dans un cuir ‘’Venezia’’, réputé pour sa souplesse et son appétence pour les couleurs, tous les souliers sont réalisés à la main dans les ateliers de la maison. En prêt-à-chausser ou sur-mesure, le client adopte son modèle ‘’nu’’, à savoir sans patine ni coloris. Berluti a ainsi su se démarquer des maisons concurrentes en proposant des souliers aux chaussants incomparables — souliers dont les formes avant-gardistes sont bien souvent considérées comme des œuvres d’art. La chaussure ici devenue un véritable objet d’art vivant, c’est avec le temps qu’elle révèle sa véritable identité : celle de l’homme qui l’habite. Une dimension charnelle du mocassin qui, en 1962, ravit un certain Andy Warhol.

Lorsqu’il gravit les marches de la boutique du 26 rue Marbeuf à Paris, c’est pour y commander une paire de mocassins dessinée par ses soins. Encore inconnu du grand public, Warhol entre avec l’idée d’un mocassin classique mais à bout carré. Il en dépose le croquis mais voilà, il repart sans laisser d’acompte. C’est alors que Talbinio Berluti, directeur artistique de la maison, décide de se débarrasser du croquis avant qu’Olga Berluti, encore simple apprentie, en prenne possession. Contre l’avis de sa famille, elle confectionne elle-même les souliers à partir de peaux de récupération. La légende veut qu’elle s’aperçut trop tard que le cuir choisi fut marqué d’une grosse veine sur l’un des deux plateaux…

Défaut usuellement rédhibitoire, elle explique au Pape du Pop Art que le cuir utilisé provenait d’une vache transgressée qui se frottait aux barbelés. Ces mocassins, d’un modernisme inouï pour l’époque, furent la première création d’Olga — et Andy en tomba littéralement sous le charme. A l’époque seule femme bottier au monde, son mocassin Andy demeure aujourd’hui le modèle le plus iconique de la maison parisienne. En 2012, pour les cinquante ans du modèle, la maison lançait une collection spéciale rendant hommage au modèle clé de son répertoire. Riches de leur histoire et de leur notoriété, les Andy demeurent les mocassins les plus chers ainsi que les plus désirés au monde. Il est donc tout naturel pour l’actuel directeur artistique de Berluti, Kris Van Assche, d’injecter aux Andy une bonne dose de Pop — à l’instar de sa collection Printemps/Eté 2020. Une telle icône est un plaisir à réinventer!