La Robe de Grace Jones par Keith Haring

1986. Grace Jones est âgée de 36 ans lorsqu’elle sort son album ‘Slave to the Rhythms’ — mais la créature est déjà une figure à part dans la mode underground, et membre privilégié de la clique Warholienne. Ainsi lorsque son album doucement grimpe vers le haut des charts, Andy Warhol souhaite lui consacrer des pages dans le prochain numéro de son magazine Interview. L’artiste évidemment ne cherche pas qu’une simple feature — ces images, Andy Warhol les veut à la hauteur de son époque. Le patron de la Factory orchestre ainsi une séance particulière. Et c’est au studio de Robbert Mapplethorpe que Warhol réunit Grace Jones et Keith Haring. 

 

La collaboration est inédite. Toute à la fois pop et primitive. Pour la première fois, le corps sculptural et phénoménal de Grace Jones sert de canvas à Keith Haring; et cette collaboration est loin d’être la dernière ! Durant 18 heures, Jones est transmuée par la symbolique de Keith Haring. À même le corps, le graffeur recouvre à la peinture blanche cette peau d’ébène. « Tandis qu’il me peignait, la transformation s’opérait, je me sentais devenir quelqu’un d’autre, comme si c’était mon corps, et non mon esprit, qui était sous acide » confie plus tard Grace Jones. En attendant, Andy Warhol et Robert Mapplethorpe figent l’expérience dans l’éternité. L’oeuvre est si complète qu’elle en inspire bientôt une autre : une robe monumentale de 18 mètres aux allures d’oeuvre d’art totale ! 

 

C’est pour les besoins du clip d’une autre chanson phare, “I’m Not Perfect (But I’m Perfect for You)”, que Keith Haring réalise une robe aujourd’hui iconique ! Une pièce de tissu longue de 18 mètres ainsi recouverte des hiéroglyphes du street artiste. Hors norme, la robe est à la mesure de l’aura de Grace Jones — la muse de Jean-Paul Goude longtemps à l’avant-garde d’une époque tout feu tout flamme ! Et Grace Jones l’arbore une seconde lors d’une soirée du nouvel an tenue au Roseland Ballroom à New York. Une pièce à l’extravagance maîtrisée qui vient signer toute la fascination provoquée par Grace Jones. Encore aujourd’hui.

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