La Marinière

La marinière est entrée dans le monde le 27 mars 1858… consacrée sous le nom de « vareuse ». Car, avant d’être l’illustre tricot rayé, elle est l’uniforme officiel des marins français : le jersey rayé est le vêtement pour vivre à bord. Répondant à des règles strictes – 21 raies blanches larges de 20 millimètres juxtaposées à 20 ou 21 raies bleues larges elles de 10 millimètres – elle est faite d’un rigide tissu qui se pare d’une vive couleur blanche, afin de détonner dans l’eau noire en cas de chute.

En 1900, elle entre dans les couches civiles de la population, harponnant les femmes et les enfants d’abord : la rayure fait alors son entrée sur les costumes de bains. Et, en 1910, la sphère mode se l’approprie à travers Gabrielle Chanel. Inspirée de la tenue des marins de Deauville, la jeune adulte, lassée de voir la femme accessoirisée en poupée, parée de mille et un inutiles, la libère du poids du diktat sociétal. N’hésitant pas à jouer sur l’androgynie de la pièce, les casual cotonnades rayées séduisent jusque dans la capitale.

Il faut attendre l’été 1962 pour qu’un certain Yves Saint Laurent la façonne à sa façon. Sous ses traits, elle se stylise en prenant l’allure d’une robe pull et se dote de paillettes. A la même époque, Bardot s’y enveloppe lorsqu’elle arpente les ruelles de Saint Tropez quand Picasso ne la quitte pas : la pièce est définitivement sacrée quand Charlotte Gainsbourg l’habite pour l’Effrontée.

Dans les années 80, Jean Paul Gaultier gomme l’héritage Chanel : il élargit la répartition des rayures et en alourdit la matière. Plus masculine, plus graphique et surtout plus créative, elle apporte une bouffée d’oxygène à une époque qui sonne baroque. Au fil de ses collections, le couturier n’a cessé de la revisiter – robe de plumes rayées, mélange de rayures rouges et bleues – la plaçant définitivement au hit-parade des must have.

Depuis, la marinière est un modèle, un emblème. Déclinée sur tout support et toute matière. L’enfant sage, rebelle, ou simplement effrontée, la femme fatale ou sagement désirable, la marinière semble s’adapter avec génie à l’éternité du temps. Ce mimétisme qui lui est propre, fait d’elle le compagnon des promeneuses de Biarritz, de Paris et de Monte-Carlo, franchissant, aisément, les barrières sociales.

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