INTERVIEW : Jisbar, Artiste Pop-Street, Nous Raconte Son Parcours 

INTERVIEW : Jisbar, Artiste Pop-Street, Nous Raconte Son Parcours 

Premier artiste à avoir réinterprété les œuvres les plus emblématiques de l’art classique – de Frida Kahlo à Mona Lisa en passant par Klimt – Jisbar est un artiste aux influences multiples, à la croisée du Pop Art et du classique. Une identité claire et inédite, colorée et engagée. 

Exposées dans le monde entier, ses œuvres vont au-delà de la simple peinture. C’est notamment à l’occasion de la 90e édition des 24 heures du Mans que Jisbar s’est associé au pilote Pipo Derani pour réaliser un casque haut en couleurs, que l’on a aperçu les 11 et 12 juin derniers.

A l’affut des collaborations et évènements les plus iconiques de l’actualité, Icon-Icon a rencontré Jisbar, pour vous livrer une interview exclusive de ce dernier. 

Pour commencer, pourrais-tu revenir sur ton parcours ? 

Je m’appelle Jean Baptiste Launay, j’ai 33 ans, mon nom d’artiste est Jisbar. 

Je travaille principalement avec des galeries et des musées à travers le monde – San Francisco, Miami, New York, Londres, Paris, Singapour… 

J’ai une fibre collaborative assez développée, j’aime beaucoup travailler avec d’autres artistes ou marques aux identités marquées à l’instar de Dj Snake, LG, IKKS ou Pipo Derani. 

Pour revenir à mon art plutôt « atelier », je suis peintre mais je fais également de la sculpture, du NFT

J’ai réalisé mon premier dessin à l’âge de trois ans pour annoncer la naissance de ma petite sœur, sur le faire-part plus précisément. C’est un dessin que je possède toujours et que j’adore. Ensuite, j’ai toujours eu le souvenir de dessiner – l’été avec mes grands-parents, à onze ans mon premier contact avec un chevalet, sur une toile – puis cela ça ne m’a jamais quitté et j’ai décidé d’en faire mon métier il y a à-peu-près dix ans

Basé entre Paris et Lisbonne, tes influences sont multiples, pourrais-tu nous en dire deux mots ? 

Il est vrai que j’ai beaucoup voyagé, j’ai habité en France – à Lyon, Annecy, Paris – aux Pays-Bas, au Portugal. C’est le fait d’être artiste qui me permet de pouvoir voyager dans des endroits qui m’inspirent et de m’en imprégner. 

Mes inspirations sont multiples, je me vois comme une éponge, j’emmagasine beaucoup et je retranscris aussi sur mes toiles ce que j’ai vu, les sensations qui me traversent. 

Le panel d’inspiration est très vaste, pour en revenir plus à l’œuvre en tant que telle, je m’inspire énormément du Pop Art – de ses couleurs, de son message. 

Le mouvement qui m’intéresse énormément, c’est également le Street art.

Tes œuvres sont un mélange entre influences classiques et pop, que cherches-tu à exprimer ? 

Mes œuvres sont un mélange entre le classique et la culture pop. 

J’ai repris ces œuvres d’art classiques, un peu à ma manière c’est-à-dire d’une façon plus contemporaine, plus « fine art » d’abord et avant tout pour renforcer ma culture de l’histoire de l’art. En tant qu’artiste je trouvais que je possédais quelques lacunes, notamment sur les techniques un peu plus académiques. 

Je n’ai pas fait d’école d’art donc pour moi le seul moyen que j’ai trouvé pour pouvoir m’intéresser à tout cet univers un peu « scolaire » était de reprendre des œuvres classiques à ma manière. Je me renseignais sur l’œuvre, l’artiste, la période, le mouvement, sur sa technique. 

Je pars de cela et ensuite bien évidemment, je rajoute ma touche qui est plus contemporaine, plus moderne, plus pop dans les couleurs, dans le message, dans la façon de composer la toile parce que tout simplement cela me ressemble. C’est vraiment un mix entre deux univers.

Certaines de tes œuvres sont mêmes engagées, à l’image de United où l’on aperçoit deux drapeaux s’embrassant, vois-tu l’art comme un moyen de faire passer des messages forts ? 

Effectivement, United représente deux drapeaux qui s’embrassent mais l’art pour moi est un langage qui est plus complet que la parole. 

Il y a des mots, des symboles, des textures, on peut rentrer davantage dans le détail, l’art sert aussi à faire passer des messages c’est une évidence. J’essaie principalement de faire passer des messages positifs pour pouvoir apporter un peu de joie, de gaieté. 

Mais il est vrai que de temps en temps, quand l’inspiration ou l’actualité est forte et me touche, j’essaie de passer un message plus engagé, avec parcimonie. 

UNITED, jisbar

Pourrais-tu nous parler des techniques et des supports que tu utilises ? 

Je suis principalement axé sur de la peinture, de l’acrylique sur toile mais je vais également utiliser tout ce j’ai à disposition dans mon atelier c’est-à-dire crayons à papier, sticks à huile, bombes, bics, marqueurs… 

J’essaie de mettre dans mes tableaux une variété de médium parce que je pense que je fonctionne comme cela, j’ai une variété de sujets, d’éléments et c’est ce mix qui fait je pense une bonne toile à la fin. 

Le fait de ne pas avoir eu de formation artistique à la base, m’a permis de bricoler mes outils pour réaliser ce que j’avais dans la tête, je pense avoir tiré une vraie force de cela et je suis devenu multidisciplinaire. 

Hormis les toiles, je fais de la sculpture en résine ou en bronze qui passe par du dessin, du sketch préparatoire mais aussi de la modélisation 3D par ordinateur. J’ai fait également des NFTs, principalement par tablette, par numérisation. Mes médiums sont donc très divers, y compris pour la peinture, je peux la faire sur de la toile mais également sur des vêtements, des chaussures c’est-à-dire décliner le support en gardant les mêmes techniques.  

S’il y en avait une, quelle serait la signature Jisbar, celle qui fait qu’en un clin d’œil nous reconnaissons ta patte ?

La signature Jisbar, c’est je pense que une accumulation d’éléments divers et variés qui n’ont pas de liens entre eux mais que chacun peut s’approprier pour créer sa propre histoire au travers d’une œuvre. 

Généralement, dans mon fond, il y a suffisamment d’éléments pour créer sa petite histoire et avoir des choses qui nous touchent. J’espère avoir une variété d’éléments et d’influences pour essayer de toucher les gens.

As-tu une toile, une œuvre que l’on pourrait qualifier d’iconique ?

Je pense que mon œuvre la plus connue est la reprise de la Mona Lisa qui a été exposée au sein de la collection du Premier ministre du Luxembourg. 

Dix ans après, le Grand Palais Immersif avec le support du musée du Louvre m’a appelé pour exposer cette Mona Lisa lors d’une exposition intitulé « La Joconde, exposition, immersive ». 

Pour moi, cette peinture a une histoire incroyable, j’en ai également envoyé une dans l’espace pour les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci afin de lui rendre hommage. L’œuvre qui je pense est emblématique de mon travail est donc cette reprise.  

la joconde selon jisbar

Parle nous de tes projets les plus fous, je pense notamment à ta très récente réalisation du casque de Pipo Derani pour les 24h du Mans ou encore du voyage spatial de l’une de tes toile. 

Pipo Derani est un coureur automobile d’enduro brésilien avec qui nous avons de très bonnes relations. 

Lors des 24 heures du Mans, il m’a demandé de peindre son casque en me donnant carte de blanche. C’est un casque totalement artistique habillé en atelier, avec plusieurs médiums : acrylique, spray, crayon à papier, comme sur une toile. 

Ce casque a été mis aux enchères au profit de l’association GRAACC, un hôpital à Sao Paolo qui aide les enfants à combattre le cancer.

C’est un mélange entre l’univers de l’art, du sport automobile et le tout pour une cause noble, c’est donc un projet très intéressant à réaliser. 

Plusieurs fois dans l’année, nous mettons en place des opérations caritatives, cela nous tient à cœur en tant qu’artistes.

Pour rendre l’expérience complète aux 24 heures du Mans, j’ai tagué la voiture de Pipo Derani juste avant le départ, afin de faire un lien avec le casque et par la même occasion,  en faire la promotion pour récolter un maximum pour l’opération. Nous avons pu récolter grâce à cette action, 12 550 euros pour l’hôpital Graacc.

le casque de pipo derani par jisbar pour les 24h du mans

Tu as également réalisé de nombreuses collaborations, comme la réalisation de l’iconique marinière IKKS. Comment revisiter un tel classique façon Jisbar ? 

Avec IKKS, c’était notre deuxième collaboration

La première – la Leather Story – était autour du cuir, d’un perfecto, d’une pochette et d’un sac classique sur lequel j’étais intervenu avec un design et une phrase imprimée sur les manches, sur la face du sac. 

Le perfecto ikks signé Jisbar

La deuxième, Free the Sea, était autour de la marinière IKKS revisitée avec du fil Seaqual -un fil recyclé de déchets marins. L’association The Sea Cleaner a aidé dans ce processus, c’était déjà quelque chose qui me parlait, nous avons donc imprimé sur la marinière les manches avec un design exclusif que j’ai réalisé. 

J’ai voulu aller un peu plus loin et faire de ces marinières une véritable œuvre d’art, c’est-à-dire que je voulais intervenir physiquement sur chacune des 250 marinières avec des tags, des splash de peinture sur le bas, avec ma signature faite à la main et une numérotation sur la manche pour que chacune devienne une véritable œuvre d’art. 

Chaque marinière était donnée avec un certificat d’authenticité dans un écrin customisé. On achetait dont véritablement une pièce d’art.

La marinirère IKKS revisitée façon jisbar

Une collaboration qui t’a particulièrement marquée et que tu aimerais partager avec nous ? 

J’ai adoré la collaboration avec Pipo Derani parce qu’elle était nouvelle et avait un but caritatif, puis c’était la première fois qu’un artiste peignait une voiture en direct, juste avant le départ du Mans. C’était donc une organisation conséquente, et un vrai challenge. 

J’ai également adoré ma collaboration avec DJ Snake pour l’album Carte Blanche où j’ai réalisé ses tenues de scène et sa collection « Pardon my French » – pour sa marque de vêtements. 

C’était déjà une expérience incroyable d’avoir la chance de travailler avec lui et de pouvoir mettre mes idées au profit de cet artiste à la renommée mondiale. 

Une bonne raison d’aller découvrir tes œuvres à Paris à l’OA Fine Art Gallery à Paris pour ton exposition Évolution ? 

Cette exposition Évolution est pour moi un accomplissement parce qu’on voit bien l’avancement de mon travail à travers le temps, par exemple par les différents supports utilisés au travers des différentes périodes. 

Sur les prints, il y a des lithographies sur lesquelles j’ai fait un montage de mes œuvres avec la première Mona Lisa pour ensuite aller sur mes toiles avec des sujets classiques et des sujets inédits, ce qui permet aux collectionneurs et au public de voir de nouvelle choses. 

C’est également la première fois que j’expose mes dessins préparatoires. Nous avons fait une sélection de dix dessins préparatoires qui permet de faire rentrer le spectateur et le collectionneur dans mon atelier puisque ce sont des choses que je n’ai encore jamais montrées, ce sont simplement des croquis qui sont utilisés comme un moodboard

Pour finir, sur mes toutes nouvelles œuvres d’art – mes sculptures – c’est la première fois que j’en réalise qui sont tangibles, en bronze – une matière noble, une matière qui me tient à cœur car c’est un vrai savoir-faire, quelque chose d’important pour moi de faire travailler des bronziers. La pièce en bronze n’est jamais parfaite, elle a ses défauts qui la rendent au final parfaite. 

Sculptures de jisbar

Le nom de l’exposition Évolution n’est pas choisi au hasard, elle représente mon évolution à travers mes premiers tableaux, mes croquis, mes toiles, pour arriver à mes toutes nouvelles œuvres d’art, mes sculptures.  

Quel est l’avenir pour toi ? Des projets futurs encore plus challengeant ? De nouveaux supports ? 

J’aime beaucoup créer des synergies entre plusieurs univers, mélanger deux univers pour créer quelque chose de commun. Je vois l’avenir vraiment dans ce sens-là, puisqu’en matière de médiums, il y a de nouveaux qui sont apparus il y a quelques années, qui vont encore se développer, par exemple les NFTs, je pense que nous en sommes seulement aux prémices.

On entend effectivement beaucoup parler des NFT, envie de nous en parler davantage ? 

Il y a un an et demi, j’ai créé ma première collection NFT qui était un peu particulière car le marché n’était pas du tout ce qu’il est actuellement.

À la suite du succès de la toile dans l’espace, nous avons décidé d’envoyer le premier NFT dans l’espace. C’était un NFT sous forme de toile, découpée en 40 parties, chacune était auctionnable, c’est-à-dire que la plus grosse auction de chaque partie remportait la partie de la toile. À la fin de chaque enchère, la personne qui l’avait remporté avait le droit de m’envoyer le message pour le voir inscrit sur la toile. 

J’ai rempli les 40 parties de la toile avec les messages des acquéreurs. Nous avons envoyé cette toile dans l’espace, puis elle est revenue sur terre. 

La vidéo de chaque partie était le NFT authentifié dans la blockchain puis l’on envoyait à chaque collectionneur la toile encadrée qu’ils avaient customisé et envoyé dans l’espace en souvenir. 

C’était un super projet, un peu novateur à l’époque et aujourd’hui, je finalise ma deuxième collection NFT, un peu plus contemporaine, composée de 10 000 NFTs.

J’ai essayé d’apporter une réelle variété à cette collection avec plus de 300 traits, mais aussi de réellement travailler le fond, qui est souvent dans la plupart des collections délaissées, d’y apporter une touche artistique avec des choses qui ont été faites 100% numériquement, mais également des choses qui proviennent de mes œuvres pour apporter plus de variétés, de contenu en essayant de raconter une histoire. 

Ce NFT-là sera présenté comme un livre de mes dix ans de carrière. Chaque NFT aura une histoire, chaque élément, chaque trait, une signification. Nous allons essayer de lancer cette collection dans les prochains mois, nous attendons le bon moment pour le faire.

Pour finir, aurais-tu un objet, un souvenir, une odeur fétiche qui te suis partout et que tu aimerais partager avec nous ? 

Mon objet préféré serait je pense un feutre, j’en ai toujours un dans ma sacoche pour gribouiller, dessiner. 

L’odeur qui me suit le plus est celle de la bombe, du spray. 

Les souvenirs, j’essaie de les immortaliser au mieux dans mon téléphone, je prends énormément de photos et j’espère me remémorer chaque instant, notamment ceux passés avec le public à chaque exposition. Ce sont des moments qui sont magiques et qui valent de l’or pour moi, je réalise la chance que j’ai de faire ce métier-là et chaque jour j’essaie d’en profiter au maximum.

Propos recueillis par Sébastien Girard, Président d’Icon-Icon et Saskia Blanc

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