Et le Corset Conique Devint Iconique, par Jean-Paul Gaultier

Jean-Paul Gaultier, c’est avant ce garçon de Bagneux qui porte un regard généreux et visionnaire sur époque. Puis Jean-Paul devint Gaultier : un talentueux technicien de la coupe, un audacieux coloriste, capable de concevoir des pièces aussi insolentes que désirables. Il a crée ses classiques en partant d’un répertoire d’insolence. A travers ses personnages – gueules d’amour ou rastas – il fut l’un des rares à réifier l’esprit d’une France cosmopolite. « Ma grand-mère m’a raconté des tas d’histoires sur les corsets. Par exemple, comment, au début du siècle, les femmes retenaient leur souffle au moment du serrage en buvant du vinaigre. » Petit donc, il est déjà fasciné par le charme désuet du corset. Et c’est à l’hiver 1984, dans une collection baptisée Barbés, qu’apparaît son premier soutien-gorge conique. Une pièce comme un hommage, plutôt comme une référence à l’imaginaire de son enfance. Lorsqu’il dessine l’objet, peut-être Jean-Paul Gaultier se rappelle-t-il également de la poitrine en cônes de carton dont il avait doté son ours en peluche, Nana. Mais à ne pas s’y méprendre, Jean-Paul Gaultier révère la mode et, avec elle, son histoire : ce premier soutien-gorge conique fait aussi référence à la collection africaine d’Yves Saint Laurent, en 1967, où les seins coniques de certaines silhouettes se référaient à l’art Bambara. Puis vint Madonna.
Un soir, Jean-Paul Gaultier voit Madonna chanter Holiday sur le plateau de Top of the Pops en 1983 : c’est la révélation. La material girl devient la muse du couturier qui dès lors rêve d’habiller son idole. Sept ans plus tard, le fantasme devient réalité. En fait, le caractère iconique de ce modèle n’a pas échappé à Madonna, qui déjà le repère en 1984. 1990, la Madone ambitionne un gigantesque Blond Ambition Tour. Et cette même année justement, la Reine de la Pop fait tout naturellement appel à lui pour concevoir les costumes de sa tournée mondiale : alors elle lui commande une tenue de scène avec une poitrine identique. Erotiques et ésotériques, l’un se complète dans l’autre, l’autre se projette dans l’un. « J’adore Madonna. C’est la seule femme que j’ai demandée en mariage. Elle a dit non, bien sûr, mais à chaque fois qu’elle me demande de travailler sur ses spectacles, je ne peux lui refuser » d’ailleurs, Gaultier s’amuse toujours de l’anecdote. Dans le corset servant d’écrin pour seins-obus, le couturier y projette une féminité rincée d’une agressivité pleine d’humour. Quand le velours évoque le monde de la couture, la poitrine conique, elle, se charge du glamour des années 1950 poussé à un degré absurde et réjouissant. Les courbes sont soulignées, le dessous surpasse le dessus et, dans une séduction sophistiquée, les attributs féminins s’arrachent des carcans de l’esthétique bourgeoise. Dans ses corsets culottés, la femme se libère ; sensuelle, cool et sexy, là voilà qui se mut en une amazone dominatrice. Un effet provoquant assuré. C’est sans doute ce savant mélange de rétro et de contemporain qui en a fait la pièce iconique qu’il est aujourd’hui. Une silhouette reconnaissable entre toutes, devenue, sans cliché, l’emblème d’une époque.

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