La Femme Westwood Sexy en Robe DIY pour le Printemps/Eté 2019

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Cette semaine à Paris, Andreas Kronthaler pour Vivienne Westwood conviait ses invités au Garage Amelot pour un défilé haut en couleurs — sur des trottinettes électriques, bodybuilders, skateurs et femmes-à-chaise défilaient dans un joyeux capharnaüm ! Toujours aussi malicieuse et irrévérencieuse, la maison de Vivienne Westwood s’inspirait cette fois du travail de la photographe Jessica Fulford-Dobson sur les skateuses de Kaboul, en même temps que la vente historique du mobilier du Ritz. 

 

Le résultat ? Une pièce vedette taillée à fleur de papier peint, façon Do It Yourself ! Aérienne et éminemment grand siècle, la silhouette n°20 enveloppe la femme Westwood du Printemps/Eté 2019 dans une belle matière façon tissu du XVIIIe siècle… Et c’est autour d’un corset lacé avec goût et adresse que le code iconique de la maison vient côtoyer ses volumes de prédilection ! Une silhouette très robe du soir qui, assurément, saura allurer l’iconoclaste de la saison prochaine.

Noeuds de Contrainte et Blanc Immaculé chez Comme Des Garçons pour le Printemps/Eté 2019

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On le sait, Rei Kawakubo défend une mode à rebours des tendances — toujours à la recherche de l’inédit, la femme derrière Comme Des Garçons s’échine à produire chaque saison des vêtements comme autant de manifestes apportant au monde une vision sans précédent. Mais cette fois, elle n’y parviendra pas. « Je sentais que cette approche n’était plus nouvelle et je cherchais ce qu’il y avait à faire ensuite. Mais je n’ai pas trouvé. Puis j’ai fini par penser à une approche profondément intime (…) de ce qui se trouve au fond de moi » écrivait-elle dans un mail-statement en amont de son défilé parisien. 

 

Sur le podium, des réminiscences de sa mythique collection ‘Lumps & Bumps’ de 1997 viennent envelopper des silhouettes d’apparences canoniques. Mais elles n’en ont que l’apparence — des excroissances viennent en effet s’échapper des pans de vêtements merveilleusement coupés. Puis vient la silhouette n°25… Tout en noeuds de contrainte – poncif de la maison – la voilà qui éclaire le processus de créativité façon Rei Kawakubo. Pareille à l’idée de gestation et d’aliénation, la directrice artistique de Comme Des Garçons semble appeler à lutter contre l’enfermement de son propre imaginaire… Une collection indubitablement troublante mais essentielle en ces temps de repli sur soi ! 

 Rayures et Tricot Inachevés, le Retour en Grâce de l’Allure Rykiel pour le Printemps/Eté 2019

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Sonia Rykiel, disparue en 2016, a désormais une allée à son nom. Et c’est justement là, à deux pas du Boulevard Raspail, que Julie de Libran a choisi d’orchestrer le défilé du Printemps/Eté 2019 — là où, en 1968, ce haut lieu de la vie intellectuelle parisienne inspira à Sonia Rykiel l’ouverture de sa boutique. Cette allée, pour Nathalie Rykiel, est « un podium dans la rue pour que les femmes puissent se poser, exister. » Mais Rykiel, c’est surtout ‘l’accident du pull’, et un style qui respire la joie de vivre. La flamboyante voulait en effet un pull agréable à porter, un pull qui épouserait ses nouvelles formes car, enceinte, elle désirait une mode pleine d’espièglerie où l’élégance d’un porté suffirait à l’allurer ! 

 

Des décennies plus tard, le pull a fait école et, sa mode figure désormais l’alliance de la transgression et de l’élégance. Pour le Printemps/Eté 2019, point de filles du soir — Julie de Libran a travaillé autour de ce qu’elle nomme « les règles de dimanche. » Ainsi les tricots et rayures iconiques retrouvent leur aspect inachevé afin de coller au mieux à cette idée de look d’une Parisienne tout « juste sortie du lit. » Féminine et infiniment libre, la femme Rykiel de la saison prochaine se glisse ainsi dans la liberté de ton chère à la fondatrice — une façon de célébrer l’indépendance de celle qui porte Rykiel ! Celle qui, comme l’expliquait Julie de Libran, « s’habille chaque matin avec un sentiment de libération et de joie. »

La Neo Robe Cône Balenciaga du Printemps/Eté 2019

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« Ma définition de la signature Balenciaga : faire évoluer des idées permanentes de son vestiaire. Singulariser la confection et inclure l’idée de confort, c’est le secret pour habiller les nouvelles générations » détaillait le directeur artistique de la maison. Sur le podium imaginé comme une expérience immersive, le Géorgien lançait des silhouettes comme autant de propositions inédites aux proportions excessives. 

 

Pièce phare de cette collection Printemps/Eté 2019, la mythique robe quatre cônes imaginée par le roi de la « robe sculpture » est littéralement réinventée. Dépouillée, la coupe toujours aussi angulaire, voici que la néo robe cône trouve dans une construction binaire car simplifiée toute la pertinence de l’époque. Un glamour moderne ici porté par la silhouette chère à Cristóbal Balenciaga qui n’aura aucun mal à trouver les épaules sur lesquelles briller !

 La Robe aux Coutures Architecturales se Teinte du Rouge Cardinal chez Balenciaga pour le PE19

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C’est à Saint-Denis, dans l’un des entrepôts de la Cité du Cinéma que le directeur artistique de Balenciaga amena son public — et quel décor ! Le podium prenait vie dans un tunnel composé de LED où, avec l’aide de l’artiste Jon Rafman rencontré plus tôt à Art Basel, une vidéo intitulée The Ride Never Ends mettait en scène les traumas, les affres et la dimension intimiste d’un cerveau à l’ère digitale… « Je voulais que le public vive l’expérience d’être dans la pensée digitale de quelqu’un. J’ai rencontré Jon cette année, et nous avons décidé de ce projet fou et inédit. Désormais, je connais tout sur les courbes et les LED (rires). Si on ne touche pas les gens, je ne vois pas l’intérêt de faire un défilé. La technologie est tellement présente aujourd’hui, que j’avais envie de transporter le spectateur dans une autre réalité et que ce voyage demeure imprégné dans sa pensée. »

 

Marquant tout autant le souvenir, les pièces de la saison Printemps/Eté 2019 exploraient elles aussi une notion qui semble de plus en plus étrangère. Le ‘glamour moderne’ était ainsi au coeur de cette collection — une réflexion tout en coupe et en proportion qui faisait un écho tout particulier aux codes phares de Cristóbal Balenciaga. D’autant lorsque Demna Gvasalia cherche à couper et draper cette robe rouge cardinal à partir d’un seul et unique morceau de soie de quatre mètres de long… « C’est vraiment la question de savoir comment réaliser une belle forme avec un minimum d’effort. C’est une grande partie de l’héritage de Cristóbal Balenciaga. Une grande partie de la saison est à ce sujet, mais je ne suis pas allé dans les archives pour cela. Je suis intéressé à faire des vêtements pour aujourd’hui que les gens voudront porter. »

 

Mais ce rouge, c’est aussi le style Infante qu’imposait le fondateur dès 1937 ! Ce rouge, puissant et symbole de la flamboyante couture Balenciaga… Du flamenco, aux toiles de Goya époque 1800 dépeignant le Cardinal Luis Maria De Borbon Y Vallabriga, il a dans la robe vedette du défilé Printemps/Eté 2019 quelque chose du passé qui finalement offre une matière très intéressante pour explorer le vestiaire du futur ! 

L’Orange Hermès Habille Le Raincoat le Plus Désirable du Printemps/Eté 2019

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L’hippodrome de Longchamp tient dans l’histoire de la maison Hermès une place bien particulière — c’est en effet au tournant de la Belle Époque que le sellier fonde dans ses environs la boutique qui fera sa réputation d’excellence. Des selles aux accessoires indispensables aux cavaliers, Hermès déploie sur le cuir un travail noble et éminemment raffiné. Près de deux siècles plus tard, la maison jouit d’une réputation intacte — mais c’est dans la mode qu’elle assure d’émerveiller sa clientèle. Ainsi pour le Printemps/Eté 2019, la directrice artistique Nadège Vanhee-Cybulski emporte sa cavalière vers le grand large : une collection entre terre et mer qui défilait cette semaine au coeur même de l’hippodrome ! 

 

« C’est à la lisière de ces deux mondes que se trouve la mer » expliquait Nadège Vahnee-Cybulski. Cette saison, elle s’amuse en réalité des termes “sailor” et “sellier” pour ancrer la collection dans la nature et le grand air. Et c’est le long d’une paroi réalisée toute en miroir que défilaient les Belles Hermès — reflétant ainsi le ciel et les pièces follement exécutées dans une poésie infinie… Graphique et sportive donc, le vestiaire Hermès du Printemps/Eté 2019 faisait la part belle aux pièces d’extérieur ; en vedette, un raincoat à la ligne claire et dynamique, coulé dans ce orange énigmatique. 

 

Aujourd’hui reconnu dans le monde entier pour être le signe distinctif de la maison Hermès, c’est pourtant les rationnements imposés par l’Occupation qui forcèrent le sellier à l’adopter. Comme beaucoup de secteurs, la mode s’est trouvée censurée et, la pénurie est telle que la maison du 24 rue du Faubourg St-Honoré s’est vue dans l’obligation d’utiliser le seul colorant alors disponible, cette couleur orange… Ainsi le raincoat de la prochaine saison se teinte de cet Orange Hermès, énigmatique, depuis devenu symbole de sérénité, de sagesse et de joie de vivre ! 

Sequins et Volupté Couture Signent la Nouvelle Femme Celine du Printemps/Eté 2019

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« On n’entre pas dans une maison de couture pour imiter celui qui vous a précédé » déclarait Hedi Slimane la veille de son premier défilé pour la maison Celine. Et il est vrai qu’avec un tel patrimoine à sa charge, il ne pouvait en être autrement. Pour ceux ayant loupé les hauts faits passés d’Hedi Slimane, il est celui qui glissa l’homme du XXIe siècle dans un costume coupé au cordeau. Un homme follement sensuel ! Après avoir quitté la direction Saint Laurent en avril 2016, le Parisien n’avait depuis pas remis les pieds dans l’arène de la mode — ce 28 septembre à 20 h 30, au pied des Invalides, le tambour de la Garde Républicaine en tenue d’apparat annonçait son retour en grande pompe ! Désormais à la direction artistique, créative et de l’image Celine, il ouvre un nouveau chapitre pour la maison de couture du 16 rue Vivienne. Titrée ‘Paris La Nuit’, cette première collection déjà refuse d’appartenir à une saison. 

 

Autour de 96 silhouettes plus impeccables les unes que les autres, Hedi Slimane présentait ainsi sa vision de la femme mais aussi celle de l’homme Celine – une première ! – autour du thème : « le journal nocturne de la jeunesse parisienne. » Sans surprise, on retrouvait là le noir et blanc iconique de Slimane, ainsi que sa ligne effilée et infusée d’influences rock. Dans le public, Karl Lagerfeld, Lady Gaga, Virgil Abloh ou encore les Daft Punk assistaient au retour triomphant d’une silhouette-signature atemporelle, précise et éminemment acérée ! Pièce phare du défilé, la robe baby doll toute en sequins et volupté couture rappelait elle aussi une femme moins edgy, street et radicale ! 

 

Recouverte de sequins brodés à la main dans les ateliers Celine, la pièce flash dans un volume cocon très couture. Mieux, le boléro aux épaules démesurées enrobe la silhouette dans une précision parfaite — et c’est bien là tout l’attrait de la couture d’Hedi Slimane. Un équilibre rarement aussi bien exécuté pour un effet électrique mais très luxe ! Drapée dans un esprit années Palace et Bains Douche, la femme Celine ponctue désormais sa silhouette avec un bibi des plus espiègle — souvenir d’un passé sulfureux où l’élégance passe dans l’appropriation de codes a priori surannés. L’homme qui l’accompagne, lui, est un dandy fidèle à la ligne acérée du Slimane des années 2000. Son costume, suivant les mots du styliste, répond à une subversion tout en raffinement… « L’idée du premier costume, le plaisir et le désir de jeunesse d’une première veste, une veste pour sortir (…) dénuée du caractère statuaire, loin du carcan et conventions du costume de banquier. Cela passait forcément par une redéfinition des codes et de la silhouette. » 

Georgia May Jagger Actualise la Jolie Madame Balmain pour le Printemps/Eté 2019

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« J’ai basé ma collection sur l’idée de l’Egypte qui rencontre Paris. » Pour la saison Printemps/Eté 2019, Olivier Rousteing distille en effet son esthétique high-gloss dans une couture très sculpturale. Il faut dire que les silhouettes de la saison prochaine puisent leurs lignes dans celles de l’obélisque de la Concorde et la géométrie de la Pyramide du Louvre ! À la recherche d’un nouveau sexy, le directeur artistique de la maison Balmain construit ici une équation toute en soie fluide, ceinture métallique et saillie anguleuse. Piochant généreusement dans l’allure Jolie Madame initiée par le fondateur dans les années 50, Olivier Rousteing parvient une nouvelle fois à rendre plus qu’actuelle une formule emblématique ! 

 

La taille cintrée qui ancre la silhouette, les épaulettes étirées par des drapés, et un tracé au cordeau dans des tissus précieux car opulents ! « J’ai vraiment été inspiré par la sculpture — toutes sortes de sculptures. Des étoffes, le métal, le cuir. » Sur la silhouette N°14 portée par Georgia May Jagger, c’est aussi la grammaire graphique et singulière de Pierre Balmain qui vient envelopper la femme du Printemps/Eté 2019 d’une sensualité imposante car singulière. Dans ce blanc immaculé, voilà la Balmain Army au sommet de son attitude — et la Jolie Madame ainsi enserrée dans une ceinture métallique devient follement invulnérable !  

 

Dans sa mode, Olivier Rousteing se fiche du cool, préférant se concentrer sur ce qu’est l’allure parisienne, l’esthétique française… « Le style français n’est pas uniquement celui de Saint-Germain-des-Prés. Ma version de la France, c’est la flamboyance de Versailles, la magie de la Ville lumière. Poiret, Balmain, Dior, Balenciaga… ils ont tous travaillé l’opulence. La tour Eiffel est bien l’opposé du minimalisme !  » De la même manière, cette collection Printemps/Eté 2019 impose aujourd’hui sa vision du designer ; dans les pas de Pierre Balmain, le voilà assuré d’être toute à la fois sculpteur et tailleur.

En Mémoire du Tailoring, la Déconstruction Maison Margiela du Printemps/Eté 2019

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Au Grand Palais, John Galliano livrait la première collection co-ed pour Maison Margiela — et le propos avait corps et pertinence. Sur un podium sans fioriture où seule brillait la puissance d’une mode convaincante, le designer britannique démontrait tout l’intérêt d’un défilé où le genre n’a pas lieu d’être. « La génération Z met en doute les valeurs de la société et j’ai été très stimulé » déclarait-il en prémices. Et il est vrai que cette collection Printemps/Eté 2019 recélait de pièces asexuées ; de pièces sublimant indifféremment femmes et hommes sans manière ni travestissement. Les genres ne sont plus, et c’est dans une cohérence exemplaire que John Galliano ouvre une voie intéressante à cette notion de co-ed. 

 

Mais l’actuel directeur artistique de la maison tient plus que jamais un propos dans la continuité de l’oeuvre du fondateur. Là où Martin Margiela s’ingéniait à faire des vêtements portables mais posant la question de la beauté dans les coutures défaites et étrangement montées, John Galiano, lui, propose des pièces toutes aussi artisanales ! La pièce vedette de ce cette collection est incontestablement celle apparaissant sur la silhouette n°6. Inachevé et génialement déconstruit, le par-dessus présente ici des découpes au laser faisant des poches les revers. 

 

Mieux, de la même façon que le doute plane sur le genre des silhouettes, un doute certain plane quant à la nature précise de ce vêtement. L’idée restant la même : le vêtement est en cours de réalisation ; prenant vie sur le corps qui l’habite, et non l’inverse ! La nature définie par l’expérience, par le sensible donc, la pièce phare de la collection Maison Margiela Printemps/Eté 2019 poursuit la philosophie salvatrice du couturier et, dans des ouvertures et asymétries paradoxalesdonne vie à un vêtement échappant à toute classification… De la matière à penser donc, coupée dans le crêpe georgette !

Harnais et Robe Onctueuse chez Ann Demeulemeester pour le PE19

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C’est au tournant du XXe siècle que se répand à Paris la légende de ‘L’Inconnue de la Seine’ — une jeune femme, noyée, dont la beauté était si saisissante qu’un employé de la morgue aurait réalisé un moulage en plâtre de son visage… Rapidement, l’histoire devient un poncif dans le Paris bohème. Et l’on connait l’attrait de la maison d’Ann Demeulemeester pour le romantisme noir. Cette fois, Sébastien­ Meunier offre une esthétique stylistique à la muse de Rilke et Baudelaire en prenant soin d’injecter à sa vison du Printemps/Eté 2019 les codes de la maison Demeulemeester. 

 

Silhouette phare de cette collection, la robe onctueuse se présente dans une teinte poudrée, délicate et fragile. Dans cette brillance humide, résonance liquide à la dernière maison de l’Inconnue, l’univers Demeulemeester vient se nicher dans la présence des harnais. Emprunte de symbolisme, la collection poursuit ainsi le propos de la fondatrice entre romantisme et noirceur, fluidité et rigueur…  Une collection spectrale où la femme se glisse dans une sensualité toujours aussi acérée !