Richard Orlinski, Born Wild

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Son oeuvre se déploie autour du concept « Born wild », visant à transformer les pulsions négatives face à l’animal en sentiment positif, et la sauvagerie, en beauté. « la violence animale, sauvage, est utilisée à bon escient. Contrairement à celle de l’homme souvent inutile de par les faits de guerres ou de meurtres ». Ses animaux, taillés à la serpe, tendent, dans un souci de perfection, à magnifier la réalité. Leurs proportions sont parfois modifiées pour accentuer leur férocité, leur force ou leur majesté, émotion renforcée par la couleur puissante de ses oeuvres et par leur taille, souvent monumentale. Les formes du sujet, simplifiées, gomment le détail pour que l’animal ne devienne qu’une multitude de facettes lisses ou une complexe dentelle métallique.

Accordant beaucoup d’importance à la vision du spectateur, Richard Orlinski dit sculpter « pour sublimer la réalité et créer des oeuvres d’art vivantes, belles et intemporelles, qui suscitent l’émotion dans le regard de l’autre ». Un but qu’il tend à atteindre puisque ses oeuvres, exposées un peu partout, notamment dans des lieux publics puisque l’artiste « adore l’idée de pouvoir amener le musée aux spectateurs » et l’artiste dit vouloir : « casser les codes » et que son œuvre doit « être accessible, y compris aux jeunes qui peuvent acquérir mes sculptures miniatures pour quelques centaines d’euros. L’art n’a pas de frontières. » ainsi ses créations touchent un public très large, de l’amateur d’art connaisseur à l’enfant émerveillé en passant par des clients comme Sharon Stone, Rihanna, Harrison Ford, ou encore David Guetta.

Dernièrement, c’était au tour de l’ex-Beatles Paul McCartney de craquer pour ses œuvres. Richard Orlinski lui a remis en mains propres sa création, qui ne pouvait être autre qu’une guitare. Des collectionneurs se battent également pour ses œuvres comme le milliardaire Richard Bronson ou un collectionneur italien qui a investit 10 millions d’euros pour une pin-up sortant de la bouche d’un crocodile en or massif, un record pour l’artiste. Les prix de ses œuvres présentées aux enchères s’envolent et lors d’une vente, une panthère or et diamants a été acheté 680 000 euros par un client privé. L’artiste s’investit artistiquement dans les causes humanitaires et participe à de nombreuses ventes de charité comme en 2014 ou 30 à 40  œuvres d’artistes renommés ont été vendues aux enchères chez Christie’s au profit de l’association « La Chaîne de l’Espoir ». Lors d’une soirée de charité qui regroupait The Global Gift Foundation, Unicef et The Eva Longoria Foundation, Richard Orlinski a mis des œuvres en ventes pour la bonne cause et une sculpture Panthère a vu les enchères s’envoler à 18 000 euros.

La Série des Rolls de Bernard Buffet

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L’art de Bernard Buffet est absolument hors du temps. Loin des avant-gardes abstractionnistes de l’époque, et complètement déconnectée des œuvres contemporaines trop soucieuses de se conformer et si pressées d’être aimé, le travail de Buffet a tout de l’audace des grandes productions artistiques. Né en 1928 à Paris, dès 1945, Bernard Buffet délaisse les rangs de l’école pour les couloirs des musées : à 20ans, la reconnaissance déjà le trouve. Les premières peintures qu’il réalise abordent les rues de Paris comme personne : trait aiguisé donc pointu, atmosphère lugubre mais vive, le style Buffet dépasse les cases de la peinture figurative. Entre filiation expressionniste et préfiguration de la pop culture, sa peinture se fait ardente !

A une époque où le monde de l’art ne jure plus que par l’abstraction, l’œuvre de Buffet fait figure de colosse – mais un colosse au pied d’argile. Peintre très populaire, son style laisse les critiques pantois ; “horriblement beau“ ou “magnifiquement moche“, qu’importe puisqu’aux côtés de son compagnon Pierre Bergé, l’artiste devient la première pop star du monde de l’art. A partir des années 1950, ils ont eu tout d’abord un vélo, puis un vélomoteur, une 2CV, une Jaguar d’occasion, puis une Rolls, et enfin, ils ont eu un château. A peine trentenaire et au sommet de sa célébrité, l’artiste qui ne savait pas conduire, roulait en Rolls-Royce. Au volant, son chauffeur, Joseph. Homme d’argent, peut-être, mais Bernard Buffet est homme de goût avant tout : « l’argent m’intéresse dans le sens où il me donne ma tranquillité (…) il peut m’isoler des gens monstrueux qui nous entourent » explique-t-il.

Et son ennemi premier pourrait être l’art abstrait, fossoyeur de « l’intelligence immédiate d’une œuvre » selon ses propres mots. Alors, Bernard Buffet se met au vert à partir des années 70 dans ses différentes propriétés pour s’adonner sans ménagement à son art… Le “successeur de Picasso“ s’ouvre ainsi à divers univers : corridas, culture japonaise, scènes du quotidien, paysages urbains ou ruraux, mais aussi l’automobile. Bernard Buffet dédie ainsi certaines de ces œuvres aux Rolls Royce… Il en peindra plusieurs, toujours avec cette même patte étirée, angoissée mais sublimée. En 1956, Paris Match publie un article le montrant dans sa majestueuse propriété de Manimes, nichée dans la forêt de Montmorency, avec sa rutilante Rolls-Royce Phantom IV. Cette Rolls qui, finalement, finira par l’éclipser, tant le monde de l’art ne parviendra à capter la subtilité de cet apparat aristocratique.

Les Plaids Hermès

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Depuis 1980, les ateliers Hermès mêlent savoir-faire et excellence dans la création de leurs illustres équipements équestres. A l’origine utilisées pour orner et flatter les chevaux lors des compétitions, les couvertures en cachemire sont devenues de véritables articles de luxe. Le premier modèle, Rocabar est créé à partir de laine bouillie de couleur ocre, rayée de bleu marine et corail. Quelques années plus tard, ce sera le plaid Avalon. La couverture Hermès devient un objet de désir et de bon goût.

Rapidement, les différents modèles se succèdent : soyeuses et raffinées, ultra-luxueuses, les couvertures sont composées de cachemire et de soie, entièrement tissées main au Népal. La maison du Faubourg profite de son partenariat avec Robert Dallet, célèbre peintre amoureux des félins, pour réaliser sa collection de plaids, tout droit venus d’Italie. Puis, c’est au tour du modèle phare Plume de Brazil de décorer les salons des clients les plus exigeants. Minutieusement tissé à partir de fils de coton et de soie, recouvert de perles de verre et cristaux de roche parfois, le plaid Hermès emplit chaque pièce d’un raffinement sans pareil.

Symbole d’élégance discrète, le plaid est un intemporel d’un art de vivre selon Hermès. En laine, il bercera votre pièce de chaleur et de sérénité. En cachemire, il vous enveloppera de tendresse. Délicatement installée sur le canapé, la couverture de soie vous accompagne à chaque instant, avec chic et légèreté. En hiver, vous pourrez vous y blottir, face au feu crépitant de la cheminée ; en été, il agrémentera votre chambre d’un luxe humble absolument magistral.

La Biennale de Paris, L’évènement Artistico-Fashion De La Rentrée

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Si elle est aujourd’hui un événement planétaire jouissant d’une réputation sans égale, la Biennale de Paris était, à ses prémices, une simple ‘Foire des Antiquaires’. Nous sommes en 1956, et cette année-là, Pierre Vandermeersch, nouvellement élu président du Syndicat National des Antiquaires, voit son rêve et celui de ses confrères peu à peu se concrétiser. Ce qu’ils désirent : « Créer une manifestation où la beauté des objets rivaliserait avec celle des femmes qui visiteraient l’exposition, où l’élégance, le prestige et la fête s’offriraient à une foule d’amateurs d’art et de collectionneurs. » Les plus belles merveilles de Paris et ses environs occupent alors l’espace de la Porte de Versailles, jusqu’en 1971. Cette année là, aidé par un André Malraux achevant tout juste sa charge de ministre de la culture, la Foire devient la Biennale et, enfin, s’installe dans un lieu à la hauteur de ses ambitions esthétiques. En 1972, un habitué de la Biennale, collabore à cette édition particulière qui prend place au Grand Palais : Karl Lagerfeld met alors en scène le travail du laqueur Jean Dunand pour le stand d’Anne-Sophie Duval. Cette édition s’enrichit ainsi des premières pièces d’Art déco.

Cette année, la Biennale offre l’occasion de découvrir le patrimoine exceptionnel acquis sur trois générations par la famille Barbier-Mueller. Du 11 Septembre au 17 Septembre, la 61e édition de la Biennale célèbrera donc la pluralité de cette collection, mais aussi et surtout la passion d’un collectionneur. Parmi les pièces d’exception à ne pas manquer, on note notamment un somptueux collier en hommage à l’impératrice Eugénie. En forme de plume, composé de titane, de diamants, dont un rose en forme de poire de 3,29 carats, et d’une tourmaline Paraíba hypnotisante en son centre de 57,21 carats, la pièce hors du commun est ainsi présentée par la maison Moussaieff. En Haute Horlogerie, c’est l’Himalaya de l’Horlogerie qui attirera tous les regards. Cette montre, présentée par F.P. Journe, est une merveille d’ingénierie. Une montre-bracelet avec grande sonnerie et répétition minute, comprise comme la plus complexe des compositions horlogères… Pas moins de dix brevets et six ans de recherche et développement furent nécessaires à sa réalisation. Mieux, visibles à travers le fond en saphir, les 408 composants promettent de fasciner plus d’un spectateur.

 Côté design, la galerie Downtown proposera une scénographie spécifique conçue en hommage à l’œuvre de Le Corbusier, architecte mais aussi sculpteur. Une prodigieuse sculpture Ozon Opus I réalisée en 1947, jusque là conservée dans la famille de son ébéniste et ami Joseph Savina, se montrera pour l’une des premières fois. Composée en bois polychrome, monogrammé et daté, cette oeuvre majeure porte le nom du village Pyrénéen Ozon, où Le Corbusier s’était replié en 1940… Un telle sculpture ne pouvait aussi être présentée sans le travail révolutionnaire de  Charlotte Perriand, Jean Prouvé et Pierre Jeanneret. Une mise en scène égayée par le travail contemporain d’Ettore Sottsass et des luminaires de Serge Mouille… Et dire qu’il a tant de merveilles à découvrir dès le 11 Septembre prochain dans l’enceinte du Grand Palais !

Le White Canoe, une symbolique de Peter Doig

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Peter Doig voit le jour en Ecosse en 1959 ; mais c’est au Canada qu’il grandit. Un imaginaire pleins de paysages – dès son apparition sur la scène artistique, le Britannique est vu comme un maître de la peinture post-moderne. Nous sommes au début des années 90 lorsque Peter Doig réalise sa série Canoë). Et c’est un film d’horreur à petit budget qui lui inspire une telle icône. ‘Friday the 13th’ sort en 1980 – peu de décors et des acteurs inconnus, ce film a couté 700,000 $ et en a rapporté 17,000,000 $, en plus de devenir culte pour la génération des 40-50 ans.

White Canoe est ainsi une sorte de snapshot d’un plan apparaissant à la fin de la scène de l’apocalypse, la plus terrifiante du film… Reproduite sur un format magistral de 200 x 240 cm, c’est une impression mêlant précisément mais subtilement calme et angoisse qui se dégage de l’oeuvre. Un trouble qui fascine… L’artiste avouera plus tard que cette scène lui rappelait l’essence d’Edward Munch. La toile White Canoe est ainsi fortement travaillée – au centre, une sorte de canoë fantomatique flottant sur un lac obscurci par la nuit… en 2005, lors de la seconde exposition de l’artiste organisée par la Saatchi galerie, la toile figure parmi la sélection. 

Le soir du 2 février 2007, White Canoe fait partie des ventes prestigieuses de la maison Sotheby’s. Et un commentaire très fouillé sur l’artiste ne manque pas de l’assimiler à la dextérité de grands peintres de l’histoire de l’art, de Van Eyck, à Velasquez, en passant par Monet, Pollock, et Richter. Mieux, Sotheby’s lui accorde une place particulière en le faisant figurer sur la jaquette du catalogue. Il n’en fallait pas plus pour affoler les enchérisseurs : £ 5,7 millions ! Peter Doig devint le peintre vivant le plus cher d’Europe. Après des années de travail à l’extérieur du monde de l’art, tandis que la plupart des artistes en Grande-Bretagne s’intéressaient à des concepts et des installations, Doig était soudain devenu à la mode. Une toile qu’il réalisa lors de ses études à la Chelsea Art School venait de le faire entrer dans l’histoire de l’art.

Tout comme 100 ans , White Canoe dégage une atmosphère puissante qui révele la fascination pour les images , le temps et les émotions . Des thématiques qu’explore Tinguely dans des oeuvres telles que le Cyclop  et la Fontaine des automates.

La Fontaine des Automates de Tinguely : l’Art de Châtelet

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La Fontaine Stravinsky, plus communément appelée Fontaine des Automates, est une oeuvre à la croisée des arts imaginée par Jean Tinguely suite à une commande publique entre Jacques Chirac alors maire de Paris, le ministère de la culture et le Centre Pompidou. L’idée : faire le lien entre l’architecture visionnaire du Centre Pompidou et les arches gothiques de l’Eglise Saint Merri. En 1983, l’oeuvre de Tinguely est officiellement présentée au public. Monument synthèse sans pareil mêlant sculpture, peinture, architecture, design urbain et musique, la fontaine Stravinsky reprend bel et bien les opéras du compositeur telles L’Oiseau de feu 1910, Le Sacre du Printemps 1918 ou encore Les Noces de Petrouchka 1911. Composée comme un ballet aquatique virevoltant, peuplé d’un bestiaire extrait de l’oeuvre d’Igor Stravinsky, les figures qui l’habitent sont celles de Niki de Saint Phalle, faites en polyester et montées par la suite sur une structure en acier.

La Fontaine des Automates se compose ainsi de seize sculptures – sept créations monochromes et mécaniques de Jean Tinguely, six œuvres opulentes et bariolées de Niki de Saint Phalle ainsi que trois pièces réalisées à deux. Et si aujourd’hui l’oeuvre fait battre le rythme de Châtelet, les problèmes artistiques et techniques furent très nombreux ; semblant parfois impossible à surmonter… L’étude du mouvement, au centre même de l’œuvre de Jean Tinguely, trouve ici l’expression formulée d’un long travail autour des machines-sons. Les courbes colorées et le volume impeccable propres aux sculptures de Niki de Saint Phalle, renforcent l’esthétique et le sens même de la Fontaine : une œuvre qui sert de lien entre un Paris multi-temporel, piqué d’esthétique postmoderne mais qui toujours honore son héritage.

Véritable opéra nautique, la Fontaine des Automates est exubérante – ses sculptures batifolant dans l’eau cherchent à réenchanter le quotidien , tandis que la joie et l’insouciance s’invite dans la vie des Parisiens. Le couple mythique du Nouveau Réalisme met ainsi au monde un engrenage complexe fait de bras articulés, de manivelles s’activant dans un bruissement venant en fait rythmé un son : « Je voudrais une fontaine innocente et merveilleuse… J’ai voulu des sculptures comme des baladins, un côté cirque qui est au font le style de Stravinsky lorsqu’il a fait en 1914 cette merveilleuse rencontre avec le jazz » expliquait alors Jean Tinguely. Une fontaine-sculpture qui tente de rendre la musique visible donc, dans le craquement des pistons placé en contrepoint au clapotis de l’eau… Un des trésors de Paris qui s’offre finalement à tout flâneur.

En complément de cette exposition , il est possible de retrouver à Milly la Forêt une autre oeuvre surprenante de Jean Tnguely et Niki
de Saint Phalle, le Cyclop. Sans oublié la toile 100 Ans du peintre Britannique Peter Doig qui fait figure d’objet d’art iconique , au travers d’une exploration de souvenirs par un autre visage de la création contemporaine 

100 Ans, la Toile Iconique de Peter Doig

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Peter Doig est probablement l’antithèse des artistes contemporains. Loin de l’abstrait et ses milliards collectés, se différenciant d’un Jeff Koons ou encore d’un Damien Hirst, Peter Doig est ce peintre affectionnant tout particulièrement la peinture sur huile, la mémoire, l’imagination et la liberté… Souvent décrit comme un ‘traditionaliste radical’, l’homme peint à l’écart du monde, dans un studio où s’enchaîne les travaux en cours de réalisation… L’artiste est perfectionniste et, souvent, il avoue observer « une erreur, après une erreur, après une erreur » jusqu’à ce qu’un travail soit déclaré fini, une fois jugé sans le moindre défaut. Souvent, c’est l’environnement et l’histoire de la peintre qui l’inspirent – des paysages et des figures qui mêlent questionnements et diverses réalités.

La toile 100 Ans puise ainsi son thème dans l’observation de Covent Garden ; son inspiration elle est tirée des souvenirs d’enfance de Peter Doig. La dérive dans un espace infini, l’artiste en a fait son thème de prédilection. Ainsi, c’est bien souvent un canoë comme une barque de Charon naviguant sur le Styx, fleuve de la mémoire, qui incarne la traversée de ses souvenirs. Dans cette toile, l’artiste cherche à capturer la naissance de la modernité – inspirée par les Baigneuses à la Tortue de Matisse (1908) pour les strates bleues, il explore aussi et surtout la nostalgie des eaux troubles de la mémoire collective. Et, comme souvent c’est le cas, le peintre part de ce qu’il connait pour toucher à l’universel : la photographie d’un hôpital insulaire situé au large de Trinidad où l’artiste a passé son enfance, lui sert ici à à évoquer le symbolisme de L’Île des Morts, peinture du Suisse Arnold Böcklin.

Mais Peter Doig va plus loin en transposant sur sa toile sur une pochette de disque du groupe de rock des années 1970 The Allman Brothers Band dans une atmosphère proche de celle d’Edward Munch… Et ainsi il isola la figure du bassiste Berry Oakley dans un immense canoë ! Une humeur inquiétante et une toile qui semble entièrement aller à la dérive : Peter Doig semble conjurer la réalité physique par l’inclusion de références bien réelles mais fondues dans une scène élusive. Finalement, 100 Ans se veut une toile qui revisite l’histoire de la peinture, mais qui avant tout démontre l’impossibilité de s’ancrer dans une réalité, même si l’on détient la capacité de la dépeindre.

Tout comme l’oeuvre de Peter Doig ,Le Cyclop de Jean Tinguely au travers de multiples espaces permet de voyager  au cœur d’un cerveau humain, dans lequel se mélangent des souvenirs  (la reconstitution de la chambre de bonne où vécut Spoerri à son arrivée à Paris, en 1952) ou des bandes vidéo en hommage à mai 1968, des réflexions comiques (une pièce de théâtre mettant en scène la tragique rencontre d’un marteau et d’une bouteille emplie d’eau).

 

 

 

La Série Untitled Film Stills de Cindy Sherman

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Cindy Sherman a 25 ans lorsqu’elle édite sa série « Untitled Film Stills » – nous sommes en 1977, et ce travail ne jouit à sa sortie de la réputation qu’on lui connait aujourd’hui. Ces 70 images réalisées au cours des trois années introduisent dans des tons noir et blanc les différents clichés attendus ou plutôt exigés d’une femme au cinéma. Dès lors que l’absence de titre et de couleur ancrent ces images dans une sorte d’intemporalité, l’on comprend mieux toute la démarche de Cindy Sherman. La photographe a évidemment cherché la dépersonnalisation, accentuant l’intention de faire des ces clichés le témoignage d’une société plutôt que celui d’une époque. Dans un monde (quasi) indéfiniment phallocratique, l’oeuvre de Sherman s’érige comme un jeu de miroir déformant avec adresse le statut et le rôle attribués aux femmes sur la scène publique.

Ainsi, la série « Untitled Film Stills » place-t-elle en exergue les différentes figures de la femme au quotidien telles qu’introduites par l’un des arts prit pour être le plus progressiste, le cinéma : starlette pulpeuse, ménagère ravie car consentante, ingénue ou travailleuse, Cindy Sherman distille les stéréotypes à la hauteur des productions de série B. La prostituée, la femme en pleurs, la femme-enfant ou l’actrice, Sherman les incarnent tour à tour autour de scénarios et de fictions composés par elle seule. Et c’est en cela que l’oeuvre de Cindy Sherman gagne en éloquence : perruques, maquillage et son loft new-yorkais comme arrière-plan, le caméléon questionne l’identité en prouvant qu’une femme tient sa féminité en ce que l’on désire le plus d’elle. Derrière ces personnages, beaucoup y ont lu un manifeste féministe…

« Bien que je n’aie jamais considéré mon œuvre comme féministe ou comme une déclaration politique, il est certain que tout ce qui s’y trouve a été dessiné à partir de mes observations en tant que femme dans cette culture » précise-t-elle alors. À la fois interprète et réalisatrice, Cindy Sherman cherche à troubler, à étudier les diverses façons dont les images suscitent ou non chez la femme une certaine discipline. « Untitled Film Stills » dénonce intelligemment puisque la série reprend les thèmes des films hollywoodiens mettant en vedette des stars telle Marylin Monroe – ces mêmes femmes encensées et fantasmées pour leur soit-disant liberté. L’ambiguïté est réelle et, le langage corporel et les expressions faciales de ses caractères restent indéfinis pour justement laisser libre court à l’interprétation.

Le Cyclop de Jean Tinguely : une Oeuvre d’Amitié

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2,50 mètres de haut, 350 tonnes d’acier. L’immense Tête sans corps ainsi se dresse au cœur de la forêt de Milly, dans l’Essonne. Là, l’oeuvre étincelle de miroirs, tandis que de sa bouche l’eau s’échappe sur sa langue toboggan – au creux de son oreille, c’est un univers surprenant qui attend le spectateur. Un parcours labyrinthique tout fait pour découvrir des œuvres variées et complémentaires ; sculptures sonores et un petit théâtre automatique, c’est en lieu et place du cerveau que se dévoile aussi l’engrenage d’une machinerie formidable… Et si Le Cyclop de Jean Tinguely est une telle exception de l’art contemporain, c’est qu’il rassemble avant tout des amis artistes, réunit autour de la personnalité de Tinguely ; des amis d’une grande richesse provenant de quatre mouvements artistiques : Dada, Nouveau Réalisme, Art cinétique et Art brut.

Il fallut plus de vingt ans à l’équipe pour mettre au jour Le Cyclop. 1969, le chantier du Cyclop s’amorce dans la forêt de Milly. Jean Tinguely le sait : s’il veut mener à bien son projet, il doit en financer lui-même les travaux – c’est la seule condition pour lui de travailler en toute liberté. De liberté justement il est aussi question lorsque Tinguely décide qu’aucun architecte ne participera à la construction. Seuls, ses amis artistes et lui-même avec ténacité, force et détermination, bâtirent progressivement cette sculpture titanesque. Jean Tinguely et son amour Niki de Saint Phalle financèrent l’ensemble. Sans autorisation et avec leurs propres fonds donc, ils travaillèrent à partir de matériaux recyclés. En 1987, pour assurer sa protection et sa conservation, ils décidèrent de faire don du Cyclop à l’État français. Lorsqu’en 1991, Jean Tinguely s’éteint, c’est Niki de Saint Phalle qui se chargea, en respectant au mieux les idées de son compagnon, d’achever la sculpture en finançant les derniers travaux.

Mai 1994, Le Cyclop est inauguré par François Mitterrand, alors Président de la République. Cette œuvre incarne ainsi tout de l’utopie – une aventure collective, tissée de liens d’amitié, réalisée par ‘une équipe de sculpteurs fous’. « En travaillant dans la forêt, nous rêvons à une utopie et à une action sans limite (c’est illusoire je le sais) et notre attitude est celle de la Recherche de l’Acte Gratuit et Inutile. Et nous sommes très heureux comme ça, pourvu que personne ne nous empêche de travailler (comme des fous – ça va de soi) » soulignait alors Jean Tinguely. Le Cyclop ainsi fut parsemé de clins d’oeil, tendres et farfelus, imaginés par Tinguely et ses amis. « L’amitié, explique Yann Bouveret, qui s’occupe de l’entretien du Cyclop depuis la mort de Tinguely, c’était vraiment essentiel. Tout le monde a travaillé autour de Jean en oubliant les rivalités, les histoires d’argent. C’était un vrai chef d’orchestre. » Et l’espace le plus poétique de l’oeuvre se trouve au-dessus du cerveau: le petit théâtre, installé dans l’oeil, invite les spectateurs à s’asseoir dans des fauteuils aux formes étranges, rivés à des tiges métalliques qui montent et qui descendent. La pièce: une histoire d’amour fou entre un marteau et une dame-jeanne.

Untitled #216, L’Art de Cindy Sherman

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On le sait, Cindy Sherman a construit sa réthorique photographique sur sa capacité à reproduire voir travestir les stéréotypes féminins. Lorsqu’en 1989 on lui passe commande pour une personnalisation de porcelaine, l’artiste doit reproduire Le Diptyque de Melun, peint vers 1452-1458, par Jean Fouquet. C’est alors que lui vient l’idée de détourner la peinture classique – sa position stoïque et ses yeux abîmés, son manteau bleu et son fond de dentelle imitent toutes les conventions de la peinture du Nord époque Renaissance, mais la poitrine de plastique maladroitement accouchée de sa poitrine et le plissé de la robe trahissent bel et bien l’artifice de la photographie.

« J’étais dégoûtée de l’attitude visant à voir l’art comme quelque chose de religieux ou de si sacré » explique-t-elle plus tard. Et il est vrai que Cindy Sherman a toujours cherché un art accessible à tous, et surtout qui parle à tous. Untitled #216 fait ainsi partie d’une série de 35 photographies ayant pour thème le détournement de l’art justement mythifié – Raphaël, Caravage, Ingres ou encore Rubens… Sherman a alors décidé de réécrire sa propre histoire de l’art. En exploitant ici costumes et éléments de décor pour étayer ses compositions classiques, l’artiste cherche à courtiser pour détourner l’art du portrait en lui-même.

Et une fois de plus, c’est l’artiste qui incarne les différents modèles tout droit sortie de l’imaginaire collectif. Peinture figurative détournée sur un mode délibérément artificiel et caricatural, la série de Sherman est à comprendre comme un pied-de-nez même à la sacralisation d’oeuvres elles-mêmes liées à des croyances surannées. Le Diptyque de Melun façon Sherman, ou Untitled #216, propose ainsi une vision ironique de ce qu’est l’art à l’époque post-moderne – en plongeant dans l’héritage de l’humanité, elle fait de la photo l’outil idéal à la diffusion des icônes.